A la croisée des deux grandes catégories de la Déportation

Le convoi d’otages parti de Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 occupe une place très particulière dans les déportations de France. Placé sous la bannière de la croisade hitlérienne contre le "judéo-bolchevisme" et dispositif de "la politique des otages" destinée à dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs attaques contre des officiers et des troupes de l'armée d'occupation, il s’apparente par ses origines aux fusillades massives d'otages communistes et juifs de septembre 1941 à juillet 1943 et aux premiers convois de Juifs de France dirigés sur Auschwitz-Birkenau entre mars et juin 1942.

Sur les 1170 hommes (plus de mille "otages communistes" et 50 "otages juifs") qui furent immatriculés le 8 juillet 1942 à Auschwitz entre les numéros 45157 et 46326, seuls 119 restaient en vie au jour de la victoire sur le nazisme

Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi serait désormais le dernier survivant du convoi.

L’histoire de ce convoi atypique - dont les premières recherches furent entreprises en 1971 par Roger Arnould (résistant déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP) - a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) qui publie le contenu de sa thèse avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) - et le livre grand public Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l'Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

JOUVIN Louis


Louis Jouvin le 8 juillet 1942
Matricule 45697 à
Inauguration de la plaque 7 octobre 2017
Auschwitz



Rescapé

Louis Jouvin est né le 28 décembre 1907 à Caen (Calvados). 
Il habite au 56 rue Robert Legros à Grand Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Quentin et d’Auguste Jouvin, peintre, son époux (mariés le 30 août 1884). 
« Louis Jouvin suivit des études primaires puis exerça le métier de couvreur. Il adhéra au Parti communiste en 1934, alors qu’il était toujours dans le Calvados, et milita à Falaise où il assura le secrétariat d’une cellule » Le Maitron.
"Sorti à 11 ans de l'école primaire pour devenir petit couvreur, il a vite connu l'exploitation et les conditions de vie difficiles du monde ouvrier. Mais jamais il ne s'est résigné à subir l'humiliation. Il adhère au Parti Communiste en 1934" (allocution de sa petite fille, Catherine Jouvin-Voranger ).
Il se marie avec Yvonne Poulain (voir la note 3), fille d’un charretier et d’une couturière. Le couple a deux fils : Pierre, né le 7 mai 1927(1bis), et Jean-Louis. Ils viennent s'installer au Grand-Quevilly au début des années 1930.
Louis Jouvin est agent technique aux PTT. Secrétaire du Syndicat CGT des Services techniques PTT, il est membre du Bureau de l'Union Départementale CGT à Rouen et du bureau départemental de la CGT de Seine-Maritime de 1938 à 1939. Yvonne Jouvin adhère au PCF en 1936.
Louis Jouvin est mobilisé le 2 septembre 1939 au 22ème Régiment d'Artillerie Divisionnaire à Caen. 
Le 22 décembre 1939 il est arrêté à Vieux Berquin (Nord) et interrogé par la police comme "suspect". A la suite d'un non-lieu, il est réaffecté au 89ème RAD de Dunkerque. 
"Rappelé sous les drapeaux en septembre 1939, il fait partie des troupes françaises acculées sur les places de Dunkerque en juin 1940. Il réussit à gagner, à la nage, un navire anglais qui dépose les rescapés à Margate. Quelques jours plus tard il est redirigé sur Bordeaux et Nîmes pour y reprendre le combat, mais l'armistice est signé et il rejoint son foyer à Grand-Quevilly" (allocution de sa petite fille, Catherine Jouvin-Voranger, 7 octobre 2017). Il reçoit la croix de guerre 1939/1940.
Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet (René Bouffet) réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps - outre l’état civil, l’adresse et le métier - d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance. 
Le couple Jouvin participe très tôt à la reconstitution clandestine du PC à Grand-Quevilly puis à la Résistance dès juillet 1940. 
Roger Muzard  © Pierre Jouvin
Leur fils Pierre Jouvin âgé de 14 ans en 1941, a obtenu a 13 ans son certificat d’études. Comme la scolarité est obligatoire jusqu’à 14 ans, il fait encore une année à l’Ecole Roger Salengro, dont le jeune instituteur est Michel Muzard, militant communiste qui est en liaison avec Roger Duroméa et Madeleine Dissoubray. C’est par l’intermédiaire de Michel Muzard, via Pierre Jouvin que ses parents reçoivent des messages de la direction communiste. Roger Muzard sera fusillé par les Allemands le 13 mars 1943 à Angers.
Louis Jouvin diffuse la presse clandestine du Parti communiste. Il accomplit un sabotage sur les circuits électriques de la ligne téléphonique Le Havre-Paris utilisée par les Allemands.
Les outils laissés sur place le 19 octobre 1941
Louis Jouvin diffuse la presse clandestine du Parti communiste. Il accomplit un sabotage sur les circuits électriques de la ligne téléphonique Le Havre-Paris utilisée par les Allemands.
2017, allocution de sa petite fille
"Louis Jouvin n'accepte pas la dictature mise en place par le régime de Vichy. Sa femme Yvonne et lui entrent en résistance active dès la fin 1940 : distribution de tracts à la porte des usines, agitation dans les files d'attente, pour obtenir du pain; le 19 octobre 1941 Louis fait partie de l'équipe de Francs-Tireurs et Partisans montée par André Duroméa et Michel Muzard (instituteur à l'école Salengro) qui fait dérailler un train Allemand entre Rouen et Pavilly. En tant qu'agent des lignes aux PTT, il a été chargé de couper les liaisons téléphoniques pour retarder l'arrivée des Allemands sur le site. L'opération est un succès qui déclenche de dures représailles : les Allemands exigent l'arrestation de 150 otages communistes (ou présumés tels), syndicalistes ou opposants au régime. La police française se charge de l'opération, dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941"(allocution de sa petite fille, Catherine Jouvin-Voranger, 7 octobre 2017).
« Louis Jouvin a été un des acteurs du déraillement du train militaire de Pavilly le 19 octobre 1941. Cette opération avait été soigneusement préparée à l'avance par André Pican et Michel Muzard (pour l'OS), en contact avec les deux envoyés du Comité Militaire National de l'OS. Lire dans le blog : Le "brûlot" de Rouen (octobre 1941). La distribution des tâches, les itinéraires d'approche et de repli, les horaires avaient été distribués à diverses formations de militants qui participaient à une action commune sans se connaître mutuellement. La protection armée revenait à l'OS, le déboulonnage à des cheminots utilisant un outillage de fabrication artisanale. Ainsi, le sabotage des lignes téléphoniques avait été confié à l'agent des PTT Louis Jouvin qui, travaillant précisément dans le secteur couvrant Pavilly, en connaissait tous les détails. Le point de déboulonnage était situé à 13 km de Rouen à cause du retour à vélo. 
"Le déraillement réalisé, les groupes se replient, Louis Jouvin, Michel Muzard, Antoine de Paris rentrent chez Lucie Guérin (dans son appartement boulevard des Belges) avec André Pican, chaussures et vêtements déchirés où ils passent le reste de la nuit".( In Les bataillons de la jeunesse, Albert Ouzoulias)
Louis Jouvin était-il particulièrement soupçonné par la police en raison de son lien professionnel avec la ligne touchée par le sabotage? Quoi qu'il en soit, Il sera arrêté 48 heures après le déraillement dans le cadre de la rafle en milieu communiste, probablement au même titre que les 150 autres militants depuis longtemps fichés par la police  de Rouen et du département de Seine-Inférieure». Jean Paul Nicolas, correspondant du Maitron.
La police recherche activement les auteurs du sabotage, à partir de descriptions d'un garde barrière et « met le paquet » pour retrouver dans quelle usine les outils ont été fabriqués. Analyse métallographique du type d'acier employé : ce n'est pas un acier des ateliers SNCF de Sotteville, ni de la Compagnie Française des Métaux à Déville ! Etc...L'analyse des alliages de la soudure ne donne rien non plus. Encore raté ! De fait Rouen est une ville comportant beaucoup d'industries et on ne parvient pas à identifier le métallo qui confectionnait sur son tour les outils pour sabotage et les tubes d'acier des bombes pour attentats. Ce métallo était bien sûr "plusieurs" et dans des industries inattendues (Jean Paul Nicolas).
Constatations des services de police
Louis Jouvin est arrêté dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941, entre une heure et deux heures du matin, chez lui, par la police française et locale (2). Louis Jouvin indique qu'avec lui sont arrêtés Louis Briand, Michel Guillot, Marcel Le Dret, André Voranget, Michel Bouchard, Adrien Fontaine, Robert Gaillard, Lucien Ducastel, Jean Valentin. 
Avis de recherche 20 octobre 1941
Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre.
Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Louis Jouvin est incarcéré à la caserne Hatry à Rouen puis transféré au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 25 octobre 1941. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Son épouse continue le combat : « Yvonne Jouvin organisa en avril 1942 une manifestation de femmes en faveur de l’amélioration du ravitaillement ». Le Maitron. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Jouvin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Lors de son immatriculation à Auschwitz
Louis Jouvin est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro 45697. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I » (témoignage de Pierre Monjault). Louis Jouvin est affecté au camp principal d'Auschwitz, dans le kommando des couvreurs. Ils y sont 32 français au début. Louis Jouvin sera le seul survivant.
du 14/08/19 43 au 12/12/ 1943
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Louis Jouvin, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Le 12 décembre 1943, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Louis Jouvin retourne au Kommando des couvreurs jusqu’au 3 août 1944, date à laquelle il est à nouveau placé en quarantaine, au Block 10, avec la majorité des «45000» survivants.
Louis Jouvin est transféré avec 29 autres «45000» à Sachsenhausen, le 29 août 1944 : il y reçoit le matricule n° 94260. 
Puis il est transféré à Kochendorf (kommando de Natzweiler-Struthof), situé sur le Neckar à 50 km de Stuttgart, (anciennes mines de sel converties en usines souterraines pour les constructions Heinkel), avec Georges Gourdon, Henri Hannhart, Germain Houard, Lahoussine Ben Ali, Guy Lecrux, Gabriel Lejard, Maurice Martin, où ils arrivent le 5 octobre 1944. Il y est affecté au Kommando des électriciens.
Fin mars 1945, ils sont évacués sur Dachau, à pied jusqu'à Augsburg (c’est l’une de ces terribles «marches de la mort» au cours de laquelle périssent des milliers de déportés). Puis en train jusqu'à Dachau où ils arrivent le 8 avril 1945. Louis Jouvin y reçoit le matricule 140 709. Il y retrouve son camarade René Demerseman, du Trait.
Concernant le camp de Kochendorf et la marche de la mort Kochendorf-Augburg, lire dans le blog les souvenirs de Gabriel Lejard. Récit : d’Auschwitz à Kochendorf et les marches de la mort de Kochendorf à Augsburg, puis Dachau
Louis Jouvin est rapatrié en France le 18 mai 1945. Il est homologué «Déporté politique». Sa demande pour être reconnu «Déporté Résistant» est demeurée sans suite. Il est décoré de la Croix de guerre 39-45, de la médaille de la Déportation et Invalides.
Louis Jouvin a été maire de Grand-Quevilly de 1945 à 1947 (Wikipédia et communication téléphonique de son fils Pierre). Il y habite rue Mathilde Juliot. Il succède à Tony Larue, maire SFIO entre 1936 et 1940, puis entre 1944 et 1945. 
"Louis est libéré à Dachau le 28 avril 1945 et rapatrié en France le 13 mai. Il a le typhus et ne pèse plus que 35 kg. A l'extrême limite de ses forces, il est hospitalisé à l'Hospice Général, actuel hôpital Ch. Nicolle. Le Parti Communiste les a néanmoins présentés aux élections municipales d'avril 1945,  Adrien Fontaine et lui, et ils ont été élus, alors même qu'ils n'étaient pas encore rapatriés des camps. Lors de l'élection du maire par le 1er conseil municipal du 19 mai 1945, tous deux sont absents, excusés. Louis Jouvin est élu au premier tour et proclamé Maire de Grand-Quevilly. Mais il ne pourra présider son premier conseil que le 27 juillet 1945. Sa courte mandature s'est déroulée dans le contexte difficile de l'immédiat après-guerre : pénurie de charbon, d'essence, de bois, de nourriture. Les troupes d'occupation ont laissé les bâtiments publics dans un état lamentable : l'école Pasteur est à reconstruire, le stade a été vandalisé, il faut créer un dispensaire. Mais la commune est pauvre, et les caisses désespérément vides. M. Boré, conseiller municipal, espère pouvoir servir de la viande au moins une fois par semaine aux personnes âgées inscrites aux repas d'entr'aide. Paulette Lacour, résistante, soeur d'Albert Lacour qui fut abattu dans la grotte de Barneville et élue au conseil municipal cherche des espadrilles, des galoches et des blouses pour les enfants.

En dépit des restrictions, la municipalité parvient à faire partir les enfants en colonie de vacances à Bois-Guillaume pendant l'été 45. Puis elle trouve une solution pérenne et achète, pour 2 millions de francs, couverts par un emprunt, une colonie de vacances « prête à l'emploi » à Gouville-sur-mer, dans la Manche. Les enfants peuvent partir dès l'été 46: les filles en août, les garçons en septembre. Dans l'urgence, Paulette Lacour doit faire l'avance d'une partie des frais de fonctionnement et se faire rembourser par la suite. Cette réalisation, lancée sans moyens, fait la fierté de Louis Jouvin. Elle symbolise l'espoir mis dans la jeunesse pour une société plus égalitaire. La colonie de Gouville fonctionnera jusqu'à l'été 1957, et sera ensuite remplacée par celle de Soulac-sur-Mer" 
Les élections municipales du 22/10/1947 sont défavorables à Louis Jouvin : Tony Larue le devance de 4 voix. Il est élu maire de Grand-Quevilly, Louis Jouvin devient conseiller municipal. Il le restera jusqu'en 1959 (allocution de sa petite fille, Catherine Jouvin-Voranger, 7 octobre 2017).
En 1947, il milite à la FNDIRP, dont il est membre du bureau départemental. Il est adhérent à l’Amicale d’Auschwitz.  Il est membre du comité fédéral du PCF et vice-président de l’Amicale des élus communistes de Seine-Inférieure.
Louis Jouvin et Lucienne Legac, veuve de Charles Legac
Le 26 juin 1960, avec Germaine Pican, Lucien Ducastel, Robert Gaillard et Louis Eudier, il organise au Petit-Quevilly la première rencontre des «45000» et des «31000» survivant-e-s qu’ils avaient pu retrouver. 
Le menu de Louis Jouvin, rencontre 1973
Puis la commémoration à Rouen du 20e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Le 27 mai 1973 c'est la rencontre à Gonfreville-L'Orcher (ci joint le menu à son nom). Il est au Havre, en 1980 (photo ci-dessus).
Il se retire à Illeville-sur-Montfort, où il est président de le l’Amicale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.
Louis Jouvin est mort le 7 février 1995.
La cellule du PCF du Grand-Quevilly a été baptisée du nom de Louis Jouvin. 
En octobre 2016, une cérémonie s’est  tenue aux Bains-Douches, en présence du conseiller régional, Joachim Moyse, de plusieurs membres de la famille Jouvin, de la représentante de la fédération PCF de Seine-Maritime, Tiphaine Berthelot, des élus et militants communistes du Petit et du Grand Quevilly, mais aussi de Petit et Grand-Couronne, de Saint-Etienne-du-Rouvray et du secrétaire de la section Couronne / Quevilly, Didier Cahard, ainsi que de nombreux militants...

"Le 23  juin 2017, le Conseil Municipal de Grand-Quevilly, réuni sous la présidence de M. Marc Massion, a accepté de donner le nom de notre grand-père à un espace situé sur le territoire communal. Nous tenons à remercier le groupe communiste d'avoir porté cette demande chère à notre famille, et la municipalité d'avoir consenti à y donner suite. Plus de 70 ans après les évènements et 22 ans après le décès de Louis Jouvin et celui de Tony Larue, une page se referme. Mais l'histoire de la ville de Grand-Quevilly continue, au-delà de celle de ses édiles, dans le souci, partagé par tous, du bien-être de ses habitants et des valeurs républicaines. Ces remerciements sont exprimés au nom des familles en descendance directe de Louis et Yvonne Jouvin, Je vous remercie de votre attention" (allocution de sa petite fille, Catherine Jouvin-Voranger, 7 octobre 2017).
Pierre Jouvin et la famille
Samedi 7 octobre, le maire de Grand-Quevilly Marc Massion, Didier Béranger adjoint au maire communiste, Pierre Jouvin, fils de Louis et Yvonne, ancien combattant, porte parole de la mémoire du maquis de Barneville, Philippe Jouvin, repésentant la famille dévoilaient la plaque commémorant l'action de celui qui fut syndicaliste, combattant et résistant, déporté puis maire de 1945 à 1947. 
Pierre Jouvin en 2008
  • Note 1 bis. Son fils Pierre s’est engagé et a participé à Libération de la poche de Dunkerque (de septembre 1944 au 9 mai 1945) au sein du 1er bataillon du 67ème régiment d’Infanterie.
  • Note 2Dans le questionnaire biographique qu’il rédigea le 10 septembre 1947, il mit en cause Georges Déziré qui lui aurait répondu lorsqu’il l’avait averti de la surveillance dont lui Jouvin faisait l’objet que "surveiller n’est pas toujours arrêter, alors qu’il aurait dû me faire quitter le domicile pendant qu’il était encore temps". Le Maitron
  • Yvonne Jouvin : "Sa femme Yvonne Jouvin, elle aussi communiste depuis 1936,  a continué le combat seule après l'arrestation de Louis : distributions de tracts et de journaux clandestins, hébergement de militants en fuite (Charles Pieters, Suzanne Roze-Clément). Avec Madame Le Dret et Madame Guillot (épouses des deux 45000), appels à réagir dans les queues pour le ravitaillement, assaut victorieux d'un centre allemand de subsistances à Grand-Quevilly (les femmes et les enfants participant à cet assaut sont repartis avec des boules de pain, des saucissons, sous les yeux médusés des sentinelles allemandes, qui n'avaient su comment réagir face à ces mères de familles chargées d'enfants).
    La police française est venue à son domicile rue Mathilde Julio à Grand-Quevilly, en janvier 1943, pour l'arrêter à son tour. Prenant prétexte d'enfiler un manteau, elle a réussi à s'échapper par le fond du jardin, leur terrain donnant sur deux rues. Elle a trouvé refuge chez des cheminots à Dieppe (comme Charles Pieters, de Dieppe, avait trouvé refuge à Grand-Quevillly) puis elle est envoyée dans la Somme par le Parti Communiste clandestin.
  • Yvonne Jouvin (Camille) en 1943
    Elle poursuit le combat dans la clandestinité, sous le pseudonyme de Camille, maquis Jeanne d'Arc. Elle part ensuite dans l'Oise, dans le réseau de résistance Inter 27, où sous le pseudonyme de Claire elle fait partie du poste de commandement de Rosoy pour la recherche d'armes, de ravitaillement etc. Elle met fin à son engagement FTPF en mars 1945, et rentre à Grand-Quevilly pour y attendre le retour de Louis, dont elle est sans nouvelles depuis août 1944. A la fin des années 70, sa belle-fille (ma mère - épouse de Pierre Jouvin, le fils aîné) s'insurge sur le fait qu'Yvonne Jouvin ne soit pas reconnue comme Résistante, alors que tant d'hommes qui en ont sûrement moins fait qu'elle,  le sont. Animée par des idées féministes, ma mère prend les choses en main, et constitue le dossier auprès des Anciens Combattants de Seine-Maritime. Des mois, des années passent, sans réponse. Ça ne perturbe pas ma grand-mère, qui se doute bien que son  appartenance au Parti  communiste n'aide pas à la progression de sa demande dans les arcanes du Ministère. Ma mère, lorsqu'elle finit par prendre conscience de l'incurie de l'administration, reprend le combat pour sa belle-mère, et remonte un dossier complet : si ça t'amuse, semblait lui dire ma grand-mère, désabusée.... Le suspens a pris fin le 28/12/1982  (un an après l'élection de François Mitterrand : faut-il voir là un lien de cause à effet ?) : enfin le statut de Résistante lui était accordé, pour les actions menées entre le 7 mars 1942 et le 30 août 1944 (période très restrictive, lorsqu'on sait que dès 1940, elle était dans la lutte contre l'occupant). Ma grand-mère avait alors 75 ans. Elle a reçu la Croix de Combattant Volontaire de la Résistance le 8 mai 1983, à Illeville-sur-Montfort (27) des mains du Lieutenant Vannier, Commandant du Maquis Jeanne d'Arc à Elbeuf, ancien déporté, en présence de son mari Louis et de tous ses enfants et petits-enfants"Extraits d’un courriel de Mme Catherine Jouvin-Voranger (août 2014)
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli avec beaucoup de gentillesse par Louis Jouvin le 20 octobre 1987.
  • Attestation du Front National du 22 octobre 1968 (Munier, liquidateur).
  • © Mémorial Sachsenhausen.
  • Lettre de Georges Gourdon à Roger Abada - 8 août 1988.
  • Témoignage de Lucien Ducastel (1988).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Archives en ligne du Calvados-Caen.
  • "Mémoire vive n° 30".
  • © Blog des élus communistes de Grand-Quevilly.
  • © Correspondance octobre 2011 avec Bruno Prepoleski, élu communiste de Grand-Quevilly.
  • Documents recueillis par Jean Paul Nicolas aux AD de Seine Maritime (cote 54 W 7958), mel mai 2014. 
  • Courriels et photos de la petite fille de Louis Jouvin, Madame Catherine Jouvin-Voranger (août 2014).
  • In Front de gauche 76. Discours de sa petite fille.
  • photos couleur de Philippe Jouvin et André Delestre)
Biographie rédigée en octobre 2011 (modifiée en 2014 et 2018) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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