L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


OURSEL Honoré, François


Matricule « 45942 » à Auschwitz

Honoré Oursel est né le 7 février 1888 à Criqueboeuf-sur-Seine (Eure). Il habite avec son épouse impasse Desrues à Villeneuve-le-Roi (Seine-et-Oise / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Eugénie, Charlotte Hattingois, 22 ans, journalière, reconnu par François, Honoré Oursel (né le 20 mai 1863) lors de son mariage avec Eugénie Hattingois le 7 octobre 1889.
Appelé de la classe 1908, il est incorporé en octobre 1909. Honoré Oursel est libéré en septembre 1911.
Il épouse Adrienne, Alphonsine Finon le 23 décembre 1912 à Villeneuve-Saint-Georges.
Réserviste de la classe 1908, il est rappelé le 2ème jour de la mobilisation générale d’août 1914. Il est fait prisonnier et est envoyé en captivité dans un camp allemand jusqu’en 1919. Après sa libération, « il participe aux soins donnés à des soldats atteints du typhus ».
La HPLM
Après sa démobilisation Honoré Oursel sera capitaine de remorqueur, employé par la grosse Compagnie fluviale HPLM, que les mariniers surnommaient “Hachez-Pillez-Les-Malheureux” !
Membre du Parti communiste, Honoré Oursel un « communiste acharné », selon un rapport des Renseignements généraux.
Destruction des ponts de Villeneuve-Le-Roi
Après la destruction en juin 1940 de presque tous les ponts sur la Seine entre Corbeil-Essonnes et Bray-sur-Seine pour retarder l’avancée de l’armée allemande, la navigation fluviale est stoppée. Le pont suspendu et le nouveau pont de Villeneuve-Le-Roi construit en 1939 sont détruits par l’armée française (le 14 juin 1940 pour ce dernier). Honoré Oursel va alors travailler comme passeur pour faire traverser la Seine entre Villeneuve-le-Roi et Villeneuve-Saint-Georges (les bateaux-navettes fonctionneront jusqu’à la construction d’une passerelle piétons à partir des piles du pont suspendu, cf. photo montage). 
Les tracts du Parti communiste, imprimés à l’écluse de Vigneux par la famille Jeunon, sont diffusés par les militants de toutes les communes voisines. Le commissaire de police d’Athis-Mons dont dépend Villeneuve-le Roi fait opérer la  surveillance des anciens militants communistes. Pour Honoré Oursel les rapports de police d’octobre 1940 mentionnent qu’il use « de sa fonction de passeur pour faire passer des mots d’ordre parmi les ouvriers empruntant son bateau ». Au début d’août 1940, il aurait « gravé une faucille et un marteau sur la proue » de celui-ci, et fin août il participe à « la deuxième réunion communiste » dans les « fouilles Morillon » (les sablières de la société Morillon et Corvol), derrière l’école Paul Bert.
Le 6 octobre 1940, le commissaire de police d’Athis établit la « notice individuelle à établir au moment de l’arrestation » coincernant Honoré Oursel, qu’il transmet à la Préfecture de Seine-et-Oise. Le Préfet Marc Chevalier, qui vient d’être nommé par Vichy, ordonne l’arrestation d’Honoré Oursel (arrêté du 12 octobre).
Le camp d’Aincourt, blog de Roger Colombier
Il est arrêté à son domicile, impasse Desrues, le 13 octobre 1940 en même temps qu’Eugène Nicot, conseiller municipal communiste déchu de son mandat en décembre 1939. Ils sont tous deux internés administrativement (1) au «Camp de Séjour Surveillé» d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise) le même jour. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.
Son épouse Adrienne écrit dès le 22 décembre au Préfet pour réclamer sa libération.
Honoré Oursel est puni de deux jours de cellule le 14 janvier pour avoir tenté de faire passer clandestinement par l’intermédiaire d’un proche une lettre à ses cousins, dans laquelle il dénigre les Gardes mobiles. Ce même jour le commissaire Andrey, directeur du camp, émet un avis négatif sur le formulaire de « révision trimestrielle » de son dossier relatif à une éventuelle libération à cause de son « mauvais esprit », mentionnant qu’il est « un des éléments les plus dangereux » du camp.
Les « internés administratifs » à Aincourt en 1940 et début 1941 n’ont en effet pas été condamnés : une révision trimestrielle de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont « amendés »… Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables.
Le 4 mai 1941, Honoré Oursel, Eugène Nicot, Maurice Lorriguet et Gaston Van Weddingen (3) tous les quatre de Villeneuve-le-Roi, effectuent une démarche auprès d’Aimé Dron, président de la délégation spéciale de Villeneuve-le-Roi, afin d’obtenir des bons de vêtements tant les leurs sont usés. La réponse sera négative après avis demandé au Préfet.
Le Frontstalag 122
Le 27 juin 1941, Honoré Oursel est transféré au camp allemand de Compiègne, le Frontstalag 122 avec quatre-vingt-sept internés administratifs d’Aincourt, dont Eugène Nicot, à la demande des autorités allemandes. 
Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec l'aval du préfet de Seine-et-Oise. Ce transfert intervient peu après la grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. 
En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Honoré Oursel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Honoré Oursel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45942» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Honoré Oursel meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 894) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour. C’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » des « inaptes au travail » avec comme conséquence la mort dans les chambres à gaz. La veille, vingt-six autres « 45000 » ont ainsi été assassinés. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz. Maurice Rideau quant à lui, témoigne qu’il est sélectionné pour la chambre à gaz.
Un arrêté ministériel du 18 septembre 1995, paru au Journal Officiel du 21 décembre 1995, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte plusieurs dates erronées. D’abord celle de son année de naissance (1928 au lieu de 1888 - inversion manifeste avec un autre Oursel, Paul, déporté à Mauthausen le 6 avril 1944) et celle de son décès qui indique « décédé le 29 août  1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Honoré Oursel a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ». La carte a été délivrée à son épouse Adrienne, impasse Desrues à Villeneuve-le-Roi.
Après la Libération, le conseil municipal a donné son nom à une rue de Villeneuve-le-Roi. Sur la plaque de rue on lit « Rue Honoré Oursel. 1888-1943. Résistant, mort en déportation ». Cette rue donne sur l’avenue du Front de Seine et la Seine, comme celle de son domicile, non loin du nouveau Pont de Villeneuve-le-Roi.
  • Note 1 : Compagnie Fluviale HPLM. La Compagnie Générale de Navigation, du Havre à Paris, Lyon et la Méditerranée. Compagnie de transport fluvial, issue de la fusion de deux compagnies, qui a régné sur les rivières et canaux de 1850 à 1972.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Gaston Van Weddingen, âgé de 47 ans est arrêté en 1942 et interné à Aincourt. Il est déporté le 8 avril 1943 au camp de Sachsenhausen où il meurt.  Une rue de Villeneuve-le-Roi porte son nom.   
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en février 1992 par André Montagne
  • © Etat civil en ligne de l’Eure.
  • Les ponts en amont de Paris. www.culture.gouv.fr
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Liste des 88 internés d’Aincourt (tous de l’ancien département de Seine-et-Oise) remis le 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W, dossier personnel.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • Photo plaque de la rue Honoré Oursel in © Google Street-View.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial de Compiègne © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en novembre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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