L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


METAIS Maurice, Léon


Matricule 45872 à Auschwitz

Ancienne avenue des Trèfles
Maurice Métais est né le 20 septembre 1892 à 9 heures du matin au lieu-dit Bétigny-Gaulard, dans le village de Saint-Agnan sur Erre (Orne). Il est le fils de Marie Andréline Levier, 41 ans, nourrice, et d’Auguste, Jacques Métais, 46 ans journalier, son époux. Il a plusieurs frères et sœurs (Henriette, André, Lazare…).
50 bis rue Maurice Métais
Il habite au 50 bis avenue des Trèfles à Sevran (Seine-et-Oise / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Maurice Métais a une formation de tourneur sur métaux au moment de son appel au service militaire le 8 octobre 1913 (il est de la classe 1912, centre de recrutement d’Alençon).
Sa fiche matricule militaire donne des informations anthropométriques : 1 m 57, cheveux châtains, "nez tordu à gauche", taches de rousseur sur le visage, visage long, front moyen. Il est affecté à la 24ème Division d’Infanterie au service du matériel, comme commis-ouvrier, matricule 1803, puis au 103ème Régiment d’Infanterie matricule 8471. La mobilisation générale de 1914 le trouve sous les drapeaux.
Extrait du registre matricule militaire de Maurice Métais
Il va être affecté successivement au 247ème RI, au 72ème RI, au 501ème RI, au 501ème Chars de combat (basé à Argentan). Engagé sur le Front, il est cité à l’ordre du Régiment pour bravoure le 14 juillet 1915. Lors de l’offensive de Champagne, il est blessé à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne) le 29 août 1915 « commotion cérébrale par éclatement d’obus de gros calibre ». Il est hospitalisé jusqu’au 19 janvier 1916. Revenue « aux armées », il est à nouveau blessé le 8 mars 1916 (fracture du péroné et contusion de la jambe droite) et hospitalisé jusqu’au 4 août 1916. Il retourne au Front jusqu’au 24 avril 1917. Blessé, il est hospitalisé jusqu’au 28 décembre 1917. Il retourne au Front le 29 décembre 1917. Il est n’est démobilisé que le 24 août 1919. Il aura passé 6 ans 10 mois et 22 jours à l’armée !
Le 27 septembre 1919 à Souancé-au-Perche, Maurice Métais épouse Blanche, Joséphine, Delphine Louis, domestique, née le 18 mars 1893 à Saint-Bomer (Eure-et-Loir). Le couple a une fille.
ls viennent habiter le 13 juin 1921 au 4 allée du Canal à Sevran, où il a trouvé un emploi comme tourneur sur métaux, à l'usine de fabrication de freins ferroviaires Westinghouse.
L'usine Westinghouse à Sevran
I
Le couple déménage le 25 septembre 1922 au 49 rue Lamoricière à Aulnay-sous-Bois.
Maurice Métais est versé dans la Réserve à la 4ème section des commis et ouvriers militaires en 1928. Cette affectation comme réserviste lui vaudra d’être « Affecté spécial » en 1939.
Le 26 août 1930, ils reviennent s’installer à Sevran, dans un petit pavillon mitoyen au 50 bis avenue des Trèfles, dans le quartier pavillonnaire des Trèfles, situé au sud de Sevran.
Militant communiste, Maurice Métais est syndicaliste, délégué CGT de son atelier. Il se présente aux élections municipales sur la liste du Parti communiste dirigée par Louis Fernet et est « élu conseiller municipal en novembre 1931 lors d’une élection partielle, annulée en 1932, réélu en 1935 » (Le Maitron).
Maurice Métais est « Affecté spécial » sur son lieu de travail, au titre de la Réserve, lors de la mobilisation générale de 1939. 
Février 40 : déchéance de 362
 nouveaux conseillers communistes
Maurice Métais est déchu de son mandat électif par le Conseil de Préfecture à la fin février 1940. Avec son camarade Georges Denancé, il est alors en contact clandestin avec Étienne Fajon par l’intermédiaire de l’ancien maire communiste Gaston Bussière (arrêté dans la nuit du 18 au 19 juin 1941, celui-ci est fusillé le 21 septembre 1942 au Mont Valérien). 
« L’usine Westinghouse et la Poudrerie Nationale sont des phares de la lutte contre les Nazis » (© Histoire et patrimoine de Sevran).
Suivant les directives de la direction clandestine du Parti, Maurice Métais participe avec le maire communiste Gaston Bussière et d’autres conseillers municipaux communistes déchus à une tentative d’occupation de la mairie le 24 juillet 1940. Des tracts de la section communiste clandestine sont diffusés (La Résistance en Seine-Saint-Denis).
Le 27 janvier 1941, Maurice Métais est dénoncé à la police par un habitant du quartier Freinville-Sevran comme étant un « distributeur de tracts ». Une enquête policière et une perquisition sont alors diligentées le 3 février par le commissariat central d’Aulnay-sous-Bois. Elles ne donnent aucun résultat.
L'Avant Garde n°31
Mais dans la nuit du 13 au 14 février 1941, une distribution de tracts des Jeunesses communistes a lieu à Sevran. Il s’agit de L’Avant-Garde n° 31 du 12 janvier 1941, intitulé « Le vieillard Pétain et sa clique livrent la jeunesse de France au pires aventuriers politiques, au ramassis de bandits doriotistes ». Dans le cadre de la politique de répression qui vise à faire pression sur les milieux et familles communistes en arrêtant des militants et élus connus, le commissaire de police de Livry-Gargan propose au Secrétaire général de la police d’État à Versailles le nom de Maurice Métais en vue de son « internement administratif » (1).
Maurice Métais est arrêté à 6 h 30 du matin à son domicile par des policiers français, le 10 mars 1941. Il est interné administrativement le 13 mars au « Centre de séjour surveillé » d’Aincourt. Lire dans le blog :  Le camp d’Aincourt.
Le 27 juin 1941 Maurice Métais est transféré - via l’hôtel Matignon - au camp allemand de Compiègne, le Frontstalag 122, au sein d’un groupe de 88 internés d’Aincourt (parmi eux cinq autres sevrannais, dont Georges Denancé et André Mortureux). Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec l'aval du préfet de Seine-et-Oise (Mémoire de maîtrise d’Emilie Bouin).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». Son épouse reçoit fin juillet 1942, comme toutes les autres familles du convoi « un paquet contenant ses effets personnels » (2).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Métais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Maurice Métais est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45872» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Si aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz ne nous donne pas d’indication concernant son affectation, Henri Peiffer, qui l’a connu à Compiègne, a témoigné que Maurice Métais était mort à Birkenau.
Maurice Métais meurt à Auschwitz le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 802) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec sa date et lieu de naissance, son numéro matricule à Auschwitz et sa date de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Maurice Métais a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ». Un arrêté ministériel du 3 juillet 1995 paru au Journal Officiel du 18 août 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès et reprend - avec un jour de décalage - la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Plaque sur la façade de la mairie de Sevran
Après-guerre le conseil municipal décide d’honorer les résistants sevrannais fusillés ou morts en déportation. L’avenue des Trèfles, où il habitait à Sevran, est rebaptisée le dimanche 24 août 1947, avenue Maurice Métais, et la rue de Bourgogne où habitait son camarade Georges Denancé portera le nom de celui-ci.
« Les communistes de Sevran ont payé un lourd tribut. De nombreux camarades ont été emprisonnés. La plupart des élus communistes ont été envoyés aux camps de la mort et ne sont jamais revenus, comme Jean Cayet, Gaston Lévy, Georges Denancé, Maurice Métais, André Mortureux, André Rousseau et Charles Véron. Lucien Gelot, 17 ans, engagé dans les FFI, suivit le Colonel Fabien et tomba en Alsace. Bruno Banker, 20 ans, poursuivant les Allemands avec un groupe de FTP, est tombé tout proche du pont du canal. Lucien Sportisse, instituteur à Sevran, est tombé au maquis dans la région de Lyon. Jean Hemmen, l’oncle de Denise Albert et de Paulette Descoins, officier de la brigade internationale en Espagne, fusillé …» Interview pour les 30 ans de la libération de Sevran de Louis Le Maner, Suzanne Bussière et Lucien Geneux (par Michel Prin « La Renaissance », juillet 1974)In © Blog de Clémentine Autain.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : on ne peut en effet tenir pour exacte cette partie de la note biographique que la mairie de Sevran m’a envoyée en 1991 "sa famille reçoit d'Allemagne un paquet contenant ses effets personnels". En effet, quelques jours avant le départ, la direction du camp de Compiègne a recommandé aux internés désignés pour le convoi du 6 juillet de ne garder avec eux que leurs effets personnels et de préparer leurs valises qui seraient envoyées à leurs familles.
Sources
  • Correspondance avec la Mairie de Sevran, 11 décembre 1991. 
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 36, page 289. CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014, notice Nadia Ténine-Michel.
  • Liste des 88 internés d’Aincourt (tous de l’ancien département de Seine-et-Oise) remis le 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation. Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd. page 441.
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 201.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste N°3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Google Street view
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Plaque mairie. © Pierre Cardon
  • Registres matricules militaires de l'Orne.
Biographie mise à jour en juillet 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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