L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HENRY Valère

Valère Henry dans les années 20
Matricule "46245" à Auschwitz.
 
Valère Henry est né le 20 novembre 1900 au domicile de ses parents à Auboué (Meurthe-et-Moselle) où il réside au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Félicie Marchal, 30 ans, sans profession et de Joseph Henry, 35 ans, machiniste, son époux.
Conscrit de la classe 1920, il est « non recensé en temps utiles par cause de force majeure » (Auboué est en territoire occupé par les troupes allemandes), Valère Henry est « pris bon pour le service armé » par la commission de réforme de Nancy le 13 mars 1919. 
Son registre matricule indique qu'il est manoeuvre, puis mineur en 1929. Il mesure 1m 64, a les yeux bleus, les cheveux blonds, le visage ovale et le nez rectiligne.
Il est incorporé le 15 mars 1920 au 61ème régiment d’artillerie de campagne. Il est nommé soldat de 1ère classe le 11 décembre 1921. Il est mis en disponibilité le 15 mars 1922 et se retire à Auboué « certificat de bonne conduite accordé ».
Le 11 décembre 1926, il épouse à Auboué Christine, Marie Colson. Le couple aura trois  filles.
Embauché le 3 janvier 1929 comme mineur de fer à la mine du Paradis (Auboué), Valère Henry est secrétaire du syndicat des Métaux CGT dès sa fondation (le 1er août 1936) et membre de la Commission exécutive régionale des mineurs CGT.
Il est licencié en novembre 1938 avec Charles Schneider et une grande partie du conseil syndical CGT.
Il effectue trois « périodes » militaires de quinze jours (en octobre 1928, septembre 1938 et avril 1939) au 406ème RAC.
Quoique père de 3 enfants vivants et rattaché à ce titre à la classe 1914, Valère Henry est mobilisé à la déclaration de guerre et « rappelé à l’activité » le 21 août 1939. Affecté au 402ème DCA-DAT le 22 août, il « passe » au 6ème BOA à Chalons sur Marne le 12 avril 1940. Il est démobilisé par le Centre de démobilisation d’Auboué le 5 octobre 1940.
Militant communiste, il est arrêté le 5 février 1942 à son domicile, par des gendarmes allemands et des policiers français, à la suite du sabotage du transformateur d'Auboué le 4 février 1942, (Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages. Lire l'article dans le blog en cliquant sur ce lien).
Il est incarcéré à la prison Charles III de Nancy, puis remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 2 mars 1942, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Valère Henry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46245 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Valère Henry meurt à Auschwitz le 28 juillet 1942 selon les registres du camp (et non le 15 juin 1943 comme indiqué sur son registre militaire). Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Sources
  • Témoignage de sa fille, Mme Georgette Thomas (1990).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 31, page 300.
  • Arch. Départementales 10 M 103 - "Le Réveil ouvrier".
  • Section des déportés, internés, familles de fusillés d'Auboué: M. Corziani (mars 1991)
  • " Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli)
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil de Meurthe et Moselle et Registres matricules militaires du canton de Briey
Biographie rédigée en 1997 (complétée en 2016) pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : de « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005 et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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