A la croisée des deux grandes catégories de la Déportation

Le convoi d’otages parti de Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 occupe une place particulière dans les déportations de France (cliquer sur le texte souligné). Placé sous la bannière de la croisade hitlérienne contre le "judéo-bolchevisme" et dispositif de "la politique des otages" destinée à dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs attaques contre des officiers et des troupes de l'armée d'occupation, il s’apparente par ses origines aux fusillades massives d'otages communistes et juifs de septembre 1941 à juillet 1943 et aux premiers convois de Juifs de France dirigés sur Auschwitz-Birkenau entre mars et juin 1942.

Sur les 1170 hommes (plus de 1100 "otages communistes" et 50 "otages juifs") qui furent immatriculés le 8 juillet 1942 à Auschwitz entre les numéros 45157 et 46326 - d'où leur nom de "45000" - seuls 119 restaient en vie au jour de la victoire sur le nazisme.

L’histoire de ce convoi atypique - dont les premières recherches furent entreprises en 1971 par Roger Arnould (résistant déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP) - a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) qui publie le contenu de sa thèse avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) - et le livre grand public Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l'Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

DELUCE JULIEN

               
Julien, César Deluce est né le 28 avril 1898 à Paris 5ème. Au moment de son arrestation, il habite au 37 sentier des Frettes à L’Haÿ-les-Roses (Seine / Val-de-Marne), à la même adresse que la famille de Roger Jardin (1 et 2).
Il est le fils de Louise, Denise Leclerc, 21 ans, mécanicienne et de Charles, François Deluce, 42 ans, employé à la Presse, tous deux domiciliés au 40 rue de la Montagne Sainte Geneviève (Paris 5ème). Son registre militaire (matricule n° 821 du 3ème bureau de la Seine) nous apprend qu’il mesure 1m 59, a les cheveux châtains, les yeux gris, le front couvert, le nez rectiligne et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il est ébéniste et habite chez ses parents au 36, rue Mouffetard (Paris 5ème). Il sera démolisseur, puis camionneur, puis repasseur de couteaux à domicile par la suite. Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Conscrit de la classe 1918, il aurait dû être mobilisé en 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Mais il s’engage volontairement le 20 octobre 1916 à la Mairie du 5ème pour la durée de la guerre, au 7ème Régiment de chasseurs à cheval et arrive au corps le 22. Le 10 juin 1917, il « passe » au 39ème Régiment d’Infanterie.
Le 11 juin 1918, il est blessé à « la tête, aux jambes, main et cuisse » par des éclats d’obus lors des combats de Godenvillers (Oise), contre-offensive française après l’attaque de 21 divisions allemandes. Il est hospitalisé jusqu’au 9 août 1918. Il est alors « aux armées » jusqu’au 13 septembre 1919. Il « passe » au 129ème Régiment d’Infanterie le 14 mars 1919.
Déclaré « déserteur » le 13 septembre 1919, Raymond Deluce est ramené au corps par les gendarmes le 29 septembre 1920. Il est condamné par le conseil de guerre de la 3ème région à deux ans de prison et 100 francs d’amende « avec sursis » pour « désertion à l’intérieur en temps de guerre, faux en écriture authentique et publique… ». Il intègre alors le 36ème RI, le 1er décembre 1920. Il est selon la formule « renvoyé dans ses foyers en congé illimité de démobilisation » le 19 janvier 1921, et chose peu compatible avec une condamnation pour désertion - même avec sursis - son registre matricule porte la mention « certificat de bonne conduite accordé ».
Après sa démobilisation, il sera "repasseur" de couteaux, travailleur indépendant, démolisseur. En 1921, travaillant comme camionneur, il habite avec sa mère, marchande de journaux et sa future compagne, Marthe Landré, au 36, rue Mouffetard à Paris 5ème.
Il épouse Marthe, Louise Landré le 26 mars 1921 à Paris 5ème. Elle est couturière, née le 31 mars 1894 à Paris Paris 10ème
En décembre 1924, le couple habite Gentilly au 7, rue du Docteur Durand.  Ils n'y habitent plus au recensement de 1926. On sait, grâce à son inscription sur les listes électorales de l’Häy-les-Roses en 1936, qu'il y habite un pavillon au 37, sentier des Frettes, qui est également l’adresse de Roger Jardin et de sa mère (2).
Fernand Devaux, de Saint Denis a témoigné qu’il était membre du Parti communiste.
Il est présumé communiste par la police française. Après la déclaration de guerre, il est « rappelé à l’activité » à compter du 24 février 1940 au dépôt d’Infanterie n°212. Son régiment se replie à partir du 13 juin 1940 en direction de la Loire.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Elles occupent la banlieue parisienne les jours suivants.
Démobilisé et revenu à l'Hay-les-RosesJulien Deluce est arrêté le 19 décembre 1940 au cours d’une perquisition à son domicile où sont trouvés « un revolver et dix tracts ». Au cours de son procès, Julien Deluce accusera les policiers du commissariat de Gentilly (3) de les avoir introduits chez lui pour le compromettre. Et compte tenu des agissements du Brigadier Guimelli, adjoint du commissaire Cambon, à l'encontre des communistes dès 1934 (3), cette machination est vraisemblable.
Julien Deluce est inculpé par le commissaire de police de Gentilly, Marcel Cambon, pour possession illicite d’arme à feu (qualifié en dépôt d’armes clandestines) et d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Mis à la disposition du Procureur, il est incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de son jugement. Celui-ci a lieu le 27 décembre 1940, devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine, qui statue sur l’inculpation d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Julien Deluce est condamné à 6 mois de prison. Le 8 janvier 41, il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes (matricule 8914), puis il est transféré à celle de Poissy.
Le 25 février le Tribunal militaire allemand siégeant au 53 rue Saint-Dominique à Paris 7ème,  le condamne à 8 mois d’emprisonnement pour délit de dépôt d’armes clandestines. Julien Deluce est incarcéré à la prison de Villeneuve-Saint-Georges le 21 mars 1941. A l’expiration de ses deux peines d’emprisonnement, il n’est pas libéré.
Liste du Camp de Voves
Le 26 mars 1942 le Préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (4).
Note de service, transfert à Voves
Le 16 avril 1942, à 5 h 50, il fait partie d’un groupe de 60 militants « détenus par les Renseignements généraux », qui est transféré de la permanence du Dépôt de la Préfecture au camp de Voves (Eure-et-Loir), convoyé par les gendarmes de la 61ème brigade. Il y est inscrit sous le n° 102, numéro de dossier 400.968.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Julien Deluce figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Depuis le camp de Compiègne, Julien Deluce est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 "otages communistes" - jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d'avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants - de cinquante  "otages juifs" et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l'arrivée du train en gare d'Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d'Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d'où le nom de "convoi des 45000", sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule - qu'il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS - sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau
Son numéro d’immatriculation reçu lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45469 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Julien Deluce meurt à Auschwitz le 10 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 219 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Evangelist » (Protestant).
L'acte de disparition du 17 avril 1947 et le jugement déclaratif de décès du 2 octobre 1957 prononcé par le Tribunal civil de la Seine, donnent comme date de son décès  la date du départ pour Auschwitz « décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne». Un arrêté ministériel du 25 mars 2008 paru au Journal Officiel du 27 avril 2008 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté s’il constitue un progrès car officialise le décès à Auschwitz, porte pourtant une date erronée  « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz »soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz. Or cette incertitude n’existe plus. Il serait logique que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau) et sur le site internet du Musée d’Auschwitz, qui apporte la preuve de son décès à Auschwitz ! Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
La stèle dans le square des 45000 et des 31000
À Saint-Ouen, son nom est gravé sur le Monument de la Résistance et de la Déportation du cimetière communal et sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau », inaugurée le 24 avril 2005 dans le Square des « 45.000 » et des « 31.000 » (le convoi du 24 janvier 1943).
  • Note 1 : Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Note 2 : C’est cette adresse qu’il a donnée aux policiers français, puis lors de l’interrogatoire à Auschwitz. Mais en 1936, selon les registres du recensement, le couple habite au 39, le pavillon voisin. Il s’agit d’un petit pavillon. Au numéro 37 en 1936, c'est l'adresse de Roger Jardin, de ses parents (Marcel et Julie) de ses deux frères Jean et Marcel et de sa sœur Christiane. Roger Jardin est né le 30 avril 1923 à Paris 6ème et habite chez sa mère au 37 sentier des Frettes, à L’Haÿ-les-Roses au moment de son arrestation. Jeune communiste, il est arrêté le 3 décembre 1940 en même temps que Jean PaupyHenri Bockel et Robert Prunier. Il est déporté le 6 avril 1944 depuis Compiègne au camp de Mauthausen (matricule n° 62584). Affecté au Kommando de Gusen, il est conduit le 4 janvier 1945 au château d’Hartheim près de Linz, centre d’extermination par le gaz (in Livre-Mémorial de la FMD). Dans l’état de mes recherches concernant cette domiciliation, je n’ai que la certitude que le couple Deluce a bien habité au n° 39 sentier des Frettes (registre du recensement) et des hypothèses (repli en famille après la débâcle, amis, planque, etc…). Seuls faits avérés : Roger Jardin est arrêté quelques jours avant Julien Deluce. Il n’y a pas d’inscription concernant celui-ci sur le monument aux morts de L’Haÿ-les-Roses. Par contre son nom est honoré à Saint-Ouen, et c’est son épouse Marthe Deluce, domiciliée à Saint-Ouen, qui recevra sa carte de Déporté politiqueAu DAVCC (1) on a trace d’une adresse au 97, rue des Rosiers à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis), en face de chez Marius Barbier.
Front Rouge du 17 février 1934
  • Note 3 : Dans la brochure « Villejuif à ses martyrs de la barbarie fasciste » les auteurs mentionnant les arrestations de militants de Villejuif, Cachan et L’Häy-les-Roses soulignent le zèle anticommuniste et le rôle provocateur joué par le « sinistre brigadier Guimelli » du commissariat de Gentilly dirigé par le commissaire Marcel Cambon. Ce brigadier avait déjà été dénoncé par le journal "Front Rouge" lors de l'agression de Georges Le Bigot, le 12 février 1934, comme en étant l'instigateur principal, ayant accusé l'élu communiste de vouloir débaucher les employés de l'Asile lors d'un enterrement... Les quatre croque-morts témoignèrent qu'il n'y avait eu aucune manifestation lors du convoi, et que les policiers s'étaient rués sur des spectateurs qui saluaient le convoi (de fait une trentaine de militants communistes de Villejuif qui attendaient ceux de l'Haÿ-les-Roses avant de se rendre à la manifestation cours de Vincennes). Il semble que Guimelli ait fait l’objet d’un avis de révocation à la Libération, contre lequel il aurait déposé un pourvoi (Ministère de l’intérieur, bureau des contentieux, affaires réglées entre 1940 et 1951 : F/4/3360, liasse 20, enregistrement 6912 Guimelli, pourvoi (révocation). 
  • Note 4 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Note et fiche individuelle recopiée en février 1992 par Fernand Devaux
  • Dossiers concernant le camp d'internement de Voves. Personnes internées par décision des Préfets autres que le Préfet d'Eure-et-Loir, dans l'ordre alphabétique : Cor-Del, 1942-1944. Archives départementales d’Eure-et-Loir ;  RG-43.108M ; Fichier  ad28106w370862.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives départementales de Paris : jugements du tribunal correctionnel de la Seine.
  • © Photographie de l’entrée du camp de Voves vers 1942. Archives du Comité du Souvenir
  • © Google Maps pour la localisation du sentier des Frettes.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de la Seine.
Notice biographique installée en juillet 2014, mise à jour en 2019 et 2020, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

GUY Roger

Roger Guy
Immatriculation à Auschwitz, 8 juillet 1942 
Photo identifiée par Georges Dudal
Matricule 45648 à Auschwitz

Roger, Gustave Guy naît le 23 août 1909 à Paris (6ème). 
Il habite un petit pavillon au 55, avenue des Familles, à Joinville-le-Pont (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation. 
Il est le fils d’Elise Gaillot, née le 23 octobre 1881 à 19ème, couturière, et de Gustave Guy son époux. Son père est né le 1er août 1873 à Boujailles (Doubs). Il est caoutchoutier, puis avant la guerre 1914, il travaille à la Société du Gaz de Paris. Ses parents se sont mariés le 27 décembre 1904 à Paris.
La famille vit au 10, rue des Entrepreneurs à Saint-Ouen au moment de la naissance de Roger Guy. En 1907, au gré des affectations successives de son père, ils déménagent au 232, rue de Crimée à Paris 19ème, puis, en 1908, ils habitent au 102, rue de l'Ourcq à Paris 18ème. En 1914, ils ont déménagé au 83, rue Ordener, toujours dans le 18ème. Après guerre, ils reviennent au 102, rue de l'Ourcq. Et en 1921, ils sont domiciliés rue Belliard dans le 18ème.
Célibataire, Roger Guy qui est « allé jusqu’au Brevet élémentaire », est représentant pour une agence d’architectes (à Compiègne et Auschwitz, Georges Dudal et Raymond Montégut le croyaient instituteur. "Un intellectuel, un chic type" dit Georges Dudal).
Il travaille à l’agence Mario Haymann 2, rue d’Uzès à Paris 12ème (devenue en 1940 l'agence Anger-Heymann-Puccinelli) au moment de son arrestation.
Roger Guy est secrétaire des Jeunesses communistes de Joinville-le-Pont.
Il effectue son service militaire entre 1929 et 1930 (période d’un an).
En 1936, son père est retraité du Gaz. La famille est venue s'installer à Joinville-le-Pont, entre 1931 et 1936, dans un petit pavillon au 55, avenue des Familles.
Roger Guy est mobilisé à la déclaration de guerre : il effectue un an de service armé (sa classe, 1909 et celles de 1910 et 1911 ont été libérées plus tôt que les autres).
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Elles occupent la banlieue parisienne les jours suivants. 
Démobilisé le 28 juillet 1940, Roger Guy reprend contact avec ses camarades communistes d’avant-guerre, notamment Robert Deloche du même âge que lui (futur maire de Joinville à la Libération) et qui vient lui aussi d’être démobilisé. Ils participent à la reconstitution du Parti communiste à Joinville. Roger Guy est surveillé par les Renseignement généraux.
Il vit au moment de son arrestation avec sa mère, veuve, et impotente (elle décédera en 1967).
Roger Guy est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940.
Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent (ci-dessus) des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Roger Guy on lit : « 31 ans. Ex secrétaire des Jeunesses communistesMilitant actif et propagandiste notoire s’emploie à la reconstitution des anciennes cellules de Joinville et participe à la propagande clandestine ».
Il est inquiet du sort de sa mère et il écrit en ce sens au Préfet de la Seine, Charles Paul Magny. Il lui signale les difficultés qu’elle éprouve à s’acquitter des « prestations en nature » auxquelles la contraint l’administration en place à Joinville en échange de l’allocation de secours qu’elle lui verse.
Le commissaire de Police Andrey, directeur du camp - qui n’est certainement pas suspect de complaisance à l’égard des communistes - lui a confié l’encadrement des jeunes internés de moins de 20 ans… Et se déclare satisfait de l’attitude de Roger Guy au point de transmettre au Préfet de Seine-et-Oise un avis positif pour une libération. Fernand Devaux qui fait partie du « dortoir des jeunes » à Aincourt dira « Roger Guy n’a fait aucun excès de zèle en terme de discipline, restant un camarade très estimé » (citation recueillie par l'Association Mémoire Vive auprès de Fernand Devaux).
Le CSS de Voves © VRID
Le 5 mai 1942 il est transféré au CSS de Voves (Eure-et-Loir) avec 148 autres internés en provenance d’Aincourt. Il y est enregistré sous le matricule n° 401.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Roger Guy figure sur la première liste.
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation. La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises. Cinq jours plus tard après son arrivée à Voves, Roger Guy est donc transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
A Compiègne, Roger Guy reçoit le matricule 5698. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, Roger Guy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 "otages communistes" - jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d'avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants - de cinquante  "otages juifs" et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l'arrivée du train en gare d'Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d'Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d'où le nom de "convoi des 45000", sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule - qu'il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS - sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.
Roger Guy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420»
Ce numéro a pu être validé en retrouvant le témoignage de Georges Dudal recueilli par Roger Arnould. Georges Dudal qui était lui aussi au dortoir des jeunes d’Aincourt (la "DJ"), puis à Voves et Compiègne, a formellement identifié sa photographie d’immatriculation retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, Roger Guy passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Raymond Montégut situe son décès vers l'automne 1942. Et de fait Roger Guy meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 415 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Roger Guy est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».
Un arrêté ministériel du 2 avril 1992 paru au Journal Officiel du 23 mai 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Roger Guy en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Son nom est honoré sur le monument aux morts du cimetière de Joinville.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources  
  • Recensement de la population à Joinville, 1931 et 1936.
  • Registre matricule militaire de son père aux archives de Paris.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Témoignages cités de Georges Dudal et Raymond Montégut.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • CSS d’Aincourt, Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
Notice biographique installée en novembre 2013 (mise à jour en mai 2020) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Témoignage d’Henri Hannhart sur la mort de Fernand Saguet



Fernand Saguet
conseiller municipal communiste
de Maisons-Alfort 
La plupart des 119 rescapés du convoi du 6 juillet 1942 ont écrit aux familles de leurs camarades morts à Auschwitz, pour tenter de leur dire comment et quand ils étaient morts. Nous avons publié des extraits de ces lettres que les familles - ou les rescapés - ont bien voulu nous confier, dans les notices biographiques.
Ce témoignage d’Henri Hannhart est un d’une autre nature. Il s’agit ici de témoigner officiellement de la mort d’un déporté auprès de l’administration du Ministère des Anciens Combattants. Il s’agissait ainsi à la fois de permettre aux familles d’obtenir des attestations leur permettant d’engager les procédures administratives de reconnaissance du statut de « Déporté politique », mais aussi de témoigner de l’horreur de leur calvaire et des circonstances de leur mort.
Henri Hannhart en 1950

Comme le souligne Henri Hannhart les déportés Français sont disséminés dans les différents Kommandos de Birkenau et d’Auschwitz I, rarement plus de deux ou trois à la fois. Les attestations apportant le plus de précisions ne sont donc pas nombreuses.
Celle d’Henri Hannhart est de celles-là.
A Auschvitz, Fernand Saguet, conseiller municipal communiste de Maisons-Alfort (Seine-et-Oise / Val de Marne) est affecté au Block 15 d'Auschwitz I et au Kommando « Faulgas » (1) avec son camarade Henri Hannhart (ils ont tous deux fait les mêmes prisons et camps en France - Santé, Aincourt, Fontevrault, Clairvaux, Rouillé, Compiègne). 
Témoignage dactylographié et certifié
à la mairie de Le Vigen (Haute Vienne

Le Kommando "Faulgas" travaille au filtrage des boues d’épuration pour l’assèchement des marais à Birkenau, et leur transformation en gaz, huile et coke (1).  

Dans ce témoignage qu'il adresse au Ministère des Anciens combattants qui souhaite avoir la certitude que Fernand Saguet est bien décédé à Auschwitz, Henri Hannhart raconte comment "un soir du mois de septembre 1942, je l'ai ramené sur mes épaules au camp d'Auschwitz, complètement exténué et malgré les pauvres soins que j'ai pu lui donner, il est mort deux ou trois jours après".

Transcription
P.C. 43.610 / COPIE 549022
Le Vigen (Haute-Vienne) 5 mai 1946
Monsieur le Chef de Service,
Sitôt reçu le formulaire concernant le décès de Monsieur SAGUET, je vous le renvoie rempli. Je vous donnerai même quelques renseignements complémentaires. Mon camarade SAGUET a été arrêté en même temps que moi le 25 juillet 1940. Transféré à la Prison de la Santé, puis à Aincourt (Seine et Oise) au Sanatorium transformé pour les besoins en camp de concentration, puis en décembre 1940 dirigé sur la centrale de Fontevrault (M.L.) jusqu'en février 1941, puis dirigé à la centrale de Clairvaux (Aube) jusqu'en septembre 1941, puis dirigé sur le camp de concentration de Rouillé (Vienne) jusqu'en février 1942, puis dirigé sur Compiègne (Oise) au camp de Royal-Lieu jusqu'au 6 juillet 1942 date à laquelle le premier convoi de politiques Français a été dirigé sur Auschwitz (Haute-Silésie).
Convoi de 1178 Politiques. Je ne vous relaterais pas les souffrances et humiliations subies mais je travaillais avec le camarade SAGUET au Kommando « Faulgas » et un soir du mois de septembre 1942 je l'ai ramené au camp d'Auschwitz sur mes épaules, complètement exténué et malgré les pauvres soins que j'ai pu lui donner il est mort 2 ou 3 jours après. Comme autres témoins pouvant certifier le décès de ce camarade, ce sera difficile car nouse autres Français étions disséminés dans les nombreux Kommandos du camp et n'étions que deux ou trois français ensemble. Quand à son numéro Matricule je ne m'en souviens pas très bien, mais sachez tout de même que cela pouvait être dans les 46.000, car moi mon nom commençant par un H, j'ai le numéro matricule « 45.652 » tatoué au bras gauche.
 Je suis à votre entière disposition pour tous renseignements et je vous dirais en outre que je suis en convalescence dans une maison de repos dans la Haute-Vienne. Recevez, Monsieur mes salutations les meilleures.
Signé : Henri HANNHART Interné - Déporté politique 1940-1945, provisoirement à la Maison de Repos du Mas-du-Puy (Haute-Vienne).
VU pour légalisation de la signature de M. HANNHART apposée ci denssus. Le Vigen,  5 mai 1946 . Le maire (cachet).
Fernand Saguet meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1058 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Cette date n'infirme pas la véracité du témoignage d'Henri Hannhart : les rescapés ont tous fait des approximations avec les dates dans l'enfer des premiers mois de leur déportation.
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Fernand Saguet, mais il porte une date portée sur l’avis de décès, qui correspond en fait à la date approximative donnée au ministère par Henri Hannhart « décédé en septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ».
Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» est attribué à Fernand Saguet. « La nouvelle de son décès n’étant pas connue, son nom figura sur la liste des membres du conseil municipal provisoire nommé en novembre 1944 » (Le Maitron).
Fernand Saguet est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes (GR 16 P 530018). 
Le nom de Fernand Saguet est honoré à Maisons-Alfort : dans le Bulletin municipal n°1 de juillet 1946 (édition interrompue depuis 1939) on peut lire : Le Maire, André Saulnier, et le Conseil rendent hommage à tous les maisonnais et maisonnaises qui sont morts pour que la France vive et renaisse. Sont associés dans cette pensée, les camarades élus en 1935, morts dans les bagnes hitlérien victimes de la barbarie fasciste. Parmi les douze noms cités figure celui de Fernand Saguet. Et son nom sera donné, par délibération du 18 mai 1948, à la rue longeant la Marne, anciennement quai d’Alfort (Marcelle Aubert in © Le blog du CGMA).
  • Note 1 : L’assèchement des marais à Birkenau auquel sont affectés des milliers de déportés dont beaucoup de « 45.000 » et de Juifs a été l’occasion pour les SS d’utiliser industriellement le tourteau produit par le filtrage des boues d’épuration. Un « Kommando » de travail spécialisé (Faulgas Kommando) convertissait par pyrolyse ce tourteau de filtrage de boues d'épuration en huile, gaz et coke (un procédé qui sera homologué industriellement par des ingénieurs allemands… en 1993). Ce Kommando « Faulgas » est mentionné dans les minutes du procès de Nüremberg.

En cas d’utilisation ou publication de cet article, prière de citer : « article publié dans le blog  « Déportés politiques à Auschwitz : le convoi dit des 45.000 » https://politique-auschwitz.blogspot.com/
Adresse électronique :  deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 


Les déportés juifs du convoi

Le convoi du 6 juillet 1942 était composé de près de 1100 "otages communistes", de cinquante "otages juifs" et d’une vingtaine de « otages asociaux » (auteurs de délits de droit commun) dont la déportation faisait partie, au nom de la lutte contre le «judéo-bolchevisme», des représailles décidées par Hitler pour porter la terreur parmi les communistes dont les groupes armés attaquaient des officiers et des soldats de la Wehrmacht  afin de lancer la résistance armée sur le sol de France.  


Voir en bas de la page, les liens vers les articles complémentaires

    Combien de Juifs déportés le 6 juillet 1942 ?

    On ignore le nombre exact d'otages communistes et juifs déportés le 6 juillet 1942 car la liste de départ au camp allemand de Compiègne n'a pas été retrouvée. Plusieurs rescapés ont indiqué que leur convoi était composé de  1175 détenus au moment de leur départ du camp de Compiègne . 

    Au cours du transport, trois d'entre eux (au moins) s’évadèrent. Selon un (seul) témoignage, un autre aurait été "liquidé comme mouton" par ses camarades qui le soupçonnaient de les avoir dénoncés. 

    Le 8 juillet 1942, le convoi arrive à Auschwitz et 1170 de ces déportés furent immatriculés au camp principal (Stammlager). 

    Le chiffre le plus vraisemblable est celui de 1175 déportés au moment du départ du camp de Compiègne. 


    Parmi eux, se trouvaient 50 "otages juifs" retirés le 5 juillet 1942 du "camp des Juifs" et inscrits sur une liste particulière (voir  plus loin). On ignore le nom de 3 des 50 "otages juifs". Par ailleurs, des communistes dont les origines juives n'avaient pas été décelées (7 au moins) par les services allemands ont été déportés comme "otages communistes" et leur nom figure sur les 3 autres sous-listes qui composaient la liste définitive de départ du convoi. 
    Les noms de ces 54 déportés juifs ont été retrouvés grâce aux documents des archives du camp d’Auschwitz, du Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC, ministère de la Défense à Caen) et du Mémorial de la Shoah (Paris). 
    Quand les camps de concentration furent libérés, seuls deux de ces déportés juifs avaient survécu à leur détention

    Les noms des Juifs déportés 
    Leurs noms étaient présents de manière très inégale sur les quatre sous-listes alphabétiques successives qui composaient la liste de départ du convoi - que j'ai pu presque entièrement reconstituer. Sur la liste de départ, 5 noms manquent encore et beaucoup de matricules n'ont pas pu être certifiés.

    La première et la deuxième sous-listes 

    Elles rassemblaient les internés du camp A, arrêtés comme communistes ou pour une petite minorité d'entre eux, soupçonnés à tort ou à raison de proximité avec ceux-ci ou avec les gaullistes. Des Juifs qui n'avaient pas été "identifiés" furent en conséquence déportés comme "otages communistes". Au cours de leur enregistrement à Auschwitz, l'administration SS leur attribuèrent le même triangle que les "otages communistes" (vert, pendant quelques jours, puis rouge) jusqu'à ce que l'administration SS du camp décèle leurs origines juives et leur octroie l'étoile jaune. 

    La troisième sous-liste des "otages juifs" du convoi  

    La plus grande partie de ces déporté (50) figuraient dans la troisième sous-liste du convoi et furent déportés en tant qu' "otages juifs". La plupart d'entre eux avaient été arrêtés en France parce que "Juifs" selon les critères du régime de Pétain et/ou des services du MBF (Commandant militaire en France occupée) - qu'ils aient été ou non des résistants - .Dans cette liste figuraient également des hommes arrêtés comme communistes notoires ou pour activité communiste (interdite depuis septembre 1939) ou pour faits de résistance. Placés dans un premier temps, dans le camp A des internés politiques de Compiègne (dit "camp des communistes"), ils avaient été transférés dans une section du camp C, appelée "camp des Juifs", après qu'ils aient été "identifiés comme Juif" par l'administration allemande de ce camp de détention de police dirigé par la Wehrmacht.
    Lors de leur arrivée au camp principal d'Auschwitz, ces 50 Juifs furent appelés et séparés de leurs compagnons et reçurent au cours de leur enregistrement, l'étoile jaune réservés aux détenus juifs d'Auschwitz arrêtés dans l'ensemble des pays occupés par l'Allemagne.

    Il faut mentionner ici un cas exceptionnel qui est à l'inverse de cette procédure et dont allait bénéficier Davydas Badasas (David Badache), résistant gaulliste de Caen, originaire de Lituanie, dont la mère était juive et le père de religion orthodoxe. En France, il avait été "défini" comme Juif à partir des critères de la législation du régime de Pétain et avait dû se faire recenser comme tel. Son nom figurait en tête de la liste des "otages juifs" du convoi.Cependant, selon la législation nazie, il était mischling (= de "sang mêlé"). Il n'était donc, à leurs yeux ni juif, ni aryen car son ascendance aryenne - pourtant censée être "dominante" pour les nazis - avait été "abâtardie" par le sang juif de sa mère.Grâce à ses relations avec des détenus d'un réseau de résistants autrichiens, son cas fut réexaminé par l'administration du camp au printemps 1943. Il reçu alors le triangle rouge des détenus politiques. Ce qui, a-t-il estimé, lui avait sauvé la vie.

    La quatrième sous-liste 
    Elle a été très vraisemblablement établie  au dernier moment pour atteindre le nombre d'otages à déporter préalablement fixé et donc de compenser l'absence des otages qui n'ont pu être déportés pour une raison ou pour une autre.



    Les numéros suivis d'un point d'interrogation (?) sont les plus probables, mais n'ont pu être certifiés, faute d'avoir été attestés par des documents ou des témoignages fiables.

    Première liste 
    45663  ? HIRTZ Jacques, Eugène,  13/07/1918 


    Seconde liste 
    46245 HOFFMANN Isidore 17/10/1918


    Troisième liste (les 50 "otages juifs" extraits du "camp des Juifs" de Compiègne
    Trois noms restent inconnus.
    46268   BERNHEIM  ARMAND 07/06/1896 
    46270   B... ou C... ou D... (inconnu)                              
    46271   B... ou  C... ou D... (inconnu)          
    46272   DRIMER ISRAEL 12/09/1899 
    46276 ? GAWRON JOSEPH 03/03/1924
    46279 ? GOLDSTEIN SAMUEL 18/10/1901
    46289    KRAEMER JULIUS 18/02/1897
    46299    MARMELZTEJN JOSEF 18/06/1899
    46300    MAR...à MIA...(inconnu) 
    46301    MIASKOVSKY SAMY MICHEL 20/03/1896
    46302    NEIMAN ISRAEL 31/08/1901
    46304    PECKER Marc Raphaël 
    46305    POLOSECKI JULES 15/06/1909 Rescapé