L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BATTESTI Jean, Paul


Jean, Paul Battesti est né le 11 janvier 1909 à Sari d'Orcino (Corse du sud).
Il est le fils de Xavière Leca, 28 ans, ménagère et de Jules Battesti, 40 ans, propriétaire, son époux.
Paul Battesti enfant
Identification incertaine
Jean Battesti est domicilié au 7 rue Crétet à Paris 9ème arrondissement au moment de son arrestation (son épouse habitera au 65 rue des Pyrénées à Paris 20ème après celle-ci),
Il est barman ou navigateur (selon son acte de mariage). Il mesure 1 m 68.
En 1939, il habite Marseille au 2 rue du Musée (quartier Noailles, 1er arrondissement).
Jean Battesti se marie le 11 janvier 1939 à Marseille avec Juliette, Victoria, Andrée Pelloux, fille de salle, âgée de 22 ans. Il est père d’un enfant.
Jean Battesti est arrêté le 8 février 1941 par les autorités allemandes pour une affaire d’émission de fausse monnaie allemande ayant cours en France. Le 10 février, il est enfermé au quartier allemand de la Santé (n° 37.515).
Jean Battesti est transféré le 18 mars 1941 avec 16 autres détenus du quartier allemand de la Santé à la Maison centrale de Fontevrault (Maine-et-Loire), considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. 
Les "cages à poules", cellules de Fontevrault
Quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande. Le 10 novembre 1941,  il est transféré via Paris au camp de  Rouillé, dans la Vienne, d'où il s'évade.
Le 25 novembre 1941, Jean Battesti est ramené à la Santé et mis à disposition du procureur de la République, en attente de jugement. Il est condamné le 27 novembre à 3 mois d'emprisonnement par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine pour « évasion » du camp de « Rouillet » (Rouillé) où il avait été « assigné à résidence » en tant qu' « indésirable ». 
Son transfert pour la prison de Fresnes est ordonné le 2 décembre 1941. Il a lieu le 15 décembre. Sa peine exécutée, il est ramené le 27 février 1942 au Dépôt de la Préfecture de police de Paris, pour être placé au Centre de séjour surveillé de la caserne  des Tourelles, 141 boulevard Mortier, Paris 20ème.
Il fait alors partie des « indésirables » (1) de la caserne des Tourelles. Jean Pollo, rescapé du convoi, dira qu’il le connaît depuis le camp des Tourelles, où il y est ami avec Jean-Antoine Corticciato, dit « Napoléon ».  
Le 5 mai 1942 Jean Battesti est extrait du Dépôt de la Préfecture avec treize autres internés administratifs de la Police judiciaire (dont ses amis Jean Antoine Corticchiato et Jean Pollo), classés comme « indésirables » (3), pour être conduit avec 21 communistes à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages.
Il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 5 mai 1942, après avoir été remis aux autorités allemandes comme "otage asocial".
Tous ces « indésirables » (1) des Tourelles seront  déportés dans le même convoi du 6 juillet 1942.
Au début de juillet, Jean Battesti écrit à son frère Dominique depuis le camp de Royallieu. Il est déporté dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Il est déporté comme otage « asocial ».
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à cette déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «46206 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Son camarade Jean Pollo, rescapé, témoignera qu’il s’est bien comporté à Auschwitz.
Jean Battesti meurt à Auschwitz le 24 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 58 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Sur sa fiche au BAVCC on trouve mention d’une date de décès le 5 mars 1945 à Ramgarten, mais aucun document officiel n’atteste sa présence dans un des KL à cette époque et  le témoignage de Jean Pollo est formel. Il est bien mort à Auschwitz. De plus le camp de Rosen Garten est un camp de travail et non de concentration
Son épouse a fait en 1945 des demandes d’homologation comme « Déporté politique » et « Mort pour la France », qui ont lui été refusées après enquête administrative. 
  • Note 1 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « Droits communs ». 
  • Note 2 : les 34 des Tourelles transférés à Compiègne le 5 mai : Alessandri, Battesti Jean, Becet, Brioudes, Brun, Cazorla, Chvelitski, Claus, Corticchiato Jean-Antoine, Delaume, Delville, Dupressoir, Fontès, Garré, Germa, Gorgue, Guerrier, Hanlet, Jeusset, Lavoir, Legrand, Monjault, Moyen, Nozières, Piazzalunga, Pollo Jean, Porte Jean, Remy, Quadri, Rouyer, Salamite, Schaefer, Steff, Trébatius.
Sources
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Documents recueillis en 2015 à la © Préfecture de police de Paris, par M. Paul Filippi, journaliste à FR3 Corse, dans le cadre de la préparation d'un film sur les "45.000" originaires de Corse. Photos de famille, document Arolsen.
Biographie mise à jour en mars 2016 à partir des documents rassemblés par M. Paul Filippi et de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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