Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GAUTHIER Marcel


Marcel Gauhier, photo de famille

Matricule "45582" à Auschwitz
 
Marcel Gauthier est né le 4 novembre 1897 au domicile de ses parents, « aux carrières, maison Grenot » au Creusot (Saône-et-Loire)
Photo © Bernard Bretet 
Ouvrier verrier, il est domicilié au 22 rue Cognacq-Jay à Reims au moment de son arrestation. 
Il est le fils Catherine Dechaume, 26 ans, sans profession et de Charles Gauthier, 32 ans, manœuvre, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite au Creusot, où il travaille comme maçon au moment du conseil de révision.
Il mesure 1m 79, a les cheveux châtains foncés et les yeux gris-bleus, le front ordinaire et le nez moyen, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1917, Marcel Gauthier est mobilisé par anticipation en 1916, comme la plupart des jeunes gens de sa classe, depuis la déclaration de guerre et la mobilisation générale du 1er août 1914. Il est mobilisé le 11 janvier 1916 et incorporé le même jour au 11ème régiment du génie, cantonné à Epinal. Ce régiment est engagé sur le front de Verdun, la Champagne et la Somme en 1916 et en Alsace en 1917. Souffrant d’inflammations des ganglions lymphatiques et d’insuffisance respiratoire « imputable au service » (adénopathie cervicale bilatérale, insuffisance respiratoire du sommet gauche), Marcel Gauthier est évacué vers l’arrière et classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Pau (siégeant dans un des hôpitaux provisoires) le 13 septembre 1917 (on notera qu’un autre déporté à Auschwitz, Ange Macé souffrira de  symptômes identiques, également « imputables au service »). 21 jours après, Marcel Gauthier est néanmoins déclaré « apte au service armé » par la commission de réforme d’Epinal du 4 octobre 1917. Il est alors affecté à la 24ème section d’infirmiers le 26 octobre… Pour repasser au 11ème régiment du génie le 28 décembre. Il est proposé pour la réforme temporaire n°1 avec gratification de 8ème catégorie par la commission de réforme de Chalon-sur-Saône le 17 septembre 1918.  il « se retire » au Creusot, 16 rue de Tunisie. Il reçoit la médaille commémorative de la Grande guerre et la médaille de la Victoire… Mais le « certificat provisoire du combattant » qui donne droit à pension lui sera refusé en 1921, 1935 et 1940 !
En 1919 il est admis à la réforme temporaire n° 1 avec gratification de 100 F. Une pension temporaire de 30 % lui est accordée en 1919, 1920, 1921 (720 F). La commission de réforme de Chalon-sur-Saône le réforme définitivement avec pension de 20% en 1922.
Le 13 décembre 1919 Marcel Gauthier épouse Anna, Léontine, Rougeot (née le 1er août 1898 à Saint-Léger-sur-Dheune) au Creusot. Ils ont trois enfants.
En juillet 1922, le couple habite au 24 rue de Cormontreuil à Reims.
La clinique Lemaire à Berk-Plage
Marcel Gauthier est en soins à la Clinique orthopédique Lemaire, 46 rue Pierre Cornu à Berk-plage, puis à l’hôpital des anciens combattants à Metz en avril 1934 (aujourd’hui hôpital d’instruction des armées).
Verrerie Charbonneaux © Wikipedia / Gérald Garitan
Marcel Gauthier est "ouvrier d'entretien à la Verrerie Charbonneaux à Reims. Militant syndical, il est secrétaire du Syndicat des Verriers de Reims en 1938 (qui compte 875 adhérents) et qu'il représente au Congrès de la CGT de 1938" (Le Maitron). 
Marcel Gauthier 
Dès septembre 1940, le Préfet de la Marne René Bousquet fait établir par commune, des listes de “communistes notoires” et effectue des enquêtes dans les entreprises. Ainsi, en décembre 1940, 200 militants sont identifiés et photographiés dans une trentaine de communes du département. Au lendemain de l'invasion de l'Union soviétique, il donne des instructions très précises pour la surveillance des "menées communistes". En septembre 1941, avec l'institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française.

Le 26 février 1942, la Feldgendarmerie arrête à Reims des militants syndicaux et politiques dont huit seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000" : Marcel GauthierJules HuonGuy LecruxRené ManceauFélix ReillonMaurice Roussel,  Henri  RoyRoland Soyeux, ainsi que des membres de la communauté juive. Lire dans le blog : Le rôle de René Bousquet dans la déportation des "45000" de la Marne.
Marcel Gauthier est arrêté à son domicile le 26 février 1942 par la police militaire de l'armée allemande (Feldgendarmerie), accompagnée de policiers français, le même jour que 17 autres marnais. Il est détenu à la prison de Reims, puis remis aux autorités allemandes à leur demande. Celle-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 5 mars 1942 (il y reçoit le matricule "3673").
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Gauthier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Marcel Gauthier le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Marcel Gauthier est immatriculé le 8 juillet à Auschwitz sous le n° matricule "45582". Il a 44 ans.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 336).
Il est déclaré "mort pour la France".
Bourse du travail de Reims
photo © Alain Girod
Il est homologué au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Sur décision du conseil municipal de Reims (25 août 1945), une plaque est apposée sur son domicile, 22 rue Cognacq-Jay à Reims ("Patriote, mort en déportation").
Son nom est honoré sur la stèle apposée dans la salle de réunion de la Bourse du travail de Reims.
Il est homologué comme Déporté politique. 
Sa famille a en vain demandé son inscription comme « Déporté Résistant » (refus notifié par la mention « DR inadmis »). Lire dans le blog « La carte de "Déporté-Résistant ».
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
Dessin © Jérôme Beunier
  • Notice et photo parue dans "L'Union" (15 et 16 juin 1946).
  • Communication de Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims (juin 1990).
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 29, page 210.
  • J. Fallet, Le Front populaire à Reims
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG)
  • Les Livres des morts d'Auschwitz.
  • © Etat civil et registres matricules militaires de Saône-et-Loire.
  • Plaque du 22 rue Cognacq-Jay © Bernard Bretet / Genweb.
  • Photo de famille de Marcel Gauthier, in bulletin N° 13 d'avril 2013 de l'AFMD Marne. 
  • Dessin © Jérôme Beunier, in "Reims souviens-toi". Plaquette réalisée dans le cadre d'un PAE par 27 élèves des classes de troisièmes B et C (année scolaire 1984-1985) du Collège St Rémi de Reims.
Biographie (mise à jour en 2015 et 2018) réalisée à l'occasion de la conférence donnée au CRDP de Reims sous l'égide de l'AFMD de la Marne en décembre 2002, par Claudine Cardon-Hamet en 2002, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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