Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



SILLIEN Désiré, Pierre



Désiré Sillien est né le 7 juin 1904 à Saulnes (Meurthe-et-Moselle), il habite 53 Cité Tresson à Herserange (54) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Françoise, Annie Keyser, 31 ans, sans profession, et d'Auguste, Joseph Sillien, 25 ans, ouvrier mineur, puis manœuvre aux forges de Chiers.
Il a un frère cadet, Pierre, né en 1910 à Saulnes, qui est manœuvre en 1936.
Désiré Sillien épouse Paulette Wagner le 18 février 1928, à Herserange. Il en est divorcé.
Le 53 Cité Tresson. On aperçoit la plaque commémorative
Ajusteur à l'usine de Lachère, il est un "militant d'extrême-gauche" selon un rapport de Police cité par les frères Magrinelli dans leur ouvrage. 
Il est délégué syndical en 1936.
En 1936, il habite au 2 rue Florentin Tresson avec ses parents et son frère cadet  Pierre.
Désiré Sillien, qui est "affecté spécial" à la déclaration de guerre a néanmoins été mobilisé (la plupart des affectés spéciaux suspectés d'être syndicalistes ou communistes sont rayés de l'AS et mobilisés), puisqu'il est fait prisonnier lors de l'avancée allemande (liste officielle N° 21 du 25 septembre 1940, communiquée par les autorités allemandes).
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
Désiré Sillien revient à Herserange, bénéficiant vraisemblablement d'un "congé de captivité" en tant qu'ouvrier très qualifié (1), à moins qu'il ne se soit évadé. 
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). 

Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Désiré Sillien est arrêté le 21 février 1942à Herserange, par la Feldgendarmerie. Il aurait été dénoncé "par Toni" (jugé à Nancy après-guerre et mort en prison) habitant la cité Merlin, mais pour les frères Magrinelli, il s'agit bien de la répression allemande suite au sabotage du transformateur d'Auboué dans la nuit du 4 au 5 février.  
En effet les arrestations de militants communistes et syndicalistes commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Désiré Sillien est incarcéré à la prison de Melun (Seine-et-Marne), avant d'être transféré à la demande des autorités allemandes. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Désiré Sillien est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro « 46104 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, Désiré Sillien passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. 
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date, mais il est néanmoins possible qu'il ait été affecté à Auschwitz I compte tenu de sa profession d'ajusteur.
Désiré Sillien meurt à Auschwitz le 20 février 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1116 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).  
Sur son acte de décès, l’état civil de Briey avait porté en 1947, la date du 13 janvier 1943, vraisemblablement à partir du témoignage d’un camarade rescapé. Date reprise (avec erreur) par un arrêté ministériel du 6 décembre 2002 paru au Journal Officiel du 22 février 2003 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.
Il reçoit la mention "Mort pour la France" en 1947 et il est homologué comme "Déporté politique".

Hommage lui est rendu à la Libération.
Le Républicain Lorrain du 30 avril 1991
Une plaque a été apposée à son domicile le 28 avril 1991 par la municipalité d’Herserange à l'occasion de la "journée du souvenir consacrée aux victimes et aux martyrs de la Déportation". La famille de Désiré Sillien était représentée par M. Piquet. Le Maire d'Herserange, M. Zaffagni a prononcé une allocution. 
Le nom de Désiré Sillien est inscrit sur le Monument aux Morts, dans l'Eglise et dans l'escalier de la Mairie d'Herserange.
  • Note 1« Au début de l'année 1941, des accords interviennent entre l'État Français et les autorités d'occupation pour permettre la libération d'une partie des prisonniers de guerre français en Allemagne. Il s'agit des pères de famille de quatre enfants mineurs, des frères aînés de quatre enfants, de certaines catégories de fonctionnaires, d'agriculteurs et d'artisans (menuisiers, charpentiers, cimentiers, ferrailleurs) nécessaires au redémarrage de l'économie. Bien que de retour dans leur famille, ces hommes en « Congé de captivité » gardent le statut de prisonniers de guerre et doivent régulièrement venir se faire enregistrer auprès de la Kommandantur la plus proche ».  In :http://delamarejean.free.fr/Service_Militaire_Obligatroire/html/la_deuxieme_guerre_mondiale07.html.
Sources
  • Etat civil en ligne de Meurthe-et- Moselle.
  • Communication de son beau-frère, M. Roger Piquet (1991).
  • Photo, hommage à la Libération. 
  • Mairie d'Herserange (1991).
  • M. Fabrisy, FNDIRP (mai 1991).
  • " Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 345.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Courriels de Madame Claude Favre, communication d'une remarque de Mme et M. Biz à propos du matricule de Désiré Sillien (septembre 2014).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Recensement de la population d'Herserange / 1936
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2014 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997, 
salle Pablo Picasso à Homécourt

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