Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GOURDON Emile, Georges



Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule 45622 à Auschwitz

Le 27 juin 1982, 40ème anniversaire
du départ du convoi
Rescapé


Emile, Georges Gourdon, est né au domicile de ses parents rue de la Briandière à La Montagne (Loire-Atlantique) le 14 mars 1899. 
Il habite au 9 bis rue Boursier à Creil (Oise) au moment de son arrestation. 
Il est le fils d’Héloïse Guérin et de Léon Gourdon, 33 ans, chaudronnier aux chantiers de l'Atlantique, son époux.
Il a un frère aîné, Léon, né en 1891 et deux sœurs Jeanne (née en 1894) et Eloïse (née en 1901).
Conscrit de la classe 1919, Gorges Gourdon est mobilisé par anticipation en avril 1918 comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre.
Georges Gourdon adhère au Parti communiste à Neuilly-sur-Seine, sous-rayon de Courbevoie en 1921 "alors que Dadot était secrétaire de rayon" écrit-il. Il est alors dessinateur industriel chez Panhard-Levassor à Paris 13ème.
Le 16 avril 1927, devenu représentant en vins et spiritueux, il épouse à Breuil-le-Vert (Oise) Suzanne, Berthe Paillard. Elle est institutrice dans l'Oise.
En 1930, il habite Pont Sainte-Maxence où il joue un rôle important dans les grèves de mai-juin 1936, comme secrétaire du Parti communiste et de la section locale du syndicat CGT. Il écrit : "Lors des grèves de la SALPA, fin 36, accusé de sabotage par la direction, ai comparu une première fois en correctionnelle à Senlis avec 12 camarades. Notre défenseur était Boitel. Relaxé avec tous les camarades, la SALPA fait appel à Amiens, où la cours d'appel confirme le jugement" (l'avocat Maurice Boitel sera interné lui aussi à Compiègne).
En 1936, il est membre du comité du Parti communiste pour la région picarde et il participe activement aux manifestations du Front populaire.
En 1937, il s’installe à Creil où il est secrétaire de la section du Parti communiste. Il est le candidat du PC en 1937 aux élections au conseil général dans le canton de Crépy-en-Valois (Oise) et, en 1939, à celles du conseil d'arrondissement dans le canton de Pont Sainte-Maxence.

L'Humanité du 30 octobre 1938
Le 4 novembre 1938, il participe avec Brault et Depessemier un meeting à Saint-Vaast-les-Mello organisé par le Comité central du Parti communiste "contre le diktat de Munich et pour la défense de l'Espagne républicaine".
Le même jour, son camarade André Gourdin, également membre du comité régional, tient meeting avec Jean Catelas. André Gourdin sera déporté avec Georges Gourdon à Auschwitz.
Il est mobilisé en 1939. Fait prisonnier près d'Angoulême, il s'évade et retourne dans l’Oise. 

Dès le début juin 1940, l'Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande ») (1).
Dès son retour dans l'Oise, Georges Gourdon rencontre à plusieurs reprises Jean Catelas, membre de la direction clandestine du PCF, afin de reconstruire le Parti communiste dans l’Oise et dans la Somme.
Le Parti a été désorganisé par l’interdiction du gouvernement Daladier en septembre 1939, la mobilisation, l’exode et par les interrogations de certains militants troublés par l’existence du Pacte de non-agression germano-soviétique. 
Jean Catelas est arrêté par la police française, le 15 mai 1941, jugé et condamné à mort par un «Tribunal d'État» doté de pouvoirs spéciaux par Pétain, les 20 et 21 septembre 1941.
"Avec Marcel Deneux, nous avons rédigé et imprimé une fois par semaine, "Le Travailleur de l'Oise" et organisé la Résistance jusqu'à mon arrestation par la Gestapo". Il organise la Résistance dans le département de l'Oise.
Des policiers français et allemands arrêtent Georges Gourdon à son domicile le 13 juillet 1941. Emprisonné à Senlis, il est interné à la demande des autorités allemandes au camp de détention allemand (Frontstalag 122) de Compiègne, le 16 juillet 1941 où il participe à la Résistance communiste clandestine.
Le 18 septembre 1941, le commissaire spécial de la Sûreté nationale de Beauvais écrit à Paul Vacquier, Préfet de l’Oise, pour l’informer que "le Kreiskommandant de Senlis a demandé de lui transmettre une liste de quinze individus, choisis parmi les communistes les plus militants de la région creilloise, destinés, le cas échéant, à être pris en qualité d’otages. En accord avec le commissaire de police de Creil, la liste a été établie". Georges Gourdon est inscrit en 3è position de cette liste (avec le prénom d'Emile qui est son premier prénom) avec la mention « déjà interné ». Parmi les autres noms de cette liste, cinq d’entre eux seront comme lui déportés à Auschwitz : Marcel Bataillard, Paul Crauet, André GourdinCyrille De Foor, Marc Quénardel
Il écrit : "à Compiègne, jusqu'au départ pour Auschwitz, ai participé à l'activité clandestine de camp".
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Gourdon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
8 juillet 1942, Immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro "45622". Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Georges Gourdon est affecté dans un Kommando chargé de construire les routes dans «l’espace d’intérêt» du camp. Il y reste 28 mois. il est transféré le 25 août 1944 à Sachsenhausen (il y reçoit le matricule 94257), puis il est affecté au Kommando de Kochendorf (dans des mines de sel proches du Neckar) où il arrive le 5 octobre, avec dit-il "Lejard, Lecrux, Hannhart et Houard".
Le 8 avril 1945, le camp est évacué dans des conditions terribles, à pieds jusqu'à Augburg, puis vers le camp de Dachau.
Concernant le camp de Kochendorf et la marche de la mort Kochendorf-Augburg, lire dans le blog les souvenirs de Gabriel Lejard. Récit : d’Auschwitz à Kochendorf et les marches de la mort de Kochendorf à Augsburg, puis Dachau
A Dachau il fait partie du comité clandestin de libération du camp où sévit une épouvantable épidémie de typhus (il y porte le n°140.707). Le 28 avril, cette organisation de Résistance prend en charge les détenus après la fuite des dernières unités SS. Le 29 avril, il salue l'arrivée des unités de la 7ème armée américaine.
Georges Gourdon est rapatrié en mai 1945.
Il porte plainte contre l’ancien commissaire de police de Creil et son secrétaire qui ont pris part à son arrestation. Ceux-ci sont condamnés à 15 ans de prison (ce type de peine est levé au début des années 1950 par les lois d’amnistie votées par le Parlement).
Georges Gourdon reçoit le titre de «Déporté résistant» et reprend ses combats politiques. Membre du bureau de la fédération communiste de l’Oise en 1947-1948, il est secrétaire de la section du Parti communiste de Creil.
Il est élu conseiller municipal de Creil avec André Mercier de 1947 à 1959. Son mariage avec Suzanne Paillard est dissous 15 juillet 1947.
"Il fut à nouveau candidat en 1959 en troisième position derrière Maurice Bambier et Jacqueline Gagnaire, mais ne fut pas réélu en raison du changement du mode de scrutin" (Le Maîtron).
Pendant 20 ans il est désigné comme président des associations départementales de la FNDIRP et de l'ARAC.
Il se remarie à Creil le 28 janvier 1961 avec Clairette, Marie Valin.
Liste de noms, adresses et
professions adressée à Roger Arnould
Georges Gourdon s'efforce de retrouver un maximum d'informations sur ses camarades déportés de l'Oise dont il est le seul survivant du convoi du 6 juillet 1942 et les fait parvenir à Roger Arnould dont il connait et apprécie les recherches sur le convoi "Pensant que cette liste de noms vous aidera dans votre travail, et en vous félicitant pour ce que vous avez déjà fait, bien fraternellement"  (lettre du 21 janvier 1972). Il lui envoie également une liste de survivants.
Le 27 juin 1982 à Compiègne
A Gauche Georges Gourdon, 
à droite Eugène Charles
Georges Gourdon participe aux commémorations célébrant le départ de son convoi. On le voit sur la photo ci-contre, prise par Roger Arnould le 27 juin 1982 à Compiègne lors du 40ème anniversaire du départ du convoi. A sa gauche (avec les lunettes) on reconnait Eugène Charles (45354).
Il reçoit la décoration d’officier de la Légion d’Honneur.
Sa tombe à Mougins 
(Alpes-Maritimes)

"Pour raisons de santé", écrit-il, il se retire à Mougins (Alpes-Maritimes), où il est tête de liste communiste aux élections municipales, président de la section départementale de la FNDIRP et président de l'ARAC "continue à militer dans la mesure de ses moyens".
Il revoit René Aondetto. Georges Gourdon est mort le 3 novembre 1986 à Mougins.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages et récits de Georges Gourdon (Lettres à Roger Arnould en 1972 et en 73).
  • Fiche remplie par Clairette Gourdon, sa veuve en novembre 1987.
  • Lettre à Roger Abada (8 août 1972).
  • Mémorial du camp de Sachenhausen.
  • Le Maitron : Le dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, Paris, éditions de l’Atelier.
  • Jean Pierre Besse pour les Archives départementales de l'Oise, série M.
  • Bulletin de l'association "Mémoire vive" n° 30, p. 7.
  • La tombe de Georges Gourdon à Mougins, photo © Pierre Cardon
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007 complétée en 2011, et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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