L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUFOUR Edouard


Matricule « 45497 » à Auschwitz

Edouard Dufour est né le 19 février 1899 à Choisy-le-Roi (Seine / Val-de-Marne) au 12 rue des Gondoles.
Au moment de son arrestation, il est domicilié dans un logement au 11 rue des Gondoles (rue des Fusillés depuis décembre 1944) en face du petit pavillon de ses parents, à Choisy-le-Roi.
Les 11 et 12 rue des Gondoles
Il est le fils de Julie Soumy, 23 ans, sans profession et de Léonard Dufour, 27 ans, mouleur, son époux. Ayant perdu son père à la Première guerre mondiale, il devient pupille de la Nation le 24 juin 1920.
Il est recensé avec le matricule "4152" sur le registtre matricule militaire de la Seine.
Le 20 octobre 1927, il se marie à Choisy-le-Roi avec Marie, Victoria Soumy, remailleuse (elle est née le 20 janvier 1898 à Paris 14ème). Elle sera gérante d’une laiterie Hauser, avenue de Paris à Thiais 
Edouard Dufour est cimentier de profession. Il sera également chauffeur. Il perd son travail en 1935. Il est sympathisant communiste et fréquente « certains militants notoires de la région » selon un rapport de police.
D’avril 1939 jusqu’à sa mobilisation, il est manœuvre à la Société ouvrière française de Travaux publics, à Cachan. Il est réformé en novembre 1939 (séquelles de congestion pulmonaire).
Pendant la guerre et le début de l’Occupation allemande, il est surveillé par les Renseignements généraux qui l’ont étiqueté «  meneur communiste actif ».
Édouard Dufour est arrêté le 14 novembre 1940 à 22 h 15 par des gardiens de la paix « en flagrant délit de distribution de tracts communistes ». Le rapport de police précise qu’il vient « de glisser un tract sous la porte du poste de police situé rue Chevreul, à Choisy-le-Roi. Fouillé, trouvé porteur d’une dizaine de tracts ronéotypés clandestinement et invitant à adhérer aux Jeunesses communistes. La perquisition effectuée le lendemain à son domicile… la découverte de 3 ou 4 brochures anciennes de propagande ». Inculpé par le commissaire de Choisy d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), il est conduit au Dépôt de la Santé à la disposition du procureur.
Il est condamné à six mois de prison par la 15ème chambre pour « infraction au décret du 26-9-1939 », qu’il va purger à la Maison centrale de Fresnes.
Aincourt @ blog Roger Colombier
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif le 31 mars 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Il est ramené au Dépôt en attente d’un transfert. Celui-ci est rendu possible pour le camp d’Aincourt, déjà saturé, car 54 internés de ce camp vont  être transférés le même jour au camp de Châteaubriant, via la Maison centrale de Poissy. 
Montage photo : liste des communistes internés à Aincourt le 18 mars 41
Le 18 mars 1941, Édouard Dufour arrive au camp français d’Aincourt, avec six autres détenus (René Louis et Lucien PreuillyEugène Guillaume, Henri Mathiaud, Louis Preuilly qui seront tous déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942. Seul le frère d’Henri Mathiaud, Raymond, qui figure sur cette liste ne le sera pas). 
Lire dans le blog Le camp d’Aincourt
A la suite d’une demande de libération effectuée par Marie Dufour, De Brinon (délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés) fait suivre comme à chaque fois au Préfet de Seine-et-Oise… qui recueille l’avis du directeur du camp d’Aincourt. Le commissaire Andrey, dont l’anticommunisme est bien connu, a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnait la plupart du temps « l’attitude correcte » de l’interné. Pour Edourad Dufour, Andrey répond le 6 août 1941 « Son attitude au centre a toujours été correcte. Toutefois, il n’a jamais participé volontairement à des corvées (…) Dufour est un élément communiste certain et je donne, à l’égard de sa libération, un avis défavorable ».
Le 6 septembre 1941, Edouard Dufour et 149 autres internés sont transférés au CSS de Rouillé (2) dans la Vienne. Le camp ouvre à cette date pour désengorger Aincourt, surpeuplé.
Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui d’Edouard Dufour. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux (documents ici-reproduits, circulaire n°13.571.D) le 30 octobre (doc C-331.24). 
Liste des RG au directeur du camp (montage)
Pour Edouard Dufour l’avis des RG est le même qu’à Aincourt.  On lit avec ses dates et lieu de naissance, adresse et date d’arrestation, comme cause de l’arrestation « meneur communiste actif. A été condamné à six mois de prison pour infraction au décret du 26-9-1939 ».
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Edouard Dufour (n° 73 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Edouard Dufour est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Edouard Dufour est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45497» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Edouard Dufour meurt à Auschwitz le 9 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 244 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec sa date de naissance et lieu de domicile et avec l’indication « glaubenslos » (athée).
Sur son acte de décès figurent les mentions « Mort pour la France » et « Mort en déportation » (l’arrêté du 14 février 1989, paru au JO du 24 mars 1989 mentionnait son décès au 6 juillet 1942. Il a été modifié sur avis du secrétariat d’Etat aux Anciens combattants le 28 octobre 1991 avec la date de l’état-civil d’Auschswitz). 
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources 
  • Archives municipales de Choisy-le-Roi : extraits de ses actes de naissance et de décès (novembre 1992).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Maison centrale de Fresnes, Archives départementales du Val de Marne.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W. Dossier individuel.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, Carnet B, BA 1774.
  • Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941. Archives de la police / C - 331 - 24.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Archives du Musée d’Auschwitz
  • Listes de la FNDIRP.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • © Le CSS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  ©
  • Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Choisy-Infos, n° 143, avril 2011 (p 21 article de Claude Bardavid sur le convoi des 45000, où il cite Edouard Dufour et ses camarades choisyens déportés).
Biographie mise à jour et installée en décembre 2014, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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