L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FRICHOT, Lucien, Albert


Photographie d'immatriculation à Auschwitz
Lucien Frichot (*) est né le 27 mars 1904 à Brosville (Eure). Il est le fils de Marie, Anna Schwap, 29 ans, ménagère et d’Emile Frichot, 41 ans, maçon, domicilié à Saint-Cyr l’Ecole.
Le 31 rue des Ormes
Il habite au 31 rue des Ormes (devenue rue Arthur Dalidet) à Maisons-Alfort (Seine / Val-de-Marne), au moment de son arrestation.
Lucien Frichot est « aide d’usine » puis « employé des services publics ».
Le 4 juillet 1925, Lucien Frichot épouse à Maisons-Alfort, Simone, Gabrielle Martin.
L'Humanité du 13 mai 1935
Militant communiste, il « fut élu conseiller municipal communiste de Maisons-Alfort, le 12 mai 1935, sur la liste dirigée par Albert Vassart » (Le Maitron).
La préfecture de la Seine suspend la municipalité en octobre 1939 et nomme une délégation spéciale composée de Maugé, Becquerelle, Veinstein, Péroni.
Lucien  Frichot, comme ses camarades communistes élus, est déchu de son mandat municipal le 16 mars 1940. La préfecture nomme Francis Maugé, ancien inspecteur des services communaux de la Seine président de la délégation spéciale en 1940, avec Péroni, Ferre, Pasquié et Caillette comme adjoints.
Avec l’Occupation allemande, la police de Vichy surveille les anciens élus communistes, procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande clandestine.
Le 4 octobre 1940 au soir, Lucien Frichot est arrêté à son domicile par deux policiers français et emmené au commissariat de Charenton, en même temps que son camarade Georges Niquet, ancien chauffeur du Maire Albert Vassart. Son épouse découvre dans la nuit qu’il s’agit d’une véritable arrestation et va prévenir l’épouse de Georges Niquet. Le 5 octobre 1940 Lucien Frichot est emmené au commissariat de Charenton, en même temps que Georges Niquet. Lucien Frichot est libéré après interrogatoire. Georges Niquet est interné le même jour au CSS d’Aincourt et plus tard déporté à Auschwitz avec lui.
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Lucien  Frichot est à nouveau arrêté le 27 juin 1941 à Maisons-Alfort, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». 

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Lucien Frichot  : « Meneur particulièrement actif ».
Le Frontstalag 122
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du Reich
Lucien Frichot est interné sans doute le jour même au camp de Royallieu qui est devenu le 22 juin 1941 le «Frontstalag 122» destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich». Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien  Frichot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942 et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro «45560 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo  d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Lucien Frichot meurt à Auschwitz le 30 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 313 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 8 septembre 2009 paru au Journal Officiel n° 242 du 18 octobre 2009). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé le 31 octobre 1942 à Birkenau (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le 21 août 1944, des représentants communistes des FFI prennent possession de la Mairie et se constituent en délégation spéciale : sous la présidence de Jean Marie Marceau, ancien conseiller municipal élu en 1935, ils nomment symboliquement au sein de cette délégation leurs camarades anciens élus municipaux, dont ils connaissent la déportation, mais ignorent s’ils sont vivants : Bernhard (conseiller municipal Radical Socialiste en 1935, déporté, sera conseiller municipal de 1944 à 1947), Bolze (maire-adjoint en 1935, déporté, sera conseiller municipal de 1944 à 1959), Lucien Frichot (déporté à Auschwitz), Henri Hureau (déporté à Auschwitz), Victor Jardin (déporté à Auschwitz), Marcel Névraumont (déporté à Auschwitz), Raunet (Conseiller municipal en 1935, déporté), Fernand Saguet (deuxième adjoint au maire en 1935, déporté à Auschwitz, Verrier (conseiller municipal en 1935, déporté).
Aucune rue, monument ou plaque ne semble honorer la mémoire des dix Maisonnais déportés à Auschwitz.
Lucien Fruchot a été déclaré « Mort pour la France », et homologué « Déporté politique ». La carte a été remise à son épouse qui avait déménagé rue Hoche en 1956.

(*) Il a été longtemps confondu au Ministère des Anciens combattants avec un autre Frichot, Lucien, Albert, né le 9 avril 1906 à Liévin (Pas-de-Calais), également communiste, manœuvre, marié et père d’un enfant, qui fut arrêté dans la même période.

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Mairie de Brosville, 6 janvier 1993 (Extraits de naissance, de mariage, de décès).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Notice informatique Claude Pennetier.
  • © Cercle généalogique de Maisons-Alfort (extrait du tome II « Mille ans d’Histoire à Maisons-Alfort » pour la composition de la Délégation spéciale).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • © Google Street view.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  ©
  • Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie mise à jour en 2016 (installée en décembre 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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