L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BARBIER, Edmond, Marius


Marius Barbier est né à « 1 heure du soir » à Verzenay (Marne), le 20 novembre 1900. Il est le fils d’Eugénie Bouvier, 36 ans, vigneronne et d’Eugène, Edmond Barbier, 37 ans, vigneron, son époux. Ses parents habitent rue du Paradis dans cette petite commune non loin d’Epernay.
Edmond Barbier utilise Marius comme prénom.
94/92 rue des Rosiers
Il habite au 92-94, avenue des Rosiers à Saint-Ouen (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Militant communiste, il s’engage dans les Brigades internationales (1936-1938) pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue par Hitler et Mussolini. 
Brigadistes et insigne des BI
Voir dans le blog la Liste des "45000" ayant combattu en Espagne (1936-1938).
À son retour d’Espagne, il est embauché comme employé de bureau à la mairie de Bobigny à compter du 2 mars 1939. Il est connu des services de police, comme tous les anciens brigadistes.
Dans la France occupée, devant la recrudescence de la propagande communiste,  le gouvernement de Pétain fait opérer dès le mois d’octobre 1940 par la Police française de nombreuses arrestations à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne.
Le 3 janvier 1941 le Préfet de police de Paris ordonne l’arrestation et l’internement administratif (1) de Marius Barbier en application de la loi du 3 septembre 1940. 
fiche des RG à Rouillé
Les termes de celle-ci, qui donnent pouvoir aux Préfets de décider de l’éloignement et, en cas de nécessité, de l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique », correspondent parfaitement à la note des Renseignements généraux concernant Marius Barbier : « Meneur communiste très actif. Ancien combattant dans les Brigades Internationales en Espagne. Très dangereux ».
Le camp d'Aincourt
Le 17 janvier 1941, Marius Barbier est transféré au « Centre de séjour surveillé » d’Aincourt avec un groupe de vingt-trois autres militants communistes (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt). Il est affecté à la chambre 46.
A l’été 1941, le camp d’Aincourt est largement saturé et l’administration centrale qui craint des coups de mains communistes pour libérer le camp a étudié divers projets - dont celui d’un transfert en Afrique du Nord - pour retenir les transferts vers des prisons (Gaillon, Fontevrault, Clairvaux) ou camps plus éloignés de la région parisienne (Rouillé, Voves).
Le 6 septembre 1941, Marius Barbier est transféré avec 148 autres internés d’Aincourt au CIA de Rouillé (3) pour l’ouverture du camp.
Le camp de Rouillé 
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant du camp d’Aincourt arrivés à Rouillé le 6 septembre 1941. La réponse du 1er bureau des Renseignements généraux (circulaire n°13.571.D) lui arrive le 30 octobre (doc C-331.24). Pour Marius Barbier on lit, comme à Aincourt, avec ses dates et lieu de naissance, adresse et date d’arrestation, comme cause de l’arrestation « Meneur communiste très actif. Ancien combattant dans les Brigades Internationales en Espagne. Très dangereux ».
Le 9 février 1942, Marius Barbier fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés dans deux wagons à bestiaux au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui. D’après sa fiche au DAVCC, il y aurait été immatriculé sous le matricule 5499.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Barbier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le numéro «45197 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Le numéro matricule de ce déporté dont nous possédons la photo prise lors de l’immatriculation le 8 juillet, quoique plausible (ordre alphabétique et visage du déporté qui correspond à l’âge de Marius Barbier), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille, ami ou camarade, de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, Marius Barbier passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marius Barbier meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 52 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « glaubenslos » (athée). La date portée sur son état civil (le 15 décembre 1942) est fictive et correspond à la fixation dans les années d'après-guerre par l’état civil du Ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre de dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Un arrêté ministériel du 7 mai 1987 paru au Journal Officiel du 30 juin 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et reprend la date fictive du 15 15 décembre 1942 à Auschwitz. Il serait logique que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau) et sur le site internet du Musée d’Auschwitz, qui apporte la preuve de son décès à Auschwitz ! Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
St Ouen Square des 45000 et des 31000
À Saint-Ouen, son nom est gravé sur le Monument de la Résistance et de la Déportation du cimetière communal et sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau », inaugurée le 24 avril 2005 dans le Square des « 45.000 » et des « 31.000 » (le convoi du 24 janvier 1943).
 Bobigny, plaque en Mairie
A Bobigny, une plaque apposée dans le hall de l’hôtel de ville par la section syndicale CGT honore son nom et celui d’un autre employé communal, Henri Nozières tous deux morts à Auschwitz.
Marius Barbier a été déclaré « Mort pour la France » le 12 juin 1946 et homologué comme « Déporté politique ».
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le 23 décembre 1941 le Préfet de police opère une rafle avec perquisitions et arrestations « chez les membres des Brigades Internationales » fichés par les RG.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Archives en ligne de la Marne. Etat civil de Verzenay.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche microfilmée consultée en décembre 19923.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014, notice Daniel Grason.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne (109W75).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en juillet 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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