Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



VANNIER Christ Eugène



Christ Vannier avant guerre (Val de Fontenay)

Le 8 juillet 1942
Matricule "46172" à Auschwitz

Christ Vannier est né le 26 janvier 1902 à Saint Christophe-du-Jambet (Sarthe). 
Il habite 25 rue Le Fidelaire à Almenêches (Orne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Eugénie Narbonne et de Christophe Vannier.
Au moment du conseil de révision, il habite Ségrie (près de Beaumont sur Sarthe) et travaille comme "aide de culture".
Conscrit de la classe 1922 (n° 37, bureau de Mammers) il est ajourné d’un an pour adénite (inflammation des nœuds lymphatiques). Il est déclaré "bon pour le service" l’année suivante. Cet ajournement l'a fait bénéficier de la loi du 1er avril 1923 qui réduit le service militaire de 3 ans à 18 mois (étape vers le service à 12 mois). Le 28 mai 1923, il est incorporé comme zouave au 1er Régiment de Zouaves. Embarqué à Marseille, il arrive à Casablanca au Maroc le 5 juin. Le 11 août 1924, il « passe » au 64e Régiment de tirailleurs marocains, jusqu’au 17 février 1924 (le régiment est devenu le 64e Régiment de tirailleurs nord-africains le 1er janvier 1924 mais sera toujours appelé Régiment de tirailleurs marocains). Il fait partie des unités marocaines qui vont quitter le Maroc et participer à l’occupation des Pays Rhénans dans le cadre de l’Armée du Rhin : elles sont stationnés à Wiesbaden. Le 2 mai, Christ Vannier est placé « dans la disponibilité », certificat de « bonne conduite » accordé.
En 1928 il habite rue du Cornot à Port-sur-Saône, Almenêches (Orne).
Il est marié, père de 5 enfants, il travaille à la SNCF comme ouvrier de 2ème classe aux Ateliers de Surdon.
Adhérent du Parti communiste depuis 1938, trésorier de la cellule d'Almenêches et Surdon, il est également responsable du syndicat CGT de Surdon.
Fiche au Val de Fontenay
Il est arrêté le 18 octobre 1941 sur le chantier de Surdon. Le rapport de police stipule "en raison de son appartenance au Parti communiste". Il est signalé par la Préfecture «comme agent surveillé». est arrêté le 18 octobre 1941. Cette arrestation a lieu le même jour que celles Lucien Blin, Justin Daguts, Maurice Denis, Louis Fernex, Eugène Garnier, et Léon Leriche, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. «Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée» (1). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : «Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Christ Vannier est remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 19 octobre 1941. Dans ce camp, il fait partie de l'organisation clandestine de résistance et de solidarité. A Compiègne, il reçoit le matricule1680, affecté au BA3. Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Christ Vannier le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46172» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur
sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé celle-ci en septembre 1942 sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation.
Le titre de «Déporté Politique» lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
  • Note 1 : Centre de Recherche d'Histoire Quantitative - CRHQ – Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Il figure dans la liste des déportés de l'Orne, communiquée par M. Ventillard, bibliothécaire à l'Aigle (p.30).
  • Témoignages de Maurice Hochet et d’Eugène Garnier.
  • Photo en civil, fiche du Val de Fontenay (annexe du ministère des Anciens combattants)
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen et Val de Fontenay 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Registres matricules militaires de la Sarthe (2014).
Notice biographique  réalisée en avril 2001 (modifiée en  2011 et 2018), pour l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association «Mémoire Vive». Par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, , auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

1 commentaire:

Christian Dauty a dit…

a mon grand père Vannier Christ Eugène parti avant que je le connaisse