A la croisée des deux grandes catégories de la Déportation

Le convoi d’otages parti de Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 occupe une place très particulière dans les déportations de France. Placé sous la bannière de la croisade hitlérienne contre le "judéo-bolchevisme" et dispositif de "la politique des otages" destinée à dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs attaques contre des officiers et des troupes de l'armée d'occupation, il s’apparente par ses origines aux fusillades massives d'otages communistes et juifs de septembre 1941 à juillet 1943 et aux premiers convois de Juifs de France dirigés sur Auschwitz-Birkenau entre mars et juin 1942.

Sur les 1170 hommes (plus de mille "otages communistes" et 50 "otages juifs") qui furent immatriculés le 8 juillet 1942 à Auschwitz entre les numéros 45157 et 46326, seuls 119 restaient en vie au jour de la victoire sur le nazisme

Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi serait désormais le dernier survivant du convoi.

L’histoire de ce convoi atypique - dont les premières recherches furent entreprises en 1971 par Roger Arnould (résistant déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP) - a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) qui publie le contenu de sa thèse avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) - et le livre grand public Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l'Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

VANDENHOVE Fernand


Fernand Vandenhove est né le 28 novembre 1894 à Paris 20ème au domicile de ses parents, 167 rue de Bagnolet dans le même arrondissement. Il habite au 154 avenue Wilson à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Augustine, Elisa Senrasne, 33 ans, journalière, et de Louis, Napoléon Vandenhove, 38 ans, cocher, son époux.
En 1903, il est admis à l'école Dorian, internat primaire municipal (BMO Paris 22 juin 1903).
Féru de cyclisme, il se classe premier en août 1913 en doublette avec François Raux, dans un 50 km "à l'américaine", course cycliste organisée par le Groupement Sportif et Militaire de la Seine à la piste municipale (le Vel d'Hiv') sur le modèle des "six jours" créés la même année.
Au moment du conseil de révision, sa mère est décédée et il habite au 79 rue des Balkans à Paris 20è. Il se déclare employé de commerce.
Depuis le vote de la loi des 3 ans en 1913, conscrit de la classe 1914, il devrait effectuer un service militaire entre 1915 et 1918. Mais c'est la déclaration de guerre et sa classe est mobilisée par anticipation. Fernand Vanderhove est incorporé le 19 décembre 1914 : il arrive au 133e Régiment d’Infanterie le lendemain. Le régiment est engagé dans les Vosges.
Le 27 octobre 1915, il est transféré au 35ème RI, engagé sur le front de la Marne, puis au 371ème RI le 18 février 1916 qui est engagé dans l’expédition de Salonique (Grèce) en renforcement de l’armée d’Orient contre les armées Bulgares. Fernand Vanderhove ayant contracté le paludisme dans le delta du Vardar est soigné à l’hôpital de campagne n° 6 de Salonique du 15 septembre au 8 octobre 1916 (en 1916, il y eu plus de 16000 cas de paludisme dans la seule armée française). Il est rapatrié et soigné à l’hôpital militaire de Cannes du 12 octobre au 10 janvier 1917. Du 14 avril au 27 juin 1917 il séjourne à l’hôpital du Panthéon (dépendant du Val de Grâce). Puis il est transféré du 9 août au 13  septembre à l’hôpital 254 rue de Vaugirard.
Il est jugé inapte provisoirement par la commission de réforme de Riom du 10 juin 1918, pour insuffisance mitrale et anémie « chez un ancien paludéen »… et est transféré à la 15ème section d’Etat major le 17 juin 1918. Il est proposé pour une pension d’invalidité de 15% temporaire de 360 francs en 1923, puis permanente en 1926, pour « reliquat de paludisme et dysenterie ».
Libéré de ses obligations militaires, Fernand Vandenhove revient en région parisienne. il habite au 21 rue Orfila à Paris. En novembre 1919, il habite au 116 boulevard national à Vincennes.
Le 15 novembre 1919, à Montreuil, il épouse Suzanne, Anne Villain, née le 15 décembre 1897 (1) dans cette ville. 
En 1932, le couple habite au 154 avenue du président Wilson à Montreuil.
Militant communiste, il est l'un des principaux rédacteurs de la "Voix de l'Est", fondée en octobre 1933, pour Montreuil.
Chauffeur de taxi de métier, il exerce également des responsabilités au syndicat CGT des cochers-chauffeurs selon Daniel Tamanini. 
Fernand Vandenhove est embauché par la municipalité communiste élue au deuxième tour de mai 1935 avec 56, 6% des voix et travaille comme chauffeur au garage municipal de Montreuil jusqu'à son arrestation.
Après la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939, il fait partie de la direction communiste clandestine à Montreuil, avec André Bondu et deux autres de ses camarades, Auguste Gentelet (2), et René Melin (3).
Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Elles ont occupé une partie de la banlieue-est la veille, puis la totalité les jours suivants.
Fernand Vandenhove est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du Parti et de la CGT). Il est interné le 6 octobre par décision du Préfet de Paris Roger Langeron (numéro de dossier 254.489), avec ses camarades, au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Fernand Vandenhove on lit : «45 ans. Communiste notoire et très actif. Principal meneur de la propagande clandestine à Montreuil. Dangereux ».
Les "cages à poules" de Fontevraud
Le 4 décembre 1940 Fernand Vandenhove est transféré, avec une centaine d’internés d’Aincourt considérés comme dangereux, à la Maison centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire), considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. Quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande. Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
De Fontevraud, il est transféré le 20 janvier 1941 à la Maison centrale de Clairvaux, via les gares de Saumur et d’Austerlitz, avec un groupe de militants d’abord internés à Aincourt. A leur convoi est adjoint à la gare de l’Est de Paris où ils ont été transférés par fourgon cellulaire, un groupe de 68 militants communistes arrêtés dans le département de la Seine les 18 et 20 janvier. A leur arrivée le 21 janvier 1941 à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
Le 26 ou le 27 avril 1941, Fernand Vandenhove est transféré depuis Clairvaux au Dépôt de la Préfecture de Paris pour comparaître devant la 15ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine avec douze autres inculpés montreuillois (dont René Melin, Jean Renard et Marceau Vergua). Il est condamné à deux mois de prison. Trois jours plus tard, il est incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé. A  l’expiration de sa peine, il doit retourner comme interné administratif à Clairvaux, mais il reste interné à la Santé, car le CSS de Clairvaux est saturé.
Lettre au Préfet Caumont
Le 2 septembre 1941, Fernand Vandenhove est transféré au “Centre d’internement administratif” de Gaillon (4) avec un groupe d’internés administratifs de la Santé.
Le 18 février 1942, le nom de Fernand Vandenhove figure sur une liste de 46 militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti. Quatorze d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz. 
Note du 18 février 1942
C'est dans un pli confidentiel adressé à M. Caumon, Préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), que le Préfet de police de Paris l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure» (Note 5) : 
Le 27 avril 1942, Fernand Vandenhove est transféré au Dépôt de la Préfecture de police de Paris avec d’autres détenus.
Le 4 mai, ils sont 58 transférés au CSS de Voves (Eure-et-Loir). Enregistré sous le n° de dossier 404.379, avec le matricule n° 321, Fernand Vandenhove y reste jusqu’au 20 mai 1942, date à laquelle il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande.
Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au camp allemand le Frontstallag 122 à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Les wagons de la Déportation
Depuis Compiègne, Fernand Vandenhove est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» (1170 déportés immatriculés à Auschwitz dans la série des matricules « 45.000 » et « 46.000 », d'où le nom "convoi des 45000" que les rescapés se sont donné). Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l'arrivée du train en gare d'Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d'Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 ».
Ce matricule - qu'il doit apprendre à dire en allemand et en polonais - sera désormais sa seule identité pour ses gardiens.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 46170 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Fernand Vandenhove meurt à Auschwitz le 26 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 476  à Hove van den Ferdinand, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau), où il y est indiqué avec ses dates et lieux de naissance et de décès, avec la mention « evangelist » (protestant)L’arrêté ministériel du 29 mars 2001 portant apposition de la mention Mort en déportation sur les actes de décès, paru au Journal Officiel du 23 juin 2001, porte encore la mention « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il conviendrait que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) et les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Hommage aux communistes de Montreuil
Fernand Vandenhove a été déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1953. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative apposée rue Victor Hugo intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
Son nom est inscrit au carré des victimes de la guerre 1939/1945 de Montreuil.
Il est honoré sur la plaque commémorative 1939/1945 des communistes de Montreuil. 
Compte tenu de sa profession de chauffeur de taxi, il est sans doute également honoré - mais sous le patronyme de Fernand Vandenfoye - au cimetière de Levallois-Perret. "La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine - En hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l'émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République".
  • Note 1 : Suzanne Vandenhove, son épouse est arrêtée en août 1941 et internée à Châteaubriant. Elle s'y trouvait déjà au moment où furent fusillés les 27 otages communistes, en octobre 1941.
  • Note 2 : Auguste Gentelet. Au printemps 1941, cet ouvrier fondeur montreuillois fait partie du triangle de direction de l’une des neuf sous-régions de l’inter-région parisienne. Avec Gunsbourg (fusillé) et Lenoir (fusillé), il était responsable de la P4. Il est déporté à 
  • Note 3 : René Melin est fusillé au Mont Valérien en septembre 1942.  Cinq autres montreuillois sont arrêtés en même temps que lui : Pierre Hasselweiler, Delphine Vicq, Jean-Baptiste Lebel, Pauline Dupont et Jean Beraud le 16 avril 1940.
  • Note 4 : La maison centrale de Gaillon avait été transformée en caserne aux débuts du 20ème siècle. Le château du cardinal Georges d’Amboise retrouva sa fonction carcérale durant l’Occupation et à la Libération : un camp d’internement administratif y fut organisé. Pendant l’Occupation, plusieurs catégories "d’indésirables" furent acheminées par les gouvernements du maréchal Pétain à Gaillon (…). Deux groupes plus importants constituèrent la population de ce camp : des politiques (130 hommes et 129 femmes) et des trafiquants de marché noir (272 hommes et 14 femmes). Hervé Bertonchini : Les camps d'internement administratif de Gaillon, Mémoire de maîtrise, Université de Rouen, 1993.
  • Note 5 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur. 
Sources
  • Souvenirs de Daniel Tamanini, ancien membre des Jeunesses communistes de Montreuil avant-guerre, président de la FNDIRP de Montreuil (avril 1989) et Archives du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Registres matricules militaires.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374 et « Militants communistes internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 et conduits à la Maison d’arrêt de Clairvaux le 20 janvier 1941 ».
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA etc.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Notice Biographique mise à jour en 2013 et 2019 à partir de la note succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil). Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Compiègne, Frontstalag 122 : 33 lettres de Marcel Le Dret à sa femme



Marcel Le Dret


Marcel Le Dret est arrêté le 22 octobre 1941 puis interné au camp de détention allemand de Compiègne (le Frontstalg 122 - voir note 1) dans les jours suivants. Il peut écrire à son épouse dès le 25 octobre 1941 et ce jusqu’au 25 juin 1942.

Sa famille a conservé 33 de ses lettres ou cartes-lettres pré-imprimées (Postkarte), qu'il a posté au camp dès qu’il en a eu le droit. Car une des punitions régulièrement décidées par la direction du camp était la suppression ou la restriction du courrier et des colis pour les internés. Ainsi en mars et mai 1942, il n’a pu envoyer que deux cartes-lettres, contre les sept officiellement autorisées. Il ne pourra envoyer ses sept  courriers qu’à deux reprises : en décembre 1941 et janvier 1942. La correspondance des internés est soumise à la censure militaire allemande, tout comme les courriers des familles. Ceux-ci sont acheminés directement vers le camp de Compiègne. 
En revanche, jusqu’en juin 1943, les colis (express ou non) doivent transiter par le camp de la région militaire dont dépend celui de Compiègne, le Frontstalag 190 situé à Charleville (Ardennes). Ce qui explique des délais d’acheminement importants, d’au moins cinq jours. 
Carte-lettre formulaire envoyée par Marcel Le Dret.  
Cette censure allemande, qui se signale par le tampon « Geprüft » (vérifié) apposé au recto du courrier, explique la teneur quasiment identique et répétitive des lettres et cartes-lettres envoyées aux familles par le canal officiel. 
Sur la carte lettre ci-contre, on notera que la mention Deutschland  (Allemagne) a été caviardée par l’administration du camp et  remplacée  par Chaumont (Marne). Le tampon (rouge ou violet) de la censure  
du Frontstalag 122  y a été apposé.
Les cartes-lettres et lettres de Marcel Le Dret ressemblent donc beaucoup à celles de ses camarades de détention et se limitent aux questions de santé et de famille. 
Carte-lettre du 25 octobre 1941
Dans son premier message, il écrit : 
« Ma chère Jeanne, je suis en bonne santé, tout va bien, et je désire autant pour vous-même et vous embrasse bien. Envoie moi tabac et linge chaud, savon pour laver et colis quand tu pourras. L’envoi est tout gratuit. Nous [avons] droit à sept lettres par mois. Et toi [tu peux envoyer] tout ce que tu veux, rien que questions famille » (25 octobre 1941).
Tous insistent sur leur moral - toujours bon -, questionnent sur la santé de leurs proches, donnent des conseils pour l’éducation des enfants, pour l’expédition des affaires courantes, pour récupérer les pensions ou les aides communales, les arriérés de salaires, etc. 
Selon la période, le froid ou la chaleur font l’objet de plusieurs lignes, mais également le besoin de recevoir des colis contenant les denrées alimentaires de base (café, pain, saindoux, haricots en boîtes…), des vêtements chauds, des souliers, du linge de corps et très souvent du tabac : « mon tabac me manque beaucoup » (lettre du 16 avril 1942).
Lettre du 25 décembre 1941
« La santé est toujours bonne, et toujours le moral bon, j’ose espérer que ma lettre vous trouvera de même, et toi mon Pounou [petit surnom qui revient à chaque lettre], comment ça va, comment [y] arrives-tu, et notre petite poupée [Micheline née en 1940] ce gros rhume doit être guéri, et que nos enfants sont toujours bien sages et sérieux. As-tu des nouvelles de Jeannot ? Je pense qu’il t’écrit et qu’il t’envoie quelque chose. J’ai (reçu) ton colis de pain du 23, mais quant aux nouvelles, je suis sans nouvelles de toi depuis le 5/12/41. Voilà 20 jours aujourd’hui. J’espère que rien n’est arrivé (...) » (lettre du 25 décembre 1941).
En avril, après plus de 6 mois d'internement, il a toujours très faim et souffre de l’éloignement de sa famille. Le 1er avril 1942 il écrit « Pour ta visite, j’espère la fin avril te voir. J’ai hâte de savoir la fixation de la date de ta visite ». « Je vois que le ravitaillement est dur. Vous avez les cartes [de rationnement] ». Le 16 avril 1942 « Ici la cantine est chère. La faim fait beaucoup ». « Je voudrais tant te voir. Si tu peux venir, j’ai tant de choses à te dire ». « Je vois que je manque à la maison ». 
Il énumère tout ce que sa femme doit assumer seule : « que de surmenage pour toi, le jardin, la lessive, la mort de grand-mère, Angèle malade ».
Les visites des proches sont rares au camp et très longues à obtenir pour les familles, et sont souvent annulées dans les périodes de représailles, prises à la suite d’actions de désobéissance dans le camp ou de résistance à l’extérieur de celui-ci. 
Lettre du 5 mai 1942
Il a la joie de voir sa femme et un  de ses fils au parloir (à une date que l’on peut situer entre le 17 avril et le 4 mai 1942). Très méthodique, il est surpris par cette visite, et regrette de n’avoir pas avoir eu le temps de récapituler par avance tout ce qu’il voulait lui dire : « Mon petit Pounou, je viens de recevoir ta lettre du 18 avril de Paris. Heureux d’avoir des nouvelles de la maison et de la famille qui, je vois, sont bonnes. Pour moi la santé est bonne. Moi aussi j’ai eu le cafard, mais mon Pounou je ne suis pas démoralisé, car depuis que je suis ici j’ai eu bon moral, et toutes mes pensées ont été pour toi et les enfants et mon foyer. Sauf ta visite qui m’a surpris un peu. J’aurais été prévenu, j’aurais pu parler un peu plus de la maison. J’avais commencé à écrire sur un papier tout ce que j’avais à te dire. Mais la première visite est toujours brouillée, c’est l’opinion des copains ». Enfin mon Pounou ma joie a été grande de te voir. Et Mémé a changé beaucoup et a grandi [ il s’agit de Marcel, Aimé, un de ses fils - qui sera résistant FFI - qui accompagnait sa mère lors de sa visite au camp. Précisions de son petit-fils, Marc ]. Mon petit Michou m'a manqué (lettre du 5 mai 1942).
Au détour de sa lettre du 19 mai 1942, il revient sur leur rencontre au parloir. « Bien reçu tes lettres du 25 avril et 5 mai le 15/5/41. Heureux de vous savoir tous en bonne santé et que tout va bien. Dans le mois d’avril j’ai eu très peu de nouvelles de toi. Je vois que tes lettres ont été retournées. Heureux que j’ai eu ta visite !  (...) Maintenant au camp, il y a des sanctions pour les lettres et l’argent trouvés dans les colis, voire de la prison […]. Pour ta prochaine visite, je voudrais voir notre petite poupée Michou [Micheline], car ici je vois de plus petits avec leurs parents (...) Bien des choses à Clémentine, Florence, et Angèle, Ninette ».
La vie du camp transparaît très rarement dans ses courriers. Ce n’est qu’au détour d’une ligne que Marcel Le Dret l’évoque dans la lettre du 25 décembre : « Tant qu’à Noël, nous venons de passer un joyeux Noël en commun, y compris le repas qui était collectif dans tout le camp, et [toutes] sortes d’attractions. Jusqu’au nouvel an, je chante à la chorale en breton. Et les amis rigolent, surtout au repas de Noël [où] le groupe breton a chanté ». Voir le « menu de Noël » de Marcel Le Dret avec les signatures de ses camarades de la chambre 8 du bâtiment A2, dans sa notice biographique (Marcel Le Dret).
Les internés se refusent en outre à inquiéter leurs proches. Il n’est pas question de parler à leurs familles des longs et angoissants appels du matin pendant lesquels sont appelés, à partir de septembre 1941, les otages du jour. Ceux-ci seront emmenés en forêt pour y être fusillés au carrefour des routes des Beaux-Monts et de la Faisanderie, ou au Mont Valérien (lire dans le blog Trois avocats de « 45000 » internés à Compiègne sont fusillés le 20 septembre 1941). Ces moments font peser dans le camp une chape de plomb, déjà alourdi par le phénomène carcéral et la censure.
Dans sa lettre du 25 juin 1942, il ne fait évidemment pas mention de l’évasion des 22 juin 1942 : évasion de 19 internés et du bombardement du camp de Compiègne dans la nuit du 23 au 24 juin 1942. Pourtant la nouvelle a été très tôt connue dans le camp et les Allemands, furieux, se sont beaucoup agités. Le général Karl Heinrich von Stülpnagel, Commandant militaire pour la France occupée (MBF) s’est même déplacé le lendemain, multipliant les punitions. 
Il n'est pas non plus question d'évoquer le bombardement nocturne de représailles qui a suivi l’évasion, qui a réveillé tout le camp, blessé plusieurs internés (2) comme l'a raconté). « Le Kommandant Pelzer et le Feldwebel [adjudant] (…) infligèrent des sanctions rigoureuses à l’ensemble des internes considérés comme complices : trois heures de marche par jour dans le camp, mise au secret, brimades de toutes sortes furent leur lot pendant plus d’un mois ». Les lettres et colis sont suspendus.
Marcel Le Dret mentionne simplement que le colis qui devait lui être remis le 23 juin a été « retourné ». 
Lettre du 25 juin 1942
« Mon Pounou. J’ose espérer que ma carte vous trouvera en bonne santé. Tant qu’à moi, ça va toujours, et tout va bien. Pour le colis j’en avais un avant-hier, mais il est retourné. Je n’ai droit qu’au 1er juillet et donc fais ton possible pour m’en envoyer un le plus vite. Que de pertes. Et j’ai aussi un de la Croix rouge, je l’aurais le 1er juillet, de 60 francs. Enfin, vite de vos nouvelles (…) » (lettre du 25 juin 1942).

Tout ce que nous connaissons sur la vie au camp à Compiègne émane donc d’autres sources.

1 : D’ouvrages d’anciens internés de Compiègne : les principaux ouvrages que nous avons consulté sont ceux d’André Poirmeur, Compiègne 1939-1945, éd. Telliez, 1968). André Tollet, Le souterrain, éd. Sociales, 1974, Georges Cogniot, L’évasion, EFR, Paris,1958 et Parti pris, éd. Sociales, Paris, 1977), Charles Désirat, Pour reprendre le combat, Nous nous sommes évadés de Compiègne, le 22 juin 1942, éditions du Secours Populaire Français. Sd.
2. Des témoignages écrits ou oraux des rescapés du convoi du 6 juillet 1942, à travers leurs cahiers de souvenirs ou cassettes audio, vidéos, leurs interviews aux journaux.
3 : Des écrits de « 45.000 » qui ne sont pas revenus d’Auschwitz ( courriers clandestins,  notes ou cahiers contenus dans leurs valises renvoyées à leurs familles en juillet-août 1942, après leur départ pour Auschwitz).
4 : Des souvenirs d’internés libérés en 1942 (comme ceux de Claude Souef, le frère d’Olivier Souef qui meurt à Auschwitz) Notes sur Royallieu (Claude Souef, le camp, la vie quotidienne) et Notes sur Royalieu (Claude Souef, l'université du camp, théâtre et crochets)

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon
  • Note 1 : Les casernes de Royallieu deviennent un camp de concentration en juin 1941 sous le sigle original de Frontstalag 122, contraction des mots Front-stammlager (camp pour la troupe du front), placé ainsi que le fort de Romainville, sous l’autorité de colonels et d’officiers (in André Poirmeur).
  • Note 2 : Des généraux - dont von Stülpnagel - et un état-major d’officiers nazis vinrent enquêter sur place étant donné la personnalité des évadés et furent stupéfaits par le magnifique travail accompli. Le Kommandant Pelzer et le feldwebel jurèrent qu’on ne les y prendrait plus et infligèrent des sanctions rigoureuses à l’ensemble des internés considérés comme complices : trois heures de marche par jour dans le camp, mise au secret, brimades de toutes sortes furent leur lot pendant plus d’un mois. La nuit suivante, un avion inconnu larguait à basse altitude ses bombes sur le camp qui endommagèrent les bâtiments B1 et B2. Les internés ne bougèrent pas. Par expérience, ils s’étaient persuadés qu’il s’agissait de représailles et que des gardes-chiourmes les attendaient à la sortie pour les massacrer, vraisemblablement. (André Poirmeur, op. cité, p.147).

Ginette Cros, résistante de la première heure



Ginette Cros, résistante de la première heure, agrégée d’histoire et de géographie. Militante des Lycéens de Paris en 1939, militante clandestine des Etudiants communistes en 1940 avec Olivier Souef, secrétaire générale du Front Patriotique de la Jeunesse» en 1942.  Responsable des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), avec Jean Pronteau. Secrétaire générale de l'Union nationale des Etudiant patriotes. Membre du Comité directeur du Front national. Membre du Conseil National de la Résistance (CNR) où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Responsable du périodique Le jeune patriote , créé en 1942, puis de Vaillant en 1945.  Combattante Volontaire de la Résistance.  Épouse de René Thuillier député communiste à la Libération.


Ginette, Fernande Cros est née le 26 janvier 1921, à Paris 18ème. Elle est la fille de Marguerite, Emilienne Delabre, et de Paul, Louis Cros, son époux.
Issue d’un milieu à sensibilité de gauche (son père est pacifiste (Briandiste), elle fait ses études secondaires au lycée Jules Ferry à Paris 9ème. Elle y a comme amie, depuis la classe de 5ème, Jeanne Brunschwig (1). A 15 ans, en classe de Terminale, elle reçoit l'enseignement en philosophie de Cécile Angrand, nommée dans cet établissement en 1939. Militante communiste, professeure adorée de ses élèves, celle-ci les amène à réfléchir sur la situation politique, la guerre d’Espagne en particulier, le fascisme installé en Italie et l’Allemagne et les ouvre au marxisme. Au cours de cette année, Ginette Cros lit beaucoup.
Ginette Cros rejoint le groupe des “lycéens de Paris" en 1938-1939, où elle fait la connaissance d'Olivier Souef qu'il avait contribué à créer et dont il était le secrétaire général en 1939. Elle y milite, avec son amie Jeanne Brunschwig, Pierre Daix, Jean Suret-Canale... Initialement inscrite au lycée Fénelon en hypokhâgne, elle s'inscrit au Lycée Rollin pour être plus près d’Olivier Souef que ses amis surnomment "l’Incorruptible" ou "Robespierre" (selon Marie-Elisa Cohen), et qu’elle appelle le " Bolchevik de silex".
Pendant la « drôle de guerre », Olivier Souef et Ginette Cros, se retrouvent à Rennes (Ille-et-Vilaine) où des classes de l'hypokhâgne et la khâgne du lycée Rollin ont été repliées, ainsi que celles d'Henri IV. Olivier Souef est responsable des étudiants communistes de la ville, avec Jean Suret-Canale, Ginette Cros, Pierre Daix et Jeanne Brunschwig.
La mère d’Olivier Souef est également venue à Rennes, car l’Orchestre national de France, où elle est violoniste sous la direction du chef d’orchestre Désiré-Émile Inghelbrecht, y a été replié.
Jean Sirinelli, Jean Suret-Canale, Pierre Daix
(entre eux deux) Olivier Souef et Ginette Cros
Sur une photo parue dans le livre de Pierre Daix « Dénis de Mémoire », on reconnaît de gauche à droite : Jean Sirinelli, Jean Suret-Canale, Olivier Souef et Ginette Cros dont Pierre Daix, qui est derrière eux sur la photo, écrit qu'elle est sa fiancée. Il n'y a cependant pas eu d'engagement officiel. "Je voyais beaucoup Olivier. Nous assistions aux concerts de sa mère, qui m'avait totalement adoptée" dira Ginette en 2000. Cette photo du livre de Pierre Daix est prise lors d'une sortie du groupe du Cercle Laïc au Boël, sur les hauteurs de la Vilaine, en avril 1940, à une quinzaine de kilomètres au sud de Rennes.
Sortie au Boël, collection Ginette Cros
Le cercle laïc est un "Mélange hétéroclite de carabins, PCB, juridiques, littéraires, anglicistes et khâgneux" ainsi que Ginette Cros l'écrit au dos d'une autre photo prise le même jour. Le groupe, qui agit en liaison avec des étudiants en médecine, fait de l'agitation à la Fac', édite des tracts dénonçant le caractère attentiste et impérialiste de la guerre.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Le 17 juin 1940, Rennes est bombardée. Il y a de nombreuses victimes civiles et militaires.
Olivier Souef et Ginette Cros quittent alors la ville en tandem "avec la cage à tourterelles" accrochée derrière le vélo et se réfugient dans la famille de Ginette, où ses parents l'ont précédée (interview de Ginette Cros en 2000). D'après elle, Olivier Souef, alors coupé des responsables communistes a songé un moment à partir en Angleterre. 
De retour à Paris en juillet 1940, Olivier Souef reprend ses activités à « l'Union des étudiants communistes (UEC) », et tout en travaillant comme « pion » (surveillant dans un établissement d'enseignement), poursuit ses études à la Sorbonne où il obtient une licence de lettres (histoire). 
Ginette Cros revenue à Paris «en juillet ou en août», prépare de nouveaux certificats en vue de sa licence d'Histoire à La Sorbonne (depuis Paris, elle retourne à Rennes le temps de passer l’examen pour son certificat d’études supérieures en Histoire moderne et contemporaine qui est validé le 27 novembre) et poursuit avec le groupe de l'UEC des anciens de Rennes, ses activités illégales, par un travail d’agitation des esprits, des lâchers de tracts en plein amphithéâtre. Ce qu’elle appelle «être comme le levain dans la pâte». «Au début on se réunissait - dit-elle - dans des cafés ou chez Jeanne Brunschwig ». Elle raconte ainsi l’action vengeresse d’un des membres de son groupe, Martini, étudiant en médecine, qui enveloppe un professeur pétainiste (Jean Barthélemy brillant juriste, docteur en droit, qui sera ministre de la justice et garde des sceaux dans le gouvernement de Vichy le 27 janvier 1941) d’un drapeau nazi, en plein amphithéâtre à la faculté de droit.
Après la manifestation patriotique du 11 novembre 1940, les étudiants doivent chaque jour signer un registre au commissariat de leur quartier. Plusieurs d'entre eux sont filés. Le 26 novembre 1940, alors qu’elle doit porter du matériel de propagande chez Jeanne Brunschwig, au 58 rue de la Rochefoucault (Paris 9ème), elle arrive en retard au rendez-vous et se retrouve nez à nez avec "deux flics en imperméables cachou". Apercevant Annie Crémieux, qui a déjà été fouillée, elle joue l'innocente et déclare qu’elle est venue apporter un manuel d'allemand à son amie. Elle n'est ni fouillée, ni arrêtée et, de retour chez ses parents, passe la nuit à détruire tout le matériel compromettant en sa possession. Le lendemain elle est interrogée «fort courtoisement» à la PJ par l’inspecteur Leblanc, qui se révélera par la suite un des tortionnaires des Brigades spéciales (interview de Ginette Cros, 2000). Il s'agit ici des arrestations opérées par des inspecteurs de la BS1 (brigade spéciale anticommuniste des Renseignements généraux à partir du 21 novembre 1940, «missionnés en vue d’identifier et d’appréhender les auteurs de la propagande clandestine communiste dans les milieux universitaires de la Capitale et plus particulièrement au quartier Latin, au moyen de tracts, papillons ou brochures à  tendance communiste »)
Ginette Cros travaille également comme «pionne au collège EPS (Ecole primaire supérieure, filière parallèle à la filière d’excellence des lycées) de Pantin pendant un mois et habite alors chez ses grands-parents à Saint-Ouen. Elle est alors en contact avec Bernard Gilles, Gilbert Mury, Suzanne Terret (2)... Au cours de l'année scolaire 1940-1941, Ginette Cros obtient deux autres certificats de licence d’études supérieures (Histoire du moyen âge et Histoire ancienne), tous deux validés le 8 juillet 1941. 
En zone occupée, le Parti communiste lance au début du mois de mai 1941 un appel à la constitution d'un « Front national pour l'indépendance de la France » qui naît le 15 mai 1941. Ginette Cros devient membre du « Comité national du Front national ». Dans une démarche parallèle, conduite par « l'Union des Étudiants Communistes » (UEC) est créé le 19 septembre 1941 un « Front National Etudiant » (FNE) ou « Front des étudiants patriotiques (FEP) » - autre appellation qui recouvre la même réalité -. 
Elle entre alors dans la clandestinité complète, change d’allure et d’identité
Elle doit changer d’apparence et d’identité, Elle est prise en charge financièrement par le Parti communiste clandestin. Elle reçoit ses directives de François de Lescure (pseudo Henri Germain), membre de l'Union des étudiants communistes (UEC) depuis septembre 1938, «sous-marin communiste dans les organisations légales d’étudiants», délégué de l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) depuis juillet 1940 (voir sa notice dans Le Maitron)
3 cartes d'identité de Ginette Cros
Elle détient successivement plusieurs fausses cartes d’identité : en août 1942, elle se fait appeler Simone Martin, née le 3 juillet 1920 à Rennes, domiciliée au 7 rue Champion à Maisons-Laffitte. En juin 1943, elle est Andrée Lambert, née le 7 septembre 1920 à Paris 17ème, domiciliée rue de l’université à Paris 7ème.
C’est pour elle une plongée brutale dans l’inconnu avec, pour toute première planque, un logement insalubre rue des Petits carreaux dans le quartier du Sentier. Grâce à Rose Mension (née Fuschmann, secrétaire en 1938 d'une cellule communiste du 19ème arrondissement de Paris, épouse de Robert Mension membre du triangle de direction des JC avec René Thuillier) elle dispose de planques à Colombes et à Maisons-Laffitte.
Ginette Cros assure d'importantes responsabilités clandestines dans la Résistance communiste.
René Thuillier
Ginette Cros a rencontré René Thuillier (voir sa notice biographique dans le Maitron) en 1943 à l’époque où il est membre du triangle de direction de l'Union des Jeunesses communistes clandestines de la zone Nord à partir de mars 1943, plus particulièrement chargé de l’unification des organisations de jeunesse résistantes. René Thuillier devient un de ses responsables politiques directs. Il est membre du secrétariat national du FUJP dès sa création en octobre 1943. Arrêté le 21 juillet 1944, il est torturé par la Gestapo rue des Saussaies. Il quitte la prison de la Santé le 17 août avec les 550 autres prisonniers politiques qui s’y trouvaient, les gardiens leur ayant ouvert les portes. Elle le remplace après son arrestation au sein du triangle de direction de la JC qu’il formait avec Robert Mension et Henri Kesteman.  
Bulletin du FPJ
Après l’arrestation de René Thuillier, elle est à la fois membre du triangle de direction de la « Jeunesse communiste » (JC) et secrétaire générale du FEP. Elle précise : « J'ai été assez vite chargée des jeunes du Front national, sur deux secteurs : d'abord du « Front des étudiants patriotiques », ensuite du « Front National de la Jeunesse ». C’étaient des organisations (…) qui devaient toucher les milieux de jeunes et d'étudiants par des actions de masse, en liaison avec la JC. Comme, par exemple, (la protestation) contre le port de l'étoile jaune par les Juifs. Nous avons plusieurs fois descendu le boulevard Saint-Michel en portant des étoiles de fantaisie pour montrer que les jeunes n'acceptaient pas » (interview par Jacques Varin, 14 janvier 1976) ». Elle devient membre du Comité national du Front national et en 1944 de son Comité directeur, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Elle est membre du CNR (Conseil national de la Résistance) créé le 27 mai 1943, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. « C’est René (Thuillier) qui m’y avait  propulsé» dit-elle.
Au cours de réunions clandestines elle y côtoie « Xavier » (qu'elle reconnaît comme étant Georges Bidault), le pasteur protestant Henri Eberhardt, Jean Jousselin, Simonet, Jean Pronteau, Guy de Boissou...
Suivent des prises de risques inévitables. Ainsi, elle manque de peu d’être arrêtée en 1944 rue Hélène, près de La Fourche (Paris 17ème), au domicile de Juliette Renucci (dont le compagnon, Yves Pellanes était un des dirigeants des FUJP). Elle avait été suivie par des policiers des Brigades spéciales qui la filaient en se relayant. C’est la petite-fille d’une crémière de la rue Hélène qui la prévient in extremis de la présence de la police chez son amie Juliette. Elle s’enfuit par une sortie de l’immeuble donnant sur l’avenue de Clichy, et se réfugie avec sa tente de camping en forêt de Saint-Germain où elle campe plusieurs jours à côté d’une maison appartenant à des amis de ses parents. Juliette Renucci est arrêtée et internée à la caserne des Tourelles, 141 boulevard Mortier dans le 20ème. Ginette Cros la fait évader avec trois autres internées, dans une opération de commando FTP au cours de laquelle un des gardiens est tué. Juliette est alors planquée chez la grand-mère de Ginette Cros à Saint-Ouen.
papillon FUJ Marseille 1944
Ginette Cros devient secrétaire générale du « Front Patriotique de la Jeunesse » créé en 1942.  Le FPJ va fusionner en octobre 1943 avec les Forces unies de la jeunesse (FUJ) pour former les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), dont elle est une des responsables avec Jean Pronteau (3).
Elle est également secrétaire générale de l'Union nationale des Etudiant patriotes, « secondant  Pierre Kast » selon la notice biographique du Maitron de René Thuillier par Marc Giovaninetti.
Après l’arrestation de René Thuillier, elle est à la fois membre du triangle de direction de la « Jeunesse communiste » (JC) et secrétaire générale du FEP. Elle précise : « J'ai été assez vite chargée des jeunes du Front national, sur deux secteurs : d'abord du « Front des étudiants patriotiques », ensuite du « Front National de la Jeunesse »
Collection Dominique
Thuillier-Laudijois
C’étaient des organisations (…) qui devaient toucher les milieux de jeunes et d'étudiants par des actions de masse, en liaison avec la JC. Comme, par exemple, (la protestation) contre le port de l'étoile jaune par les Juifs. Nous avons plusieurs fois descendu le boulevard Saint-Michel en portant des étoiles de fantaisie pour montrer que les jeunes n'acceptaient pas » (interview par Jacques Varin, 14 janvier 1976) ». Elle devient membre du Comité national du Front national et en 1944 de son Comité directeur, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Elle est membre du CNR (Conseil national de la Résistance) créé le 27 mai 1943, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. « C’est René (Thuillier) qui m’y avait  propulsé» dit-elle.
Salle Wagram. Présentation des délégués du FUJP 
à la Consultative (novembre 1944).  Ginette Cros 
est au centre derrière la table.
René Thuillier est le deuxième à sa gauche
Au cours des réunions clandestines elle côtoie « Xavier » (qu'elle reconnaît comme étant Georges Bidault), le pasteur protestant Henri Eberhardt, Jean Jousselin, Simonet, Jean Pronteau, Guy de Boissou...
Elle a contribué à la création du périodique « Le jeune patriote » né en 1942 (4). 
C’est une feuille ronéotée à destination de la jeunesse. 
A la Libération, il est le journal des « Forces unies de la jeunesse patriotique » (FUJP). 
Réunion de travail au "Jeune Patriote"
Elle en anime le « brain trust » comme elle l’écrit au dos d’une photo prise. « Le jeune patriote » a son siège social au 126 rue Lafayette (le siège du Comité central puis de la Fédération de Paris du PCF est au 120). « Le journal, dont 30 numéros sont édités entre octobre 1944 et juin 1945 n'est pas spécifiquement un support de bande dessinée, mais il publie des textes illustrés évoquant la Résistance, les maquis, le colonel Fabien (…) Son faible tirage, les restrictions de papier et les réorganisations des mouvements de jeunesse patriotique et communiste provoquent une réorientation du titre et sa transformation en « Vaillant le journal le plus captivant, organe de l’UJRF » (in Wikipédia).
Une de ses fiertés est d’avoir recruté pour « Vaillant », José Cabrero Arnal, dessinateur espagnol, déporté à Mauthausen, qui contribuera au succès du journal avec Placid et Muzo, puis Pif le chien.
Ginette Cros en tête du groupe FFI à Londres.
A sa droite, avec des lunettes, Jeanne Brunschwig
A Londres salut au monument aux morts
Le 11 novembre 1944, elle défile place des Invalides à la tête de 50 jeunes filles du FUJP, avant de se rendre à Londres où elles vont défiler devant le Cénotaphe. Événement que "l'Avant-Garde" ("le journal des jeunes", édité par la Fédération des Jeunesses communistes de France") du 24 novembre 1944 relate ainsi : 200 FFI - 50 jeunes filles et 150 jeunes gens - membres des FUJP, ambassadeurs de la France en guerre reviennent d'Angleterre.


Fin 1944, Pierre Daix, déporté à Mauthausen où il a côtoyé un des rescapés du convoi du 6 juillet 1942, a acquis la certitude de la mort de son camarade Olivier Souef. 
A son retour, en 1945 il l’annonce à Ginette Cros et à son jeune frère, Claude Souef (in Dénis de Mémoire, p. 69). Elle apprendra en 1945 par un rescapé du convoi qu'il est mort sous les morsures des chiens des SS. 
Elle obtient la carte de « Combattant Volontaire de la Résistance » n° 096000, la carte de combattant n° 654.849 et est décorée de la Médaille nationale de la résistance.
« René Thuillier rédigea quelques éditoriaux pour la revue bimensuelle « Filles de France » au cours de l’année 1945. Parmi elles, Colette Jobard, encore mariée avec lui. Mais il se mit bientôt en ménage avec Ginette Cros, une des dirigeantes des étudiants communistes qu’il avait déjà connue pendant l’Occupation. Le mariage Thuillier-Jobard fut officiellement dissous en avril 1946 » (notice biographique du Maitron par Marc Giovaninetti).
Le 25 décembre 1946, Ginette Cros épouse Alfred, René Thuillier, résistant, responsable du Front uni de la jeunesse patriotique en 1943, torturé par la Gestapo rue des Saussaies, élu député de 1945 à 1941. Elle l’avait connu pendant la Résistance (Le Maitron).
Elle reprend ses études et obtient un certificat d’études supérieures de Géographie générale en juin 1948, ce qui cumulé avec ses certificats précédents obtenus en 1940 et 1941, lui permet d’accéder au grade de licenciée-es-lettres.
Elle est nommée professeur d’histoire au collège de filles de Château-Thierry (Aisne), département dont son époux est député. Puis au collège de jeunes filles à Epernay (Marne). En 1949, quoique ayant envisagé de ne pas se présenter à l’oral parce que malade, elle est reçue deuxième à l’agrégation de lettres, section histoire et géographie.
Elle fait sa rentrée en 1952 au lycée de Montgeron (Essonne), annexe mixte du lycée Henri IV, où elle remplace Madeleine Rebérioux, mutée au Lycée Marcelin Berthelot à Saint-Maur avant d’enseigner à la Sorbonne puis à Paris VIII.
Dès le début de sa carrière d’enseignante, elle a des rapports d’inspection pédagogique élogieux. Le couple Thuillier fait construire une petite maison en 1955 à Montgeron. Ils auront eu deux fils : Daniel né en août 1945, décédé 3 mois après sa naissance, François né en 1946 et une fille, Dominique, née en 1952. Le couple se séparera à l'été 1957. 
Ginette et Jeanne Brunschwig en 1969
A partir de 1955, elle passe ses vacances avec ses enfants aux Sables d’Olonne, en location, dont la première lui est indiquée par un collègue du lycée de Montgeron. Très sportive, elle fait du tennis et de la natation.
Aux Sables d'Olonne
A la retraite en 1981, Ginette Cros s’adonne à sa passion pour la photographie et les voyages. Elle en effectue de nombreux avec l’association des Professeurs d’Histoire et Géographie. Sa fille possède ses 40.000 diapositives, dûment classées, des nombreux sites visités avec son amie Françoise Corteggiani. Elle publie plusieurs ouvrages (sur le Maroc, la Sardaigne et Paris).
Ginette Cros décède subitement le 31 août 2002, à Nevez, pendant une baignade en Bretagne.

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon
  • Note 1 : Lire sa notice biographique par Alain Dalençon, dans le Maitron.
  • Note 2 : Suzanne Terret fut arrêtée en flagrant délit en février 1943 par la police française du Ve arrondissement de Paris, rue du Pot de Fer, alors qu’elle peignait cette inscription sur un mur : "Etudiant, résiste à la déportation". Emprisonnée à la Petite Roquette (Paris), puis au camp des Tourelles (Paris) et ensuite au camp administratif de La lande Monts près de Tours (Indre-et-Loire), elle tomba malade et mourut d’épuisement le 14 août 1943, le lendemain de son transfert à l’hôpital de Tours (in Le Maitron. Notice Julian Mischi).
  • Note 3 : L’organisation regroupe les Jeunes chrétiens combattants, les jeunes de l’Organisation civile et militaire (OCM), la Fédération des jeunesses communistes de France, les jeunes du Mouvement de libération nationale (MLN), le Front patriotique de la jeunesse, l’Union des étudiants patriotiques, Sport libre, les Jeunes Paysans patriotiques, l’Union des jeunes filles de France, les Jeunes Laïcs combattants, les Jeunes Protestants patriotiques, les Jeunes Francs-tireurs et partisans (FTP).
  • Note 4 : Au comité directeur du « Jeune Patriote » : Andrée Ambroise, Julien Bertheau, Ginette Cros et Henri Rol-Tanguy. Le journal a connu deux périodes d'édition : pendant l’Occupation, de 1942 à 1944, 12 numéros sont publiés (une feuille ronéotée), numérotés de 1 à 12. Le journal sort de la clandestinité et, entre le 13 octobre 1944 et le mois de mai 1945, 30 numéros sont publiés sur les presses de l’imprimerie Seguin. Le 1er juin 1945, le numéro 31 du Jeune Patriote prend le titre de « Vaillant » avec le sous-titre « Le Jeune Patriote », toujours bimensuel, sous la bannière de l'Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF). 
Sources et illustrations
  • Rencontres avec sa fille, madame Dominique Thuillier-Laudijois,  31/05 et 2/06 2019.
  • Interview audio de Ginette Cros par sa fille / 2000.
  • Photos de Ginette Cros et de René Thuillier © collection Dominique Thuillier-Laudijois.
  • « Gi » aux Sables d’Olonne.
  • Photo de la sortie au Boël, au dessus de la Vilaine, avril 1940, © Dominique Thuillier-Laudijois
  • © Photo Rennes 1940, in cahier central du livre de Pierre Daix « Dénis de Mémoire », collection Témoins, Gallimard.
  • Le Maitron (notice biographique de René Thuillier)
  • Hervé Cultru (préf. Richard Medioni), Vaillant, 1942-1969 la véritable histoire d'un journal mythiqueParisÉditions Vaillant Collector, février 2006, 286 p., relié (ISBN 2-9519925-1-3)
  • Papillon édité par les Forces unies de la Jeunesse patriotique, appelant les jeunes Marseillais à rejoindre les maquis, juin 1944. Revue de la Fondation de la France Libre, septembre 2017 - Numéro 65 page 27.