Le convoi des "45 000"

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BRAUD Alphonse, Jules

Photo annotée par madame Piron,
veuve de Pierre Piron, déporté à Mauthausen

un couple intime des Braud.

Matricule "45297" à Auschwitz

Ecole Alphonse Braud,
 34 rue Gutenberg © Pablo Andino
Alphonse Braud est né le 24 mars 1908 à Mareuil sur Lay (Vendée), Alphonse Braud habite à Chantenay, 21 rue du Général Travot, au moment de son arrestation, dans les faubourgs de Nantes (Loire- Atlantique) où il est instituteur. 
Il est le fils de Marguerite, Jeanne, Aimée Phélippeau, 27 ans (née le 4 décembre 1880 à Chantonnay), ménagère et d'Alphonse, Jules Braud, 27 ans, peintre (né le 6 juillet 1880 à Chantonnay).
Son père, soldat au 330e RI est tué "sur le terrain", à Thionville le 29 avril 1917.
Alphonse Braud devient à ce titre pupille de la Nation (le 20 septembre 1918). Sa mère va alors travailler comme ouvrière à la Manufacture des Tabacs de Nantes.
Alphonse Braud est élève instituteur à l'Ecole normale de Savenay (promotion 1924-1927)
L'Ecole normale de Savenay. Une plaque rappelle
qu'Alphonse Braud y fut élève
Devenu instituteur, il est nommé successivement à Pont-Saint-Martin (banlieue sud de Nantes, il habite au 81 rue d’Allonville à Nantes en 1929), Saint-Sébastien-sur-Loire (en 1934) et Nantes (1935).  
Il est adhérent au Syndicat National des Instituteurs (SN) affilié à la CGTU.
« Longtemps hostile au « groupe des jeunes » animé par Jean Josnin qui réunissait les jeunes instituteurs communisants au début des années 1930, il y adhéra vers 1932 (ou 1934) tout en restant membre du Syndicat national des instituteurs (SN) adhérent à la Confédération générale du travail ce qui, dans une période où les relations entre PCF et CGT étaient au plus bas, l’amena plusieurs fois à la limite de l’exclusion du SNI. Il siégea au conseil syndical et fut membre de diverses commissions » Avec André Lermite, il rejoint le mouvement « Amsterdam-Pleyel ». « Il fut chargé par la région d’un poste de direction dans les comités antifascistes de la région nantaise. Il milita ainsi au mouvement antifasciste « Paix et Liberté » dans les années qui précédèrent la guerre (Le Maitron. Notice Guy Haudebourg). 
A la suite de relations amicales avec des dirigeants communistes locaux et influencé par Jean Bruhat et Jean Josnin (tous deux de la tendance communiste de la Fédération CGTU de l’enseignement), il adhère au Parti communiste le 1er octobre 1935 en même temps qu’André Lermite. Tous les deux appartiennent en 1938 à la cellule Henri Barbusse de la section de Chantenay, dont André Lermite devient le trésorier (d’après le Maitron notice André Lermite par Renaud Avez, Claude Geslin, René Lemarquis).
Il fait également partie du Comité d’aide à l’Espagne Républicaine. Avec André Lermite  « il propose en juillet 1939 une motion sur la paix aux membres de la section départementale du syndicat. Cette motion se démarquait de la position pacifiste de la majorité du SNI et resta minoritaire » (Le Maitron. notice Guy Haudebourg).
Au début de 1939, il fait un voyage d'études en URSS.
Pendant la guerre, il poursuit ses activités, jouant un rôle actif au niveau de la propagande, à Chantenay, avec André et Marguerite Lermite.
Le 22 juin 1941 ou le 23 juin 1941 (le 21 juin 1941 selon le journal "Clarté" de 1946), il est arrêté 
par la police spéciale anticommuniste (la SPAC de nantes) dans sa classe à l'école Gutenberg de Chantenay, d'après madame Piron, ou a Nantes, par la police française d'après sa fille. Dans cette même période d'autres communistes sont arrêtés. Alphonse Braud est incarcéré la prison du Champ de Mars de Nantes. 
Son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Liste allemande des Nantais internés à Compiègne

Alphonse Braud est transféré à  Compiègne (Frontstallag 122) le 12 ou 13 juillet 1941. 
Il y reçoit le matricule "1253". Son camarade André Lermite aura le numéro "1254".
Il est un otage "fusillable" : le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), après l’attentat contre le train militaire 906 à Caen et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants d’autres départements, qui seront déportés à Auschwitz, figurent également sur ces 2 listes (André Flageollet, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Pailolle, André Seigneur).
17 militants de Loire-Inférieure internés à Compiègne sont déclarés otages «fusillables ». 10 d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alphonse Braud, Eugène Charles, Victor Dieulesaint, Paul Filoleau, André Forget, Louis Jouvin,  André Lermite, Antoine Molinié, Gustave Raballand, et Jean Raynaud. Les sept autres internés déjà à Compiègne sont Maurice Briand (déporté à Sachsenhausen / décédé en 1943), Roger Gaborit (déporté à Buchenwald / rescapé), Jules Lambert (déporté par le convoi du 24 janvier 1944), François Lens (déporté à Sachsenhausen / décédé lors de l’évacuation en 1945), Jean-Baptiste Nau (déporté à Buchenwald où il décède), Raoul Roussel (mutilé de guerre). L’Abwehr-Angers confirme cette liste, dans un courrier du 19 mars 1942 (n° 6021/42 II C3). 
Cahier d'Emile Drouillas
A Compiègne, Alphonse Braud participe au "Comité" du camp des politiques et donne des cours de Français (niveau moyen) à ses camarades internés avec un autre instituteur, Pierre Lavigne. Le cours de Français supérieur est assuré par André Leguillette (il sera déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943, rescapé). André Lermite donne des cours de mathématiques.
Lire dans le blog : Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne
Depuis le camp de Compiègne, Alphonse Braud va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alphonse Braud est déporté comme otage communiste à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Immatriculation à Auschwitz, le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45297. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Atteint du typhus, Alphonse Braud meurt le 17 septembre 1942 à Auschwitz d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Une école de Chantenay porte son nom. 
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.
Lors de la deuxième marche commémorative de la Résistance, en juin 2006, les élèves de CM1-CM2 de l'école Alphonse Braud et leur instituteur déploient une banderole "Dans les pas de la Résistance".
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages de Gustave Raballand et d'Eugène Charles.
  • Souvenirs de la fille d'Eugène Charles, madame Laurence Lemasle (juin 2013).
  • Liste des otages susceptibles d'être fusillés de la région militaire allemande d'Angers (CDJC.XLV 32 : il y figure avec le numéro 21).
  • Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 20, page 223.
  • Photo en civil annotée par madame Piron, veuve de Pierre Piron, déporté à Mauthausen (matricule "62880", décédé à Melk le 7 décembre 1944), envoi de Pierre Piron (fils) 
  • Liste allemande (envoi de M. Oury de Nantes).
  • Photo d'enregistrement à Auschwitz permettant de confirmer son numéro.
Biographie réalisée en avril 2002 (complétée en 2009 et 2017) pour l’exposition de l’AFMD de Nantes, et en février 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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