L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEGORBETIERE Emile


D'après photo de famille @ Mémoire Vive
Émile, Moïse Degobertière est né le 6 septembre 1896 à Azérables (Creuse). Il est le fils de Mélanie Gorgeon, 32 ans, sans profession et de Lucien Degobetière, 37 ans, maçon, son époux. Le couple habite Mondolant, lieu-dit de la commune d’Azérables.
Au moment de son arrestation, Emile Degorbetière est domicilié au 2 rue Aristide Briand à Gentilly (Seine / Val-de-Marne).
Conscrit de la classe 1916, Emile Degorbetière est mobilisé par anticipation le 8 avril 1915. Il est versé au sein des forces françaises de l’armée d’Orient. Il participe aux campagnes de Roumanie et de Serbie. Il obtient la médaille commémorative d’Orient, Roumanie-Serbie (source BAVCC).
Revenu à la vie civile, Emile Degorbetière, qui travaille comme cultivateur, épouse Marie Charron à Azérables, le 7 février 1920. Le couple aura cinq enfants (trois filles et deux garçons).
 HBM de la Cité des Anciens combattants
La famille Degorbetière vient s’installer à Gentilly, impasse Thiberville. 
Les HBM années 1930
Puis, en tant qu’ancien combattant, Emile Degorbetière obtient un logement des HBM de la « Cité des Anciens Combattants », au 2 rue Aristide-Briand, construits en 1930 (sans doute par une Mutuelle d’Anciens combattants - selon Actuacity) et réservés aux anciens combattants (Le Maitron). Georges Beaugrand, militant actif de l’ARAC, dirigeant communiste qui sera élu maire de Gentilly dès 1934, est également logé à cette même adresse.
En 1931, Emile Degorbetière est infirmier à l’Hospice du Kremlin-Bicêtre, commune limitrophe. 
Il est membre du Parti communiste et milite dans son quartier à Gentilly.
L’Humanité du 13 mai 1935
Emile Degorbetière est élu conseiller municipal de Gentilly le 12 mai 1935, sur la liste du « Bloc ouvrier et paysan » dirigée par Georges Beaugrand. La liste communiste avec 2 030 voix en moyenne obtient 27 élus.
Le 4 octobre 1939, le gouvernement Daladier promulgue un décret, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine (dont Gentilly) et dans 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ».
Le Populaire du 17 février 1940
Emile Degorbetière est déchu de son mandat le 5 février 1940 par arrêté du Conseil de Préfecture de la Seine, pour ne pas avoir « répudié catégoriquement toute adhésion au Parti communiste » selon la formule employée par la Préfecture à ces dates. Il est fiché par les Renseignements généraux comme « meneur particulièrement actif ».
Le soir du 26 juin 1941, Émile Degobertière est arrêté sur son lieu de travail au Kremlin-Bicêtre pendant son service, selon le témoignage de son fils Maurice. Toutefois, il convient de noter que selon sa fiche au BAVCC, il est arrêté à son domicile par la police française (Renseignements généraux). La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Emile Degorbetière : « Meneur particulièrement actif ».
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste

Son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes commencée à partir du 22 juin 1941 (jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique), les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). 
D’abord amenés à l’Hôtel Matignon, 47 avenue de Varenne à Paris (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy), ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes.
Le Frontstalag 122
Émile Degobertière est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
A Compiègne il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis. Sur la vie au camp de Royallieu lire dans ce blog La solidarité au camp allemand de Compiègne. Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne et 22 juin 1942 : évasion de 19 internés
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Emile Degorbetière est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45433 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules.
Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, Emile Degorbetière, comme ses camarades, passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Emile Degorbetière meurt à Auschwitz-Birkenau le 10 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
L’arrêté ministériel du 28 octobre 1988 portant apposition de la mention Mort en déportation sur son acte de décès, paru au Journal Officiel du 10 mars 1988, porte encore la mention « décédé le 13 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il conviendrait que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) et les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Emile Degorbetière a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
« La Vie Nouvelle », hebdomadaire du PCF de Gentilly, du 13 octobre 1945 lui a rendu hommage. Son épouse est élue conseillère municipale de Gentilly le 13 mai de la même année.
Son nom est inscrit sur le monument de la Déportation situé dans le carré militaire du cimetière de Gentilly : « A la mémoire de ceux de Gentilly exterminés par les Nazis dans les camps de la mort et qui n’ont pas de tombe » et sur le monument aux morts de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre.


Sources

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 et dossier personnel la même année.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014. Notice  
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • @ Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Office for Information about Former Prisoners, registres des Blocks.
  • © Site Internet Généanet.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • @ Photo d’Emile Degorbetière in site Mémoire Vive, d’après photo de famille. Droits réservés.
  • HBM 2014, in © Google Street View.
  • HBM années 1930 © Actuacity.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en juin 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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