L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


L'HELGOUAL’CH René, Jean


Matricule « 45794 » à Auschwitz

René L’Helgoual’ch est né le 17 mai 1911 à Paris 13ème.
Il habite rue Saint-Laurent à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
René L’Helgoual’ch est électricien.
Selon sa fiche au DAVCC, il semble avoir été membre du Parti communiste.
Après l’Occupation allemande, il est arrêté une première fois le 24 juin 1941. 
Montage @ Pierre Cardon
Par une coupure de journal (Le Bonhomme Normand n°20 de juillet 1941), on sait qu’il a été arrêté ce 24 juin 1941 pour distribution de tracts communistes. Citation du fac-simile : « La répression communiste dans le Calvados. La Préfecture communique : « Une intense propagande communiste et des diffusions de tracts ou de journaux clandestins ayant pu être décelées dans le département, une importante épuration a été entreprise par les soins de la police locale, de la police spéciale, de la gendarmerie et de la 3ème Brigade de police mobile de Rouen. La police municipale de Caen a pu, le 24 juin dernier, procéder à l'arrestation de deux individus détenteurs de tracts communistes, les dénommés René L'Helgoual'ch et Daniel Gooderige…».
A Caen, Vire, Deauville les 27 et 30 juin 1941, la préfecture recense 76 perquisitions opérées chez des « individus présumés communistes ». De nombreuses arrestations sont opérées, pour détention de tracts ou propagande communiste, dont celle d’Emmanuel Michel, qui sera déporté avec lui à Auschwitz.
Ils comparaissent le 21 juillet 1941 devant un tribunal français, qui décide de leur mise en liberté provisoire.
Liste d'Otage. Montage @ Pierre Cardon
Mais le nom de René L’Helgoual’ch, comme celui de son camarade, est inscrit sur deux listes de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes.
Récit d’André Montagne, un des 120 otages : « Nous sommes arrêtés le 2 mai 1942, par des détachements de la police française, accompagnés de Feldgendarmen casqués et armés de mitraillettes ». Ces arrestations ont lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants, dont celles des 120 otages. Lire dans le blog Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados.
« Les otages sont conduits au commissariat central. Nous sommes transférés avant la fin de la nuit à la Maison centrale, à la Maladrerie où nous passons des heures dans l’incertitude, avant d’être ramenés en ville avec un impressionnant déploiement de forces où la Wechmacht est omniprésente. Nous sommes enfermés au « Petit Lycée », où viennent nous rejoindre ceux qui ont été arrêtés en d’autres lieux du département (Bayeux, Lisieux, des cheminots de Mézidon ». Après deux jours d’angoisse, un officier de la Wechmacht nous apprend que nous avons été « graciés par le Fürher » et que nous irons travailler à l’Est de l’Europe. En début de soirée, sous forte escorte, des cars nous emmènent à la gare, côté marchandises, où plusieurs fourgons nous attendent. Vingt heures plus tard, le 4 mai, nous débarquons en gare de Compiègne. A deux kilomètres de la gare, nous sommes internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) ».
Inventaire de la Chambrée 7 par Olivier Souef. Montage photo
René L’Helgoual’ch y reçoit le numéro matricule « 5229 ». Il est affecté à la baraque A 5, chambre 7, dont le chef de chambre est Olivier Souef qui fait partie de l’organisation clandestine du camp. On sait par l’inventaire qu’Olivier Souef tient le 29 mai 1942, que René L’Helgoual’ch dispose d’une assiette, d’une cuillère, d’un quart, d’une couverture, d’un matelas et d’un polochon.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René L’Helgoual’ch est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
René L’Helgoual’ch est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45794» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
René L’Helgoual’ch meurt à Auschwitz-Birkenau le 20 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 435 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance, de domicile et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Homage au 120 otages de Caen. Photo André Montagne
Il est déclaré « Mort pour la France » le 16 janvier 1957. Sa famille reçoit une « Carte de disparition » le 19 mars 1947. Il est homologué « Déporté politique ». La carte de Déporté politique est remise à sa famille, qui habite au 144 rue Courage à Grandville (Manche).

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992 par Fernand Devaux et moi-même.
  • Photo de l’inventaire des « paquetages » de la Chambrée n°7 du Bâtiment A5 à Compiègne (29 mai 1942). Document de la main Olivier Souef (reçu par la famille Souef à la fin juillet 1942). 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • L’arrestation des otages de Caen, récit d’André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en décembre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: