L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POURSAIN, Maurice, Georges


Maurice Poursain est né le 18 avril 1915 à Paris 11ème. Il est le fils de Louise Baillet et de Georges, Emile Poursain (1), 40 ans, mariés le 7 mai 1908 à Paris.
Au moment de son arrestation, Maurice Poursain habite chez ses parents au 38 rue de la République à Saint-Mandé (Seine / Val-de-Marne), aujourd’hui hôtel des impôts.
Il est opticien selon les fiches de police et le témoignage de sa nièce.
Il est secrétaire des jeunesses communistes de Saint-Mandé, connu à ce titre par les services de Police qui le décrivent comme « meneur communiste actif).
Maurice Poursain est arrêté pour « activité communiste » le 1er décembre 1940 par la police française, quinze jours après son père. Le lendemain, le Préfet de police de Paris ordonne son internement administratif. 
Le 6 décembre, il est conduit au « Centre de séjour surveillé » d’Aincourt. Lire dans le blog :  Le camp d’Aincourt.

Le CSS d'Aincourt (blog de Roger Colombier)
Le 24 décembre 1941, dans un courrier titré « Déportation de 500 communistes pour mise au travail vers l’Est », le commandement militaire de la zone A écrit que selon la Feldkommandantur de St Germain «  il y a au camp d’Aincourt 125 communistes nés entre 1911 et 1922 dont on peut disposer en application des mesures de représailles décidées par le commandement militaire en France le 14 décembre 1941. Ces détenus seront d’abord soumis à un court examen médical par le médecin du camp qui jugera s’ils sont aptes physiquement à travailler. Parmi les recrues, la Feldkommandantur de St Cloud en choisira immédiatement 110 et les enregistrera sur une liste (…) Les détenus ainsi enregistrés resteront dans le camp où ils se trouvent jusqu’à ce qu’on les appelle. A l’intérieur du camp, il faudra les isoler, de même que pendant l’enregistrement, il faudra éviter toutes mesures qui pourraient provoquer une agitation parmi les détenus du camp (...) » (Document CDJC IV 198).
Le Frontstalag 122
Le 9 mai 1942, à la demande des autorités d’Occupation, Maurice Poursain est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés venant d’Aincourt ou de Mantes.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Poursain est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ne connait pas avec certitude son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le n° 46007, peut-être Maurice Poursain
Le numéro «46007 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Le numéro matricule de ce déporté dont nous possédons la photo prise à l’immatriculation le 8 juillet, quoique plausible (ordre alphabétique et visage du déporté qui correspond à l’âge de Maurice Poursain), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. D'après un courriel de sa nièce, madame Catherine Poursain, cette photo d'immatriculation ressemblerait bien à une photo de son oncle, qu'elle va rechercher.
Après l’enregistrement, où il se déclare « glaubenslos » (athée), il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Poursain meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 961 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « glaubenslos » (athée).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp qui ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Maurice Poursain a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique » en 1954.
Un arrêté ministériel du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès. Il reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Son nom est honoré sur la plaque commémorative dans le hall de la mairie « Aux habitants de Saint-Mandé, Morts pour la France ». 
  • Note 1 : Georges Poursain, commerçant, puis directeur d’entrepôt aux Halles de Paris, était en 1929 secrétaire du Syndicat unitaire des travailleurs « des Halles et parties similaires ». Il fut candidat du Parti communiste à Saint-Mandé en 1929 et 1936. Arrêté quinze jours avant son fils, interné à Aincourt puis à Pithiviers jusqu’à la Libération. Il fut désigné par le Comité local de Libération comme vice-président. Il conserva son siège de conseiller municipal en mai 1945. Il fut réélu le 19 octobre 1947 et le 26 avril 1953 (in Le Maitron)
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1989 (André Montagne) et juillet 1992 (Claudine Cardon).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014, notice Clande Pennetier.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  ©
  • Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de Mme Catherine Poursain, avril 2015
Biographie mise à jour et installée en octobre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.


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