A la croisée des deux grandes catégories de la Déportation

Le convoi d’otages parti de Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 occupe une place particulière dans les déportations de France (cliquer sur le texte souligné). Placé sous la bannière de la croisade hitlérienne contre le "judéo-bolchevisme" et dispositif de "la politique des otages" destinée à dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs attaques contre des officiers et des troupes de l'armée d'occupation, il s’apparente par ses origines aux fusillades massives d'otages communistes et juifs de septembre 1941 à juillet 1943 et aux premiers convois de Juifs de France dirigés sur Auschwitz-Birkenau entre mars et juin 1942.

Sur les 1170 hommes (plus de 1100 "otages communistes" et 50 "otages juifs") qui furent immatriculés le 8 juillet 1942 à Auschwitz entre les numéros 45157 et 46326 - d'où leur nom de "45000" - seuls 119 restaient en vie au jour de la victoire sur le nazisme.

L’histoire de ce convoi atypique - dont les premières recherches furent entreprises en 1971 par Roger Arnould (résistant déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP) - a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) qui publie le contenu de sa thèse avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) - et le livre grand public Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l'Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Témoignage d’Henri Hannhart sur la mort de Fernand Saguet



Fernand Saguet
conseiller municipal communiste
de Maisons-Alfort 
La plupart des 119 rescapés du convoi du 6 juillet 1942 ont écrit aux familles de leurs camarades morts à Auschwitz, pour tenter de leur dire comment et quand ils étaient morts. Nous avons publié des extraits de ces lettres que les familles - ou les rescapés - ont bien voulu nous confier, dans les notices biographiques.

Ce témoignage d’Henri Hannhart est un d’une autre nature. Il s’agit ici de témoigner officiellement de la mort d’un déporté auprès de l’administration du Ministère des Anciens Combattants. Il s’agissait ainsi à la fois de permettre aux familles d’obtenir des attestations leur permettant d’engager les procédures administratives de reconnaissance du statut de « Déporté politique », mais aussi de témoigner de l’horreur de leur calvaire et des circonstances de leur mort.
Henri Hannhart en 1950

Comme le souligne Henri Hannhart les déportés Français sont disséminés dans les différents Kommandos de Birkenau et d’Auschwitz I, rarement plus de deux ou trois à la fois. Les attestations apportant le plus de précisions ne sont donc pas nombreuses.

Celle d’Henri Hannhart est de celles-là.


A Auschvitz, Fernand Saguet, conseiller municipal communiste de Maisons-Alfort (Seine et Oise / Val de Marne) est affecté au Block 15 d'Auschwitz I et au Kommando « Faulgas » (1) avec son camarade Henri Hannhart (ils ont tous deux fait les mêmes prisons et camps en France - Santé, Aincourt, Fontevrault, Clairvaux, Rouillé, Compiègne). 
Témoignage dactylographié et certifié
à la mairie de Le Vigen (Haute Vienne

Le Kommando "Faulgas" travaille au filtrage des boues d’épuration pour l’assèchement des marais à Birkenau, et leur transformation en gaz, huile et coke (1).  

Dans ce témoignage qu'il adresse au Ministère des Anciens combattants qui souhaite avoir la certitude que Fernand Saguet est bien décédé à Auschwitz, Henri Hannhart raconte comment "un soir du mois de septembre 1942, je l'ai ramené sur mes épaules au camp d'Auschwitz, complètement exténué et malgré les pauvres soins que j'ai pu lui donner, il est mort deux ou trois jours après".

Transcription
P.C. 43.610 / COPIE 549022
Le Vigen (Haute-Vienne) 5 mai 1946
Monsieur le Chef de Service,
Sitôt reçu le formulaire concernant le décès de Monsieur SAGUET, je vous le renvoie rempli. Je vous donnerai même quelques renseignements complémentaires. Mon camarade SAGUET a été arrêté en même temps que moi le 25 juillet 1940. Transféré à la Prison de la Santé, puis à Aincourt (Seine et Oise) au Sanatorium transformé pour les besoins en camp de concentration, puis en décembre 1940 dirigé sur la centrale de Fontevrault (M.L.) jusqu'en février 1941, puis dirigé à la centrale de Clairvaux (Aube) jusqu'en septembre 1941, puis dirigé sur le camp de concentration de Rouillé (Vienne) jusqu'en février 1942, puis dirigé sur Compiègne (Oise) au camp de Royal-Lieu jusqu'au 6 juillet 1942 date à laquelle le premier convoi de politiques Français a été dirigé sur Auschwitz (Haute-Silésie).
Convoi de 1178 Politiques. Je ne vous relaterais pas les souffrances et humiliations subies mais je travaillais avec le camarade SAGUET au Kommando « Faulgas » et un soir du mois de septembre 1942 je l'ai ramené au camp d'Auschwitz sur mes épaules, complètement exténué et malgré les pauvres soins que j'ai pu lui donner il est mort 2 ou 3 jours après. Comme autres témoins pouvant certifier le décès de ce camarade, ce sera difficile car nouse autres Français étions disséminés dans les nombreux Kommandos du camp et n'étions que deux ou trois français ensemble. Quand à son numéro Matricule je ne m'en souviens pas très bien, mais sachez tout de même que cela pouvait être dans les 46.000, car moi mon nom commençant par un H, j'ai le numéro matricule « 45.652 » tatoué au bras gauche.
 Je suis à votre entière disposition pour tous renseignements et je vous dirais en outre que je suis en convalescence dans une maison de repos dans la Haute-Vienne. Recevez, Monsieur mes salutations les meilleures.
Signé : Henri HANNHART Interné - Déporté politique 1940-1945, provisoirement à la Maison de Repos du Mas-du-Puy (Haute-Vienne).
VU pour légalisation de la signature de M. HANNHART apposée ci denssus. Le Vigen,  5 mai 1946 . Le maire (cachet).
Fernand Saguet meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1058 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Cette date n'infirme pas la véracité du témoignage d'Henri Hannhart : les rescapés ont tous fait des approximations avec les dates dans l'enfer des premiers mois de leur déportation.
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Fernand Saguet, mais il porte une date portée sur l’avis de décès, qui correspond en fait à la date approximative donnée au ministère par Henri Hannhart « décédé en septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ».
Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» est attribué à Fernand Saguet. « La nouvelle de son décès n’étant pas connue, son nom figura sur la liste des membres du conseil municipal provisoire nommé en novembre 1944 » (Le Maitron).
Fernand Saguet est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes (GR 16 P 530018). 
Le nom de Fernand Saguet est honoré à Maisons-Alfort : dans le Bulletin municipal n°1 de juillet 1946 (édition interrompue depuis 1939) on peut lire : Le Maire, André Saulnier, et le Conseil rendent hommage à tous les maisonnais et maisonnaises qui sont morts pour que la France vive et renaisse. Sont associés dans cette pensée, les camarades élus en 1935, morts dans les bagnes hitlérien victimes de la barbarie fasciste. Parmi les douze noms cités figure celui de Fernand Saguet. Et son nom sera donné, par délibération du 18 mai 1948, à la rue longeant la Marne, anciennement quai d’Alfort (Marcelle Aubert in © Le blog du CGMA).
  • Note 1 : L’assèchement des marais à Birkenau auquel sont affectés des milliers de déportés dont beaucoup de « 45.000 » et de Juifs a été l’occasion pour les SS d’utiliser industriellement le tourteau produit par le filtrage des boues d’épuration. Un « Kommando » de travail spécialisé (Faulgas Kommando) convertissait par pyrolyse ce tourteau de filtrage de boues d'épuration en huile, gaz et coke (un procédé qui sera homologué industriellement par des ingénieurs allemands… en 1993). Ce Kommando « Faulgas » est mentionné dans les minutes du procès de Nüremberg.

En cas d’utilisation ou publication de cet article, prière de citer : « article publié dans le blog  « Déportés politiques à Auschwitz : le convoi dit des 45.000 » https://politique-auschwitz.blogspot.com/
Adresse électronique :  deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 


Les déportés juifs du convoi

Le convoi du 6 juillet 1942 était composé de près de 1100 "otages communistes", de cinquante "otages juifs" et d’une vingtaine de « otages asociaux » (auteurs de délits de droit commun) dont la déportation faisait partie, au nom de la lutte contre le «judéo-bolchevisme», des représailles décidées par Hitler pour porter la terreur parmi les communistes dont les groupes armés attaquaient des officiers et des soldats de la Wehrmacht  afin de lancer la résistance armée sur le sol de France.  


Voir en bas de la page, les liens vers les articles complémentaires

    Combien de Juifs déportés le 6 juillet 1942 ?

    On ignore le nombre exact d'otages communistes et juifs déportés le 6 juillet 1942 car la liste de départ au camp allemand de Compiègne n'a pas été retrouvée. Plusieurs rescapés ont indiqué que leur convoi était composé de  1175 détenus au moment de leur départ du camp de Compiègne . 

    Au cours du transport, trois d'entre eux (au moins) s’évadèrent. Selon un (seul) témoignage, un autre aurait été "liquidé comme mouton" par ses camarades qui le soupçonnaient de les avoir dénoncés. 

    Le 8 juillet 1942, le convoi arrive à Auschwitz et 1170 de ces déportés furent immatriculés au camp principal (Stammlager). 

    Le chiffre le plus vraisemblable est celui de 1175 déportés au moment du départ du camp de Compiègne. 


    Parmi eux, se trouvaient 50 "otages juifs" retirés le 5 juillet 1942 du "camp des Juifs" et inscrits sur une liste particulière (voir  plus loin). On ignore le nom de 3 des 50 "otages juifs". Par ailleurs, des communistes dont les origines juives n'avaient pas été décelées (7 au moins) par les services allemands ont été déportés comme "otages communistes" et leur nom figure sur les 3 autres sous-listes qui composaient la liste définitive de départ du convoi. 
    Les noms de ces 54 déportés juifs ont été retrouvés grâce aux documents des archives du camp d’Auschwitz, du Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC, ministère de la Défense à Caen) et du Mémorial de la Shoah (Paris). 
    Quand les camps de concentration furent libérés, seuls deux de ces déportés juifs avaient survécu à leur détention

    Les noms des Juifs déportés 
    Leurs noms étaient présents de manière très inégale sur les quatre sous-listes alphabétiques successives qui composaient la liste de départ du convoi - que j'ai pu presque entièrement reconstituer. Sur la liste de départ, 5 noms manquent encore et beaucoup de matricules n'ont pas pu être certifiés.

    La première et la deuxième sous-listes 

    Elles rassemblaient les internés du camp A, arrêtés comme communistes ou pour une petite minorité d'entre eux, soupçonnés à tort ou à raison de proximité avec ceux-ci ou avec les gaullistes. Des Juifs qui n'avaient pas été "identifiés" furent en conséquence déportés comme "otages communistes". Au cours de leur enregistrement à Auschwitz, l'administration SS leur attribuèrent le même triangle que les "otages communistes" (vert, pendant quelques jours, puis rouge) jusqu'à ce que l'administration SS du camp décèle leurs origines juives et leur octroie l'étoile jaune. 

    La troisième sous-liste des "otages juifs" du convoi  

    La plus grande partie de ces déporté (50) figuraient dans la troisième sous-liste du convoi et furent déportés en tant qu' "otages juifs". La plupart d'entre eux avaient été arrêtés en France parce que "Juifs" selon les critères du régime de Pétain et/ou des services du MBF (Commandant militaire en France occupée) - qu'ils aient été ou non des résistants - .Dans cette liste figuraient également des hommes arrêtés comme communistes notoires ou pour activité communiste (interdite depuis septembre 1939) ou pour faits de résistance. Placés dans un premier temps, dans le camp A des internés politiques de Compiègne (dit "camp des communistes"), ils avaient été transférés dans une section du camp C, appelée "camp des Juifs", après qu'ils aient été "identifiés comme Juif" par l'administration allemande de ce camp de détention de police dirigé par la Wehrmacht.
    Lors de leur arrivée au camp principal d'Auschwitz, ces 50 Juifs furent appelés et séparés de leurs compagnons et reçurent au cours de leur enregistrement, l'étoile jaune réservés aux détenus juifs d'Auschwitz arrêtés dans l'ensemble des pays occupés par l'Allemagne.

    Il faut mentionner ici un cas exceptionnel qui est à l'inverse de cette procédure et dont allait bénéficier Davydas Badasas (David Badache), résistant gaulliste de Caen, originaire de Lituanie, dont la mère était juive et le père de religion orthodoxe. En France, il avait été "défini" comme Juif à partir des critères de la législation du régime de Pétain et avait dû se faire recenser comme tel. Son nom figurait en tête de la liste des "otages juifs" du convoi.Cependant, selon la législation nazie, il était mischling (= de "sang mêlé"). Il n'était donc, à leurs yeux ni juif, ni aryen car son ascendance aryenne - pourtant censée être "dominante" pour les nazis - avait été "abâtardie" par le sang juif de sa mère.Grâce à ses relations avec des détenus d'un réseau de résistants autrichiens, son cas fut réexaminé par l'administration du camp au printemps 1943. Il reçu alors le triangle rouge des détenus politiques. Ce qui, a-t-il estimé, lui avait sauvé la vie.

    La quatrième sous-liste 
    Elle a été très vraisemblablement établie  au dernier moment pour atteindre le nombre d'otages à déporter préalablement fixé et donc de compenser l'absence des otages qui n'ont pu être déportés pour une raison ou pour une autre.



    Les numéros suivis d'un point d'interrogation (?) sont les plus probables, mais n'ont pu être certifiés, faute d'avoir été attestés par des documents ou des témoignages fiables.

    Première liste 
    45663  ? HIRTZ Jacques, Eugène,  13/07/1918 


    Seconde liste 
    46245 HOFFMANN Isidore 17/10/1918


    Troisième liste (les 50 "otages juifs" extraits du "camp des Juifs" de Compiègne
    Trois noms restent inconnus.
    46268   BERNHEIM  ARMAND 07/06/1896 
    46270   B... ou C... ou D... (inconnu)                              
    46271   B... ou  C... ou D... (inconnu)          
    46272   DRIMER ISRAEL 12/09/1899 
    46276 ? GAWRON JOSEPH 03/03/1924
    46279 ? GOLDSTEIN SAMUEL 18/10/1901
    46289    KRAEMER JULIUS 18/02/1897
    46299    MARMELZTEJN JOSEF 18/06/1899
    46300    MAR...à MIA...(inconnu) 
    46301    MIASKOVSKY SAMY MICHEL 20/03/1896
    46302    NEIMAN ISRAEL 31/08/1901
    46304    PECKER Marc Raphaël 
    46305    POLOSECKI JULES 15/06/1909 Rescapé

    CHLEVITZKI, Henri (ou CHVELITZKI)

    Henri Chlevitzki le 8 juillet 1942 à Auschwitz

    Matricule « 45369 » à Auschwitz

    Henri Chlevitzki est né le 22 septembre 1915 à Paris 12ème. On le trouve sous le nom de  Chvelitzki dans les archives de la police de Paris et par conséquent dans celles du camp d'Auschwitz.  
    Il est domicilié au 95 rue de Montreuil, à Paris 11ème au moment de son arrestation. Il est le fils de Fanny (Feiga, Rifka) Goldberg, 27 ans et de Samuel Chlevitzki, vernisseur sur bois. Il a un frère cadet, Maurice, né le 31 octobre 1923 (1).
    Henri Chlevitski est électricien.
    On lira l'intégralité de la notice biographique de Lynda Khayat, que publie Le Maitron (dictionnaire du Mouvement ouvrier ) dont nous publions ici des extraits : "Fils d’immigrés juifs polonais, originaires de Radom, arrivés en France en février 1913 immédiatement après leur mariage, installés d’abord rue du Faubourg Saint-Antoine, car son père, façonnier vernisseur, tenait non loin de là un atelier où il employait deux ou trois ouvriers, Henri Chlevitzki grandit dans le XIe arrondissement de Paris. Élevé dans une famille ne pratiquant aucun rite religieux, il n’allait jamais à la synagogue. Henri devint français par déclaration en décembre 1925 en même temps que sa sœur aînée Esther et son frère cadet Maurice, alors que ses parents furent naturalisés en avril 1926. Très jeune, il rejoignit les Jeunesses communistes de son quartier. Il participait aux défilés de la Bastille à la Nation, au cours desquels il scandait « les soviets partout » et arborait fièrement le drapeau de la section à laquelle il appartenait. Classe 1935 du recrutement de la Seine, il fut exempté du service militaire pour asthme. Monteur électricien, embauché en août 1937 dans une usine du XIIIe arr., il adhéra alors à la cellule du Parti communiste de cette entreprise, dans laquelle il travailla jusqu’en septembre 1939. Là, il se livrait à d’ardentes discussions avec les ouvriers, auprès desquels il défendait les doctrines communistes".
    Selon l’historien Boris Dänzer-Kantof, il est responsable des Jeunesses communistes de la rue de Montreuil. Il connait Gilbert Brustlein, qui sera un des responsables des « Bataillons de la Jeunesse » et qui habitait au 1, rue de Montreuil, chez sa mère Suzanne Momon. 
    "À la suite de la dissolution du PCF et de ses organisations en septembre 1939, il fut désigné responsable du groupe des JC clandestines du quartier Montreuil (XIe arr.), que Gilbert Brustlein, futur membre des Bataillons de la jeunesse, rejoignit bientôt. En semaine, il organisait, avec son frère Maurice, des collages d’affiches, des inscriptions au fusain et à la craie sur les murs, des distributions ou des lancers de tracts à la volée à la sortie des cinémas" (Le Maitron).
    Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. 
    Fin août 1940, Gilbert Brustlein est « mis en relation en août 1940 avec des membres des Jeunesses communistes par l’intermédiaire de l’Union sportive ouvrière du 11ème, club omnisport affilié à la FSGT, qui camouflait leurs activités. Il adhéra à l’organisation clandestine, ce qui, affirme-t-il dans ses mémoires, donna alors sens à sa vie » (Le Maitron). Il semble qu’Henri Chlevitzki ait été un des ses contacts.
    "Après l’attaque de l’Allemagne contre l’Union soviétique le 22 juin 1941, Henri Chlevitzki prit contact avec les responsables de l’arrondissement, pour obtenir les nouvelles directives, afin d’envisager d’autres types d’actions à mener. Il participa alors, avec ses camarades, à l’organisation de manifestations, à des prises de parole dans les files d’attente devant les commerces et sur les marchés, à l’attaque de locaux tenus par les partis collaborateurs et à des interventions bruyantes au moment de la diffusion de la propagande allemande au cours des actualités cinématographiques. Henri réunissait plusieurs dizaines d’entre eux les dimanches après-midi pour camper, lors de sorties sur la plage de Neuilly-sur-Marne".
    Maurice Chlevitzki (1), frère d’Henri est arrêté lors de la manifestation du 14 juillet 1941 et interné au fort de Villeneuve-Saint-Georges.
    Le Matin du 19 novembre 1941
    Pendant que la Police française et la Gestapo recherchent activement Gilbert Brustlein (l'«affaire Brustlein-Zalkinow») la brigade criminelle de la Préfecture de police de Paris démantèle le groupe Brustlein grâce à une dénonciation. Un vaste coup de filet est lancé dans les milieux communistes connus du 11ème et les familles des 7 jeunes arrêtés le 30 octobre 1941. 62 personnes sont ainsi arrêtées.  "Appréhendé dans le cadre d’un coup de filet mené par la police, Henri Chlevitzki fut interrogé le 5 novembre 1941 par des inspecteurs de la brigade spéciale, sa mère auditionnée et le domicile familial perquisitionné sans succès. Accusé de menées terroristes, il fut livré aux autorités occupantes et incarcéré quelques jours plus tard au quartier allemand de la prison de la Santé" (Le Maitron).
    Il est inculpé sur ordre des Autorités d’occupation - ainsi que treize autres personnes - et mis à la disposition des Renseignements généraux. Onze d’entre elles sont internées administrativement (2), parmi lesquels Yvan HanletRaymond  Moyen et Henri Chlevitzki qui seront tous trois déportés à Auschwitz.
    Avec deux autres détenus, ils sont écroués au dépôt de la Préfecture de police de Paris en attente de transfert dans un camp.
    Le 5 mai 1942 Raymond Moyen, Henri Chlevitzki, Yvan Hanlet et dix autres internés du Dépôt sont conduits à la gare du Nord avec une trentaine d’internés administratifs de la Police judiciaire venant de la caserne des Tourelles. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages.
    Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
    Depuis Compiègne Henri Chlevitzki est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et de 50 otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les "Judéo-bolcheviks" responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
    Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
    Henri Chlevitzki est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45369»Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
    On sait qu’Henri Chlevitzki s’est déclaré électricien et "catholique" à son arrivée dans ce camp.
    L'immatriculation le 8 juillet 1942
    Sa photographie d'immatriculation (2) à Auschwitz a été identifiée par des rescapés lors de la réunion organisée par l'Amicale des déportés d'Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin "Après Auschwitz", n°20 de mars-avril 1948).
    Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
    Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
    Henri Chlevitzki meurt le 23 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz où il est mentionné avec l’orthographe de « Chvelitzki » avec ses dates et lieu de naissance, tome 2, page 173 et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique) et sur le site internet du Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Il est issu d'une famille qui n'avait pas de pratique religieuse.  Mais il avait été se faire recenser comme Juif conformément à une directive du gouvernement de Pétain (Le Maitron). Lire dans le blog l'article : Les déportés juifs du convoi.
    Sur le certificat de décès rédigé au camp d'Auschwitz, on peut lire qu'il est décédé de "Cachexie et entérite". L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
    Le 18 juin 1947, le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre demande au maire du 11ème arrondissement d’annoncer avec ménagement à la famille d’Henri Chlevitzki que celui-ci est mort à Auschwitz. Le concierge de l’immeuble fait savoir que ses père et mère sont décédés et déclare « ne pouvoir connaître l’adresse d’aucun membre de la famille ».
    Il n’y a donc pas eu de demande familiale pour son homologation comme « Déporté politique ».
    Maurice Chevit, 1946
    Maurice Chevit, 2009
    • Note 1 :  "Maurice Chlevitzki, animateur de l’Union sportive ouvrière du XIe arr. affiliée à la FSGT, dissoute officiellement en janvier 1940 et reconstituée sous l’appellation d’Union sportive du XIe, était chargé d’effectuer en son sein de la propagande en faveur du Parti communiste clandestin et d’y recruter des adhérents. Le 13 juillet 1941, il fut une première fois arrêté par la police dans le XIXe arr., à la terrasse de la brasserie La Vielleuse, au cours de l’agitation menée afin de créer une atmosphère de fête et de lutte dans les quartiers populaires de Paris à la veille de la journée du 14 juillet. Relâché le lendemain, il participa à la manifestation organisée sur les grands boulevards à l’occasion de la fête nationale et fut de nouveau appréhendé. Accusé de voie de fait pour s’être défendu lors de son arrestation, il fut conduit au commissariat de police du quartier du Faubourg Montmartre, puis transféré au Fort de Villeneuve-Saint-Georges sur ordre des autorités allemandes" (le Maitron, notice d'Henri Chlevistki).
      A la Libération, le jeune ouvrier né le 31 octobre 1923 prend le nom de Maurice Chevit et entame une belle carrière de comédien dans le célèbre « Père Tranquille » de René Clément en 1949
      , puis de dramaturge. « Maurice, c'était un cœur chaud qui bat, l'attention aux autres - ce qui sans doute a fait que j'ai vu à la télé la salle de professionnels se lever unanimement pour saluer  non seulement le talent, mais la profondeur de l'homme, sa sensibilité, sa gentillesse, son humilité, j'en suis sûre, aux Molières, quand il a reçu son premier Molière du second rôle » écrira Pascale Fourier en lui rendant hommage dans Médiapart. Il meurt le 31 octobre 2012.
    • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
    • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
    Sources
    • Archives en ligne de l'état-civil de Paris. 
    • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
    • Courriel de l’historien Boris Danzer-kantof, qui a travaillé sur la Résistance communiste parisienne et plus précisément sur les groupes des Jeunesses communistes autour de Pierre Georges (Fabien) et Gilbert Brustlein.
    • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
    • Séance d’identification de 122 «45000» le 30 avril 1948 par les rescapés par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
    • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
    • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
    • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
    Notice biographique  mise à jour en 2014 et 2019 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com