L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HOUDARD Roger, Louis


Roger Houdard le 8 juillet 1942
Matricule « 45668 » à Auschwitz

Roger Houdard est né le 17 janvier 1911 à Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines).
Il est le fils d’Hélène Villars et de Georges Houdard son époux.
Au moment de son arrestation il habite au 148 rue d'Avron à Paris (20ème), un petit immeuble de 12 logements dans le quartier Charonne.
Il est titulaire du Certificat d’études primaires. Roger Houdard a épousé Lucienne Gagnery. Le couple a un enfant.
Roger Houdard est manœuvre spécialisé « au salaire horaire de 8 francs 50 ». Il est appelé au service militaire en 1930 (matricule n° 1998).
Il adhère au Parti communiste français en 1936, et en reste membre, à la cellule « Hachette » des messageries rue Réaumur, jusqu’à la dissolution des organisations communistes en septembre 1939.
Roger Houdard est mobilisé en 1939. Il effectue un service armé et obtient une citation à l’ordre de son régiment.
En septembre 1940, il rencontre son ancien camarade Pierre Bertolino qui a été contacté par Raymond Luauté (1) et ils décident de participer à l’action clandestine du Parti communiste dans le 20ème
Roger Houdard assiste à plusieurs réunions tenues le dimanche matin au domicile d’un autre militant, Victor Buyse, au 109 rue des Grands Champs, avec Roger Houdard, Raymond Luauté, Gaymard, Robert Vonet beau-frère de Pierre Bertolino, René Faure et Paul Clément. Avec ces trois derniers camarades, il aurait distribué des tracts sur le marché de Montreuil (RG).  Il distribue des tracts sous les portes, tracts qui lui sont remis par paquets de cent par Victor Buyse et il colle également des papillons gommés. Le matériel de propagande découvert chez lui par la Brigade Spéciale montre le degré de son engagement.
PV de saisie manuscrit
Roger Houdard est arrêté le 18 janvier 1941 à 6 h 30 pour activité communiste (« dans le cadre de l’affaire Luauté »), par les inspecteurs « He… » et « Be… » de la Brigade spéciale : lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
En effet, lors des filatures suivies de perquisitions domiciliaires et de l’arrestation la veille de six militant(e)s communistes soupçonnés d’animer la propagande communiste clandestine dans le 20ème, les inspecteurs de la BS ont trouvé une liste de noms au domicile de Raymond Luauté. Ils sont dès lors certains que Roger Houdard a fréquenté les réunions clandestines qui se tenaient au domicile de Victor Buyse et « ancien membre du parti communiste, il était inscrit à la cellule Hachette, et se livrait depuis un certain temps au transport de tracts clandestins en vue de leur distribution dans le 20èmearrondissement ».
L'Humanité du 14 décembre 1940
Lors de la perquisition à son domicile, les inspecteurs de la BS trouvent un nombre important de tracts et brochures clandestines du Parti communiste clandestin. Ils sont répertoriés comme suit par les inspecteurs de la BS : « 11 exemplaires imprimés d’un tract intitulé « La Tribune des cheminots » (décembre 1940, 38 exemplaires imprimés du tract « L’Humanité, n° spécial décembre 1940 », 18 exemplaires ronéotés « lettre à un camarade emprisonné », 7 exemplaires ronéotypés « La Vie Ouvrière » fin décembre 1940, 10 exemplaires ronéotés « L’éveil du 20ème », 38 affichettes « A bas le gouvernement des ploutocrates Pétain-Laval », 6 brochures ronéotypées « recommandations et directives aux militants », 6 brochures ronéotypées « quelques conseils aux diffuseurs », 2 brochures imprimées « La doctrine communiste de Marx, Engels, Lénine, Staline » cours n° 1 et 2. »
Extrait du PV d'interrogatoire de Roger Houdard
Au cours de ses interrogatoires, Roger Houdard qui ne cite que des prénoms (« Gaston », « René ») qui ne sont pas ceux de ses camarades (Pierre et Paul), en réponse aux demandes d’identification des inspecteurs, cherche également à disculper sa femme de toute complicité en déclarant « elle n’admettait pas de me voir effectuer ce travail de propagande ».
Roger Houdard est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit au Dépôt à la disposition du procureur le 21 janvier. Il est écroué à Fresnes le 19 avril 1941. Le 31 mars il est condamné à un an de prison par la 13ème chambre correctionnelle de Paris, peine qu’il effectue à Fresnes. Il fait appel de sa condamnation, mais celle-ci est confirmée par la cour d’appel le 3 juin.
A sa levée d’écrou, Roger Houdard est maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris et est interné au CSS de Rouillé (2), en application de la Loi du 3 septembre 1940, sur décision du préfet de police de Paris, François Bard.
Camp de Rouillé © VRID
Roger Houdard est transféré au camp de Rouillé le 10 novembre 1941 avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Roger Pélissou, rescapé du convoi, se souvient bien de lui : « un garçon assez grand, pas gros, brun, avec les tempes assez dégarnies, nez courbé et qui à Rouillé distrayait nos compagnons sous le déguisement de « Méphisto ».
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Roger Houdard (n° 100 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Houdard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculé 45668 à Auschwitz
Roger Houdard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45668». Sa photo d’immatriculation a été identifiée le 30 avril 1948 par des rescapés et Mme Bertolino. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Il se déclare « Landwirt » (agriculteur), sans doute en espérant être affecté dans les champs.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Roger Houdard meurt à Auschwitz le 21 août 1942 selon la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau et d’après le certificat de décès (orthographié Hondard) établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 463, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).  
Un arrêté ministériel du 4 novembre 1992 paru au Journal Officiel du 24 décembre 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Roger Houdard porte une date erronée : « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Hommage à Raymond Luauté (Wikipédia)
Lors de l’inauguration, dans les années cinquante, de la plaque en l’honneur de Raymond Luauté par Jacques Duclos au 86 rue de Bagnolet, le dirigeant communiste rend hommage à ses camarades du 20ème, fusillés (comme Robert  Vonet, évadé de Rouillé, repris et fusillé le 26 janvier 1944), ou déportés comme Roger Houdard.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Béton-Bazoches en Seine-et-Marne.
  • Note 1 : Raymond Luauté, ouvrier typographe, adhère au PC en 1931. Il suit l’école internationale Léniniste pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, collaborateur du Comité central et proche de Jacques Duclos. Il sera condamné à 18 mois de prison après son arrestation le 17 janvier 1941. Déporté à Sachsenhausen, il meurt à Oranienbourg en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbal de l’interrogatoire de Paul Clément, pièces perquisition.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N° 20).
  • Madame Bertolino, âgée de 87 ans, qui l’avait connu dans le 20ème, a identifié sa photo à Auschwitz.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté par Mme Diatta. Juillet 2000).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en 2012 (installée en mai 2014) à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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