Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



BOUDEAUD Pierre


Pierre Boudeaud le 8 juillet 1942
Matricule "45279" à Auschwitz



François, Constant, Pierre (prénom d'usage) Boudeaud est né le 17 décembre 1899 au domicile de ses parents aux (Les) Landes Génusson (Vendée). Il habite à Epernay (Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Clémence Boudaud, 37 ans, ménagère et de Pierre Boudeaud, 43 ans, domestique son époux. 
Au moment du conseil de révision, Pierre Boudeaud habite aux Landes Génusson, où il travaille comme domestique agricole. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 57, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front bombé et le nez long, le visage ovale.  Il a un niveau d’instruction n°2 pour l’armée (i.e. sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1919, Pierre Boudeaud est mobilisé par anticipation le 18 avril 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le jour même au 65ème régiment d’infanterie.
Il est proposé pour un changement d’arme par la commission de réforme de Nantes le 27 avril 1918 pour « pieds plats, conformation impropre à l’infanterie ». Il est affecté au 28ème régiment d’artillerie de campagne le 16 mai 1918. Puis il est dirigé sur le 52ème d’artillerie à Troyes. En mai 1919 il passe au 85ème régiment d’artillerie lourde en occupation dans les pays rhénans. Le 11 mai 1919, il passe au 11ème régiment d’artillerie à pied. En 1920 il est déclaré soutien indispensable de famille par le conseil cantonal (son père est décédé). Le 19 mai 1920, il est affecté au 106ème régiment d’artillerie lourde. Il fera 10 jours supplémentaires en attendant sa date de libération qui intervient le 2 avril 1921 (certificat de bonne conduite accordé) il se se retire à Nantes au 65 rue Sadi-Carnot.
Après avoir effectué une période 15 jours en mai 1921, convoqué en tant que réserviste aux 81ème et 90ème régiments d’artillerie lourde, il est « affecté spécial » le 6 juin 1922 pour la réserve de l’armée active comme manœuvre aux chemins de fer de l’Est.
Le 22 avril 1922, Pierre Boudeaud épouse Raymonde Lesage à la mairie d’Epernay. Le couple aura trois enfants : Suzanne, née le 9 février 1923, Claudine, née le 17 octobre 1929, et Serge, né le 9 août 1931.
En juillet 1927 il est classé "affecté spécial" comme aide chaudronnier aux ateliers d’Epernay où il travaille. Puis dans la subdivision de Chalons-sur-Marne où il habite, rue des Sièges.
Militant communiste, il est agent d'exploitation à la SNCF.

Le 20 juillet 1941, Pierre Boudeaud est arrêté par des agents du commissariat de police d’Épernay. Le 11 août, le tribunal correctionnel de la ville le condamne à un an d’emprisonnement avec sursis et cent francs d’amende pour « activité communiste ». Il est relâché.
Dès septembre 1940, le Préfet René Bousquet fait établir par commune, des listes de “communistes notoires” et effectue des enquêtes dans les entreprises. Ainsi, en décembre 1940, 200 militants sont identifiés et photographiés dans une trentaine de communes du département. Au lendemain de l'invasion de l'Union soviétique, il donne des instructions très précises pour la surveillance des "menées communistes". En septembre 1941, avec l'institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française.

Le 5 août 1941, Pierre Boudeaud est suspendu de ses fonctions à la SNCF, « en prévention de révocation ».
Pierre Boudeaud est arrêté le 10 août 1941, à Epernay (Marne) et remis aux autorités allemandes à leur demande : celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontsalag 122) avant le 18 août 41, en vue de sa déportation comme otage (il y reçoit le matricule "1543").
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45279".
Immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin © Jérôme Beunier

Pierre Bourdeaud meurt à Auschwitz le 4 août 1942 d'après le certificat de décès établi au camp d'Auschwitz (in Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Son nom (François Boudeaud) est honoré sur la stèle des agents SNCF tués par fait de guerre (anciennement Cour des Ateliers SNCF - quai de Marne, transférée sur le site des TER, boulevard Joffre en 2011) et il est également gravé sur le monument aux morts et de la Déportation de Reims.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Recensement par André Aubert des déportés marnais non rentrés.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Correspondance de Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims (19 juin 1990). 
  • Les Livres des morts d'Auschwitz.
  • Archives en ligne de Vendée, état civil et registre matricule militaire.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

  • Dessin © Jérôme Beunier, in "Reims souviens-toi". Plaquette réalisée dans le cadre d'un PAE par 27 élèves des classes de troisièmes B et C (année scolaire 1984-1985) du Collège St Rémi de Reims.
Biographie (complétée en 2015 et 2018) réalisée à l'occasion de la conférence donnée au CRDP de Reims sous l'égide de l'AFMD de la Marne en décembre 2002, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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