L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PRUNIER Robert, Victor


Robert Prunier le 8 juillet 1942
Matricule « 46024 » à Auschwitz

Robert Prunier est né le 14 novembre 1920 à Paris 5ème. Il est le fils de Françoise Courteix et de Victor Prunier son époux.
Robert Prunier est célibataire. Au moment de son arrestation, il habite au 47 rue Bronzac à l’Haÿ-les-Roses (Seine / Val-de-Marne) chez sa mère adoptive (tutrice), Mme Anna Chastagnol.  
Il travaille comme tanneur dans une des tanneries du Val de Bièvre.
Robert Prunier est membre des Jeunesses communistes, selon le témoignage de Raymond Baudin, ancien maire communiste de l’Haÿ-les-Roses, déporté à Buchenwald, réélu maire à la Libération (témoignage du 20 mai 1946).
Le 3 décembre 1940 Robert Prunier est arrêté par la police française pour « activité communiste » (distribution de tracts) sur la commune de Gentilly, vraisemblablement  avec un groupe d’autres Jeunes communistes d’Arcueil, Cachan et l’Häy-les-Roses (Henri Bockel, Roger Jardin (1), Lucien Girard et le voisin de Robert Prunier, Jean Paupy qui habite au 43 de la même rue). Sa fiche au BAVCC mentionne qu’il est arrêté « sur délation ».
Robert Prunier est inculpé, avec ses camarades, d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Robert Prunier est conduit le 3 décembre au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé, mis à la disposition du Procureur.
Le 25 janvier 1941, la chambre des mineurs du tribunal correctionnel de la Seine (la 15ème chambre) condamne Robert Prunier à dix mois d’emprisonnement avec sursis, comme ses camarades. 
Il est transféré au dépôt de la Préfecture de la Seine le 26 janvier 1941, puis il est transféré à la Maison centrale de Clairvaux le 27 février 1941, via la gare de l’Est.
A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés au camp par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux. Il y côtoie Emile Bouchacourt  et  Robert Lambotte qui vient de passer deux mois en cellule à Clairvaux.

Fiches de Robert Prunier et Jean Paupy à Gaillon 

Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). 
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Les RG mentionnent pour Robert Prunier, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 4 décembre 1940 pour distribution de tracts et tentative de reconstitution de cellule, et condamné par la 15ème chambre à 10 mois de prison avec sursis ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 25 septembre 1941, Robert Prunier est transféré avec 36 autres détenus de Clairvaux au camp français de Gaillon (2) où il est interné administrativement (dossier 45.496). Il est au 2ème étage du bâtiment F, chambre 6, lit 76. Il s’y retrouve avec Emile Bouchacourt  et  Robert Lambotte et Jean Paupy.
Le 2 mai 1942, Robert Prunier est à nouveau transféré, avec 61 autres internés de Gaillon, au Camp de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir), ouvert le 5 janvier 1942.
Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres « Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande ».
­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942 (3), lorsque des gendarmes viennent chercher Robert Prunier et les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise, comme ils l’ont fait pour leurs camarades partis le 10 mai. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Robert Prunier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Robert Prunier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46024» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée et reconnue (notes 4 et 5) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Robert Prunier passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au « 15 octobre 1942 » sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation.
Emile Bouchacourt  et  Robert Lambotte qui l’ont côtoyé à Gaillon et Voves, certifient de sa mort à Auschwitz dans les premiers mois de leur déportation (en octobre certifie Robert Lambotte le 19 octobre 1945). Raymond Boudou de l’Haÿ-les-Roses a lui aussi témoigné de sa mort « en 1942 » à Auschwitz (octobre 1945).
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur ses actes et jugements déclaratifs de décès et reprend la date fictive du 15 octobre 1942 à Auschwitz.
Robert Prunier a été déclaré « Mort pour la France » le 30 janvier 1948 et homologué comme « Déporté politique » à la suite des démarches entreprises par sa tutrice.
  • Note 1 : Roger Jardin est né le 30 avril 1923 à Paris 6ème. Il habite chez sa mère au 37 sentier des Frettes, à L’Haÿ-les-Roses. Jeune communiste arrêté en même temps que Jean Paupy et Robert Prunier, il est déporté le 6 avril 1944 depuis Compiègne au camp de Mauthausen (matricule n° 62584). Affecté au Kommando de Gusen, il est conduit le 4 janvier 1945 au château d’Hartheim près de Linz, centre d’extermination par le gaz (in Livre-Mémorial de la FMD).
  • Note 2 : Caserne au début du 20ème siècle, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en Centre de séjour surveillé, après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939. De septembre 1940 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des politiques, essentiellement des communistes (130 hommes et 129 femmes), quelques gaullistes, 8 juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite.
  • Note 3 : Les 10 et 20 mai 1942, 109 internés de Voves sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp de Compiègne. 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi dit des 45000 du 6 juillet 1942.
  • Note 4 : Lors de la séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Archives de Caen du ministère de la Défense (dossier individuel). 
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Extraits du mémoire de Maitrise d’Hervé Bertonchini «Le camp d’internement administratif de Gaillon», Université de Rouen, 1993.
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA 2374
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Site Internet Legifrance.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • © Le CCS de Voves. Archives départementales d’Eure et Loir.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en avril 2014 et juin 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: