Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



FARADON Julien


Julien Faradon à Auschwitz
Matricule 45527 à Auschwitz

Julien Faradon 
est né le 2 avril 1912 est né rue de Sévigné au domicile de ses parents à Is-sur-Tille.
Il habite au 52 rue Guillaume Tell à Dijon au moment de son arrestation.
Il est le fils de Maria, Félicie Janicaud, 24 ans, sans profession et de Charles Faradon, 27 ans, employé de chemin de fer, son époux.
Il est recensé pour le service militaire en 1932 avec le n° 915.
Le 28 mai 1932 à Is-sur-Tille, il épouse Simone, Marie Nion, née à Roche-et-Rancourt (Haute-Saône) le 19 mars 1914. Elle est employée auxiliaire à la comptabilité régionale des Postes.
Le couple a une fille, Jeanine, Albertine, qui naît le 17 octobre 1932 à Is-sur-Tille où habite le couple. 
En 1936, Julien Faradon est employé comme ajusteur chez Lallement. Il adhère au Parti communiste durant les grèves de 1936 (il le quittera en 1939).
Puis il est embauché comme ajusteur-tourneur à l’usine de décolletage Lipton, à Dijon.
Julien Faradon est arrêté comme otage le 11 janvier 1942, après l'attentat de la rue de la Pépinière du 10 janvier 1942 (une bombe est lancée par des résistants communistes contre le Soldatenheim, foyer du soldat).
Selon les enquêteurs, la bombe artisanale avait été fabriquée à l'usine Lipton. 

Eugène Bonnardin, Julien Faradon, Henri Poillot et Jean Renard sont arrêtés en même temps et pour le même motif. Ils sont remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci les internent au début février 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Julien Faradon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45527".
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elle a été identifiée par Gabriel Lejardrescapé du Convoi.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale" 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz-I, il est affecté au block 16.
Julien Faradon meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 275). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 17, 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les Blocks d’infirmerie.
Il est homologué au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) et DIR (Déportés et Internés Résistants) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.
Sa fille Jeanine sera "adoptée par la nation" le 16-01-1950.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Souvenirs écrits et enregistrés sur cassette par Gabriel Lejard.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz authentifiée par Gabriel Lejard à la FNDIRP
  • Archives municipales de Dijon.
  • Lettre de Mme Degroise, conservateur, sept. 1991.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en février 1998 (installée en 2001, complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «4500 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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