Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



DOUCET André


Le collège André Doucet à Nanterre
André Doucet est né le 10 mars 1903 à Hirson (Aisne). Il est le fils de Léa, Eugénie Lourmier, 20 ans, ménagère et de Raoul, Henri Doucet, 25 ans, polisseur d'étain, son époux. 
André Doucet habite au 67 rue Lannes à Nanterre (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est titulaire du certificat d’études primaires.
André Doucet est métallurgiste (mouleur). 
Il s’est marié le 31 janvier 1925 à Nanterre avec Yvonne, Marie Manteau, née également à Hirson, le 9 mars 1904. Ils ont un fils, Raoul, qui naît en 1928 à Nanterre : "Doucet travaillait comme mouleur chez « Manteau fils, aluminium, Nanterre ». Il se maria en janvier 1925 avec Yvonne Manteau, native également d’Hirson. On ignore s’il y a un lien de famille entre l’employeur et l’épouse" (Claude Pennetier, Le Maitron).
Il est élu comme conseiller municipal communiste à Nanterre le 12 mai 1935 sur la liste emmenée par Raymond Barbet. Au conseil municipal, il s’intéresse à la jeunesse, en particulier aux œuvres des colonies de vacances de la ville. "André Doucet était sympathisant communiste en 1935, son adhésion est donc postérieure aux élections municipales de mai 1935(Claude Pennetier, Le Maitron). "Il fut délégué sénatorial en 1935 et 1938" (i.e. il est un des grands électeurs issu des conseils municipaux pour les élections sénatoriales).
Le "Populaire" du 17 février
1940 in BNF Gallica
Il est - comme 23 autres élus communistes de Nanterre - déchu de son mandat le 29 février 1940 pour appartenance au Parti communiste, interdit en septembre 1939.
André Doucet est arrêté à Nanterre le 14 septembre 1940 par la police française car il milite toujours au Parti communiste devenu clandestin. Il est incarcéré à la prison de la Santé, puis le 15 octobre 1940, placé comme interné administratif (sans jugement, par simple arrêté du Préfet de police 
Roger Langeron), au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui Yvelines) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Le camp d'Aincourt in blog Roger Colombier
Lors de la « révision trimestrielle » de son dossier (elles ont lieu en février 1941, le mardi 25 février pour André Doucet), le commissaire Andrey directeur du camp émet un avis négatif sur une éventuelle libération « suit les directives du Parti communiste » écrit-t-il : les internés administratifs à Aincourt en 1940 n’ont en effet pas été condamnés : la "révision trimestrielle de leurs dossiers" est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont amendés… Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnaît la plupart du temps « l’attitude correcte » de l’interné ce qui est le cas pour André Doucet qui « n’a jamais été puni ».
André Doucet est choisi par l’administration militaire allemande comme otage en représailles des actions armées menées par des résistants communistes contre des officiers et des soldats de l’armée d’occupation. 
Le 11 février 1942, il fait partie d’un groupe de 21 internés qui sont transférés d’Aincourt à Compiègne (la liste est datée du 11 février 1942). Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger. Petitjean René.
Il est remis aux autorités allemandes qui les conduisent dans le camp de détention (allemande) de Compiègne, le 11 février 1942, le Frontstalag 122.
Il est affecté à la chambre N°3, bâtiment A1. 
Le menu de Gabriel Torralba
On reconnaît sa signature sur un menu de repas solidaire, dit le "Menu de Gabriel Torralba" (1), une des initiatives du comité des loisirs du camp de Compiègne, couverture de l’organisation de résistance et de solidarité.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
André Doucet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro "45480 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale" . Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
André Doucet meurt peu de temps après son arrivée, comme la plupart de ses camarades, le 30 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 235).
Le Collège André Doucet à Nanterre. © Pierre Cardon
Plaque de rue Nanterre
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué, il a été déclaré "Mort pour la France".
L’ancienne rue d'Argenteuil, à Nanterre, porte son nom depuis la décision du Conseil municipal datée 26 février 1948. 
Le collège, construit par la suite le long de cette voie, s’appelle également André Doucet. Triste ironie du sort, c'est dans ce collège qu'exerçait Christian Bouthier, conseiller municipal communiste, professeur d'histoire (ami de mon mari), l'un des 8 conseillers municipaux assassinés par un forcené le 27 mars 2002 à Nanterre. 
Le cousin germain d'André Doucet a été également déporté. André, Kléber Doucet est né comme lui à Hirson en 1903. Il a été déporté par un convoi dit "NN", composé de 18 hommes le 12 février 1943. Il est d'abord incarcéré à la prison de Wittlich, puis à la prison de Cologne, puis au camp de concentration de Sachsenhausen, puis à celui de Ravensbrück, d'où il est libéré par l'Armée rouge le 30 avril 1945.
  • Note 1 : Le «menu» de Gabriel Torralba et les signatures de «45000» : André Doucet participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, et qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celle de plusieurs "45000", Gabriel Torralba, Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris XXème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles de ses camarades bordelais, Eustache (45522 de Pessac) et Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Sources
  • Témoignage d'Auguste Monjauvis, rescapé du convoi.
  • Notice biographique (M. Michel Briolais, archives de Nanterre) mai 1991.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier dirigé par Jean Maitron, tome 25, page 292 et notice informatique par Jean Pennetier - 2017.
  • Avis de décès ACVG (avril 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • Livre Mémorial. Base de donnée de la Fondation pour la Mémoire de la déportation. 
  • Remerciement à M. René Liénart pour ses recherches généalogiques sur les Doucet d'Hirson, cousins germains.
Biographie rédigée en 2007, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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