L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ADAM Marius, Baptiste


Marius Adam est né le 23 décembre 1898 à Paris 11ème (Seine) au domicile de sa mère, 22 passage de la Reuss. Il est le fils de Marie, Julie Couturier, 19 ans, blanchisseuse et d’Albert, Eugène Adam, journalier, son époux, qui l’a reconnu.
Marius Adam exerce le métier de serrurier. Il épouse Marcelle, Georgette Braun, à Paris 10ème, le 29 janvier 1916.
De la classe 1918 (premier bureau de recrutement de la seine, liste principale, matricule n° 4), il est mobilisé par anticipation le 16 mars 1917 (Loi du 1er décembre 1916).
Marius Adam épouse en deuxièmes noces Germaine, Yzaline Fouillat, le 3 février 1922 à la mairie de Paris 20ème (son épouse est née le 9 février 1901 à Saumur, Maine-et-Loire, elle est décédée le 25 décembre 1979). 
Le 28 av. de la Banque aujourd'hui
Le couple habite dans un quartier pavillonnaire de Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne), au 28 avenue de la Banque, au moment de l’arrestation de Marius Adam.
Ils ont une fille en 1925.
Germaine et Marius Adam sont des militants connus à Saint-Maur. Marius est membre du Parti communiste et secrétaire des Amis de l’Union soviétique à Saint-Maur et Germaine est secrétaire locale du Comité mondial des femmes.
Après la dissolution du Parti communiste, le commissaire de police de Saint-Maur-des-Fossés qui les suspecte d’activité communiste, ordonne le 26 décembre 1939 une perquisition à leur domicile. Selon ce commissaire de police : « Au cours de cette visite il n’a été trouvé que des brochures sans importance prouvant toutefois que Adam et sa femme étaient bien des communistes ». 
Peu après l’occupation allemande, Marius Adam est arrêté le 27 juin 1941 à cinq heures du matin à la demande du commissaire de Saint-Maur-des-Fossés, qui le suspecte de se livrer à de « la propagande communiste verbale dans son entourage et à son lieu de travail ». Les Renseignements généraux indiquent : « Avant son arrestation, il était inconnu de nos services ». 
Son arrestation s’inscrit en fait dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. 
Le Frontstalag 122
Et à partir du 27 juin, ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
Depuis ce camp, Marius Adam va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Adam est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» avec cinq autres saint-mauriens. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marius Adam est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45159 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Serrurier, Marius Adam est affecté au Kommando Schlosserei (serrurerie), à Auschwitz I. avec notamment Henri Gorgue, à Auschwitz I. Ils sont au Block 22.
Il entre le 29 octobre au Block 20 qui est réservé aux maladies infectieuses et à la tuberculose.
Marius Adam meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 12 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Mosaich » (confession israëlite, Juif).
Son nom est gravé sur la plaque commémorative sise dans le Hall de la Mairie « à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».
Un arrêté ministériel du 11 mai 1989 paru au Journal Officiel du 16 juin 1989 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Marius Adam est déclaré « Mort pour la France » le 22 mai 1946. Son acte de décès est enregistré en mairie le 8 juin 1946. Il est homologué « Déporté Politique ».
Son nom est gravé sur la plaque commémorative, dans le hall de la Mairie.
Plaque commémorative (Genweb)

A la Libération, la section communiste édite, comme elle le fait pour les autres déportés ou fusillés communistes de Saint-Maur, une carte avec son portrait « Marius Adam, mort à Auschwitz en 1942, membre du Parti Communiste Français ». 
Sur les sept déportés de Saint-Maur du convoi du 6 juillet 1942 (Marius Adam, Yves Dumont, André Faudry, Raymond Monnod, Gentil Potier, Roger Prévot, Maurice Poursain), seul André Faudry survivra. Georges Marin, qui vécut à Saint-Maur jusqu’à l’âge de 16 ans, sera lui aussi déporté dans le même convoi.
Le nom de Marius Adam a été donné à une cellule locale du PCF (in Fonds Thorez-Vermeersch, 1950).

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives en ligne de Paris.
  • Archives de la Préfecture de police (RG77W 43).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014, notice Daniel Grason.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb. Photo de Claude Richard, plaque du hall de la mairie.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en octobre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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