Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



HUON Jules


Photo de Jules Huon transmise par Simone Lecrux

Matricule "45675" à Auschwitz


Jules Huon est né le 20 janvier 1890 au domicile de ses parents 8, rue de Contrai  à Reims. Il est le fils de Françoise, Félicité Devise, 26 ans, tisseuse et de Paul Huon, 28 ans, tisseur, son époux.
Il habite au 11 rue du Fossé Briotin à Reims au moment de son arrestation (le 26 février 1942). Il a 52 ans le 6 juillet 1942.
Jules Huon épouse Marie, Gabrielle, Gary le 15 avril 1911 à Reims. Elle est  née à Saint-Denis (Seine / Seine-Saint-Denis) le 17 décembre 1891. Le couple a deux filles, qui naissent à Reims : Paulette, le 25 août 1910, et Renée, le 5 juin 1913.
Conscrit de la classe 1910, recensé cette même année Jules Huon effectue à partir d’octobre 1911 son service militaire (de deux ans) au bout duquel il est renvoyé « dans ses foyers » à Reims.
Jules Huon soldat au 332ème RI
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le rappelle aux « armées ». Jules Huon est mobilisé au 332ème Régiment d’infanterie qui quitte Reims le 11 en direction de la Belgique. Embarqué pour le secteur de Verdun en 1916, le régiment combat au Fort de Vaux. 
10 septembre 1918 : Citation à l'ordre du régiment
Blessé à deux reprises, Jules Huon sera titulaire de la Croix de guerre et de la Médaille militaire Il est cité l'ordre du régiment : "Brancardier courageux et dévoué. A évacué avec un beau mépris du danger des blessés sous de violents feux de mitrailleuses" (le 10 septembre 1918).
Il devient militant de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC). 
Jules Huon exerce la profession de commerçant fruitier sur les marchés de Reims.
Sympathisant communiste, il entre dans la Résistance sitôt de retour à Reims après l'armistice de 1940. Il est arrêté une première fois en décembre 1940 après une distribution de tracts, probablement communistes. Il est condamné par la justice française à six (ou huit) mois de prison, qu’il effectue à la Maison d'arrêt de Reims.
Libéré, il est arrêté une seconde fois le 26 février 1942, à son domicile, par les Feldgendarmes, après - selon le journal l'Union -, une manifestation de ménagères "pour le pain", place de l'Hôtel de Ville, dont il a été soupçonné d'en être l'organisateur. Comme cette arrestation a lieu le même jour que celle de 17 autres marnais,
arrêtés par la police allemande à Reims et à Châlons-sur-Marne au sein de la communauté juive et parmi les militants syndicaux et politiques, en représailles à la suite d'attentats commis contre les troupes d'occupation à Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines, on peut supposer que Jules Huon est arrêté pour les mêmes motifs.

Huit d'entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000" : Marcel GauthierJules HuonGuy LecruxRené ManceauFélix ReillonMaurice Roussel,  Henri  RoyRoland Soyeux, ainsi que des membres de la communauté juive. 
Jules Huon est détenu à la prison Robespierre à Reims. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 5 mars 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) (il y reçoit le matricule "3672").
"Mis par erreur au Camp des Juifs", il en décrit les dures conditions à ses proches. Du 8 mars au 5 juillet, il envoie 23 lettres, carte-officielles ou clandestines, adressées à sa famille par l'intermédiaire du fils d'un détenu.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Lettre lancée du train le 6 juillet 1942
Sa dernière lettre est lancée du convoi 6 juillet 1942 depuis le pont de Witry à 2 heures, route de Witry-en-Jassons". Lire dans le blog : Les lettres jetées du train
« Ma bonne chérie. Deux mots, nous venons de quitter Compiègne ce matin par le train comme des bêtes à 12 heures. Nous allons en Allemagne pour travailler, je crois en Silésie. Nous ne savons pas dans quelles conditions. Je crois que je dois maintenant (attendre) la fin de la guerre. Sois courageuse (…). Je ne pourrais plus t’écrire qu’avec du papier allemand. Je te fais ce petit mot en hâte dedans ce train. Je croyais passer par Reims, où j’aurais jeté une lettre du pont de la route de Witry, mais le train passe par le nord. Je t’attestes que je serais fort…(partie illisible). Je l’ai jeté depuis la route de Witry, car le train a changé de direction. Santé, courage. Jules».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jules Huon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45675. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. 
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Jules Huon meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 480.
"L'Union" du
26 avril 1946
Le journal l’Union, dirigé par Michel Sicre, résistant communiste devenu maire de Reims, lui rendait hommage le 26 avril 1946 : «… L’armistice de 1940 ne le trouva pas abattu et sitôt de retour à Reims, il entra dans la Résistance. Arrêté en décembre pour distribution de tracts, il fut condamné à 6 mois de prison et ensuite libéré, mais les boches le mirent en surveillance. Le 26 janvier 1942, il fut de nouveau arrêté comme otage, à la suite d'une manifestation de ménagères réclamant pain, sur la place de l'hôtel de Ville. Il était soupconné d'être l'organisateur de ce mouvement. Enfermé à la prison du Bd Robespierre une seconde fois, il fut ensuite transféré à Châlons et Compiègne. Le 6 juillet 1942 on l’emmenait avec d'autres camarades pour les camps nazis de torture. Aucune nouvelle de lui, ne parvint jamais à sa famille, il, a été impossible de connaître  Ie camp où il trouva la mort. Héros obscur de la résistance, comme tant d’autres il est tombé en Français ». Nous savons maintenant que ce camp était celui d'Auschwitz-Birkenau.
Plaque commémorative
apposée sur son domicile
Jules Huon est homologué au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) et DIR (Déportés et Internés Résistants) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Une plaque commémorative a été apposée en 1947 par la Ville de Reims à son domicile au 11, rue du Fossé Briotin
Une autre plaque refaite à l'identique est apposée au square des victimes de la Gestapo.
Plaque commémorative
Sa famille a été durement frappée : son neveu René Huon a été fusillé, l'épouse de celui-ci, née Aline Monin, et ses deux frères ont été déportés et sont morts en déportation, ainsi que l'épouse de l'un d'entre eux.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
P. 51 "Reims souviens-toi"
  • Collection complète des lettres de Compiègne, photocopies confiées par une des filles de Jules Huon, Madame Rubert.
  • Témoignage de Madame Simone Lecrux, veuve d'un 45000 rémois rescapé (1981).
  • Communication de madame Jocelyne Husson, professeur à Reims (juin 1990).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Site du CRDP de Reims, biographie de Jules Huon, par Mme Jocelyne Husson.
  • Archives en ligne de la Marne.
  • "Reims souviens-toi". Plaquette réalisée dans le cadre d'un PAE par 27 élèves des classes de troisièmes B et C (année scolaire 1984-1985) du Collège St Rémi de Reims. Dessin Jérôme Beunier.
Biographie réalisée en 2001, modifiée en 2011 et 2016, réalisée à l'occasion de la conférence donnée au CRDP de Reims sous l'égide de l'AFMD de la Marne en décembre 2002, par Claudine Cardon-Hamet en 2002, auteure des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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