L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MILGRAM Armand, Hersch ?


Notice biographique provisoire

L'appartenance d'Armand Milgram au convoi du 6 juillet 1942 n'est pas clairement établie car les informations recueillies amènent à s'interroger sur l'existence d'un ou de deux déportés portant ce nom. 
La présence de l'un d'eux dans le convoi d'otages juifs parti de Compiègne pour Auschwitz le 5 juin 1942 est indiscutable. 
Il s'agit de Milgram Hersch dit Armann, né le 1 mai 1898 à Zydlowiece ("Russie") actuellement situé en Pologne), mort le 27 juillet 1942 à Auschwitz (Journal officiel) JO1995p18496-18502Le site du Musée d'Auschwitz mentionne qu'il y est immatriculé sous le numéro "38 795". Celui du Mémorial de la Shoah indique son nom (Armand Milgram), la date de sa déportation et son adresse au 98 bd Blanqui à Paris 13ème

Par ailleurs, on trouve un "Armand Milgram 1896" sur une des listes de la FNDIRP, établies après-guerre à partir des renseignements fournis par les familles des disparus et les souvenirs des rescapés du convoi du 6 juillet 1942
Une fiche individuelle lui est consacrée au "fichier national" de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC) à Caen. 
Celle-ci indique : "Armand Milgram Hersch, né le 5 décembre (ou mai) 1896 en Russie. Juif. Communiste. Tailleur. Marié, père de deux enfants. Arrêté le 27 avril 1942. Déporté en juillet 1942. 98 boulevard Blanqui Paris 1ème." 
Il existe une place vacante dans la série des M dans liste alphabétique reconstituée des Juifs du convoi. 


Ainsi, s'il existe des renseignements similaires pour les deux déportés (mêmes nom et prénoms et même adresse) qui peuvent laisser croire qu'il s'agit d'une même personne, d'autres éléments plaident pour l'existence de deux personnes différentes. L'adresse identique ne posant pas problème : il y a 2 autres déportés du nom de Milgram qui sont domiciliés à cette adresse, qui est celle d'un immeuble de plusieurs étages du 13ème arrondissement : celui de Faiga, Zelda Milgram, née Milgram en 1898 à Szydlowice (peut-être épouse comme indiqué sur la fiche au DAVCC ou une sœur à cause du même nom de naissance) et celui d'Adolphe Migram, né le 15 décembre 1912 à Paris.
Dans l'éventualité de l'existence de deux déportés différents, on peut reconstituer ainsi la déportation d'Armand Milgram, né le 5 décembre 1906, après son arrestation le 27 avril 1942. Cette date est à rapprocher de celle du 28 avril 1942 correspondant à une grande rafle de communistes effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Celle-ci avait été ordonnée à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Armand Milgram aurait fait vraisemblablement partie des 387 militants (communistes, syndicalistes) arrêtés le 28 avril 1942. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police de poursuivre une activité clandestine.
Remis aux autorités allemandes à leur demande, Armand Milgram est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il aurait été déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Armand Milgram est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il aurait passé la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet, il aurait été interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, comme vraisemblablement Armand Milgram, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il aurait été affecté à cette date. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
On ignore également sa date de décès.

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiches individuelles consultées en octobre 1993.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P). 
  • "Décédés du convoi de Compiègne 6/7/1942". Classeur Auschwitz 1/19, liste n°3 (Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Sterbebücher von Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Site du Musée d'Auschwitz.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie installée en août 2015, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Les « 45000 » Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.  

Aucun commentaire: