L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VARENNE Paul


Matricule 46180 à Auschwitz

Paul Varenne est né le 16 octobre 1918 à Paris 13ème. Il habite au 11 rue Perrusset à Bobigny (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il est célibataire, manœuvre. 
Le 5 février 1940, Paul Varenne est arrêté « lors d'une distribution de tracts » (brochure de Bobigny éditée pour le « 40ème anniversaire des camps de la mort ». Inculpé par le commissaire de Noisy-le-Sec d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est mis à la disposition du procureur. Le 7 décembre, il est condamné à une lourde peine d’emprisonnement par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Ayant fait appel de la sentence, il est condamné à six mois de prison par la cour d’appel le 27 janvier 1941, couverts par sa détention préventive. Il est remis en liberté.
Paul Varenne est à nouveau arrêté à Bobigny le 28 avril 1942 par la police française, en même temps qu'Emile Larosière. Ce 28 avril 1942 en effet, une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés d’activité clandestine par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux autres soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Paul Varenne est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Varenne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Paul Varenne est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46180» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Paul Varenne meurt à Auschwitz le 28 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 787 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Une salle municipale de Bobigny porte ses noms et prénoms : salle Paul Varenne (1).
Son nom et celui de 18 résistants Balbyniens (dont Pierre Cambouliu, Henri Nozières et Emile Larosiere) est gravé sur une plaque « Hommage aux héros de la Résistance » apposée en Mairie au-dessous de la plaque en mémoire de deux anciens employés municipaux déportés à Auschwitz dans le même que lui (Marius Barbier, de Saint-Ouen, et Henri Nozières).
  • Note 1 : On trouve dans l’ouvrage de Monique Houssin Résistants et résistantes en Seine-Saint-Denis, l’indication d’une salle « Georges Varenne » située dans le complexe E. Vaillant à Bobigny. Indication reprise sur plusieurs sites internet. Il s’agit d’une confusion avec la salle « Paul Varenne ». Georges Varenne, instituteur communiste de l’Yonne, lui aussi déporté dans le convoi du 6 juillet 1942 ne semble avoir aucun lien de parenté avec le jeune militant communiste balbynien.
Sources
  • Communication de M. Claude Antony, Maire-adjoint de Bobigny (2 novembre 1989).
  • Brochure « 40ème anniversaire des camps de la mort » in « Bonjour Bobigny » d’avril 1985. 
  • Archives communales, 11 sept 1990.
  • Archives départementales de Paris : jugements du tribunal correctionnel de la Seine.
  • © Gilbert.joubert.pdf‎. service des ressources historiques de l’Hôtel de ville de Bobigny et © Gilbert Joubert, Pdf Cercle d’Etudes et de Recherches Historiques de Bobigny Balbiniacum CERHBB (plaque).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Avis de décès (1992).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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