L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEFEVRE Henri, Victor


Matricule 45763 à Auschwitz

Henri Lefèvre est né le 16 janvier 1918 à Saint-Ouen (Seine-Seine-St-Denis).
le 28 rue E.Renan
Au moment de son arrestation, il habite au 28 rue Ernest Renan dans cette ville.
Il est marié. Henri Lefèvre est ajusteur (DAVCC (1) ou chaudronnier aux ateliers Alsthom de Saint-Ouen (Société générale de constructions électriques et mécaniques Alsthom Saint-Ouen). Il est membre du Parti communiste.  De la classe 1938, il est mobilisé à la déclaration de guerre.
Pendant la « drôle de guerre » et pendant l’automne 1940 des militants communistes d’Alsthom diffusent les tracts et journaux du Parti clandestin, sabotent du matériel. Plusieurs militants communistes de l’usine sont arrêtés (1). Fin octobre 1940, les services de police notent une recrudescence de la propagande communiste et perquisitionnent aux domiciles des communistes connus.
Henri Lefèvre est arrêté en décembre 1940, comme Pierre Bernard (chaudronnier chez Alsthom), à la suite d’une dénonciation pour « distribution de tracts communistes ». Ecroués à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de jugement, ils obtiennent un non-lieu à la suite de la rétractation de leur accusateur. Le nom d’Henri Lefèvre est cité dans le livre « mémoires d'usine, mémoires d'avenir. Alsthom savoisienne, usine de Saint-Ouen-électricité ». Selon Louis Héracle « Louis Marangé, des presses de découpage des tôles, Pierre Bernard, Lefèvre un apprenti, ont été arrêtés avant moi, fin 1940 à l’Alsthom, dans le bureau du personnel, par les brigades spéciales de la police française. Ces deux derniers sont morts en déportation » (Monique Houssin, op. cité p.191).  
Henri Lefèvre est arrêté une deuxième fois le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Le camp de Compiègne
Il est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, Henri Lefèvre va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Lefèvre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Henri Lefèvre est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet, il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Henri Lefèvre meurt à Auschwitz le 9 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1540). Un arrêté ministériel du 1er mars 1994 paru au Journal Officiel du 9 avril 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Henri Lefèvre est homologué « Déporté politique ».

La stèle dans le square des 45000 et 31000
À Saint-Ouen, son nom est gravé sur le Monument de la Résistance et de la Déportation du cimetière communal, et sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau », inaugurée le 24 avril 2005 dans le Square des « 45.000 » et des « 31.000 » (le convoi du 24 janvier 1943).
  • Note 1 : Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Note 2 : Une trentaine d’ouvriers, cadres et ingénieurs d’Alsthom Saint-Ouen sont déclarés « Morts pour la France » à la Libération. Parmi eux, André Sigonney  fusillé au Mont Valérien le 26 août 1941, Ottino, Baillet, Letarget, Luleau sont fusillés. Plusieurs meurent en déportation, comme Pierre Bernard déporté à Auschswitz dans le même convoi qu’Henri Lefèvre, Louis Héracle déporté à Buchenwald, rescapé.
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle recopiée en février 1992 par Fernand Devaux.
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, p 190.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd, p. 439.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en juillet 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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