L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NOZIERES Henri


Depuis le 19 avril 1945
Henri Nozières est né le 2 août 1904 à Paris (10ème).
Il habite au 6 rue du Parc prolongée à Bobigny (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation. Cette rue, anciennement rue Louise Michel avait été débaptisée (1) pendant la guerre. A la Libération, par délibération du conseil municipal elle reprend son ancien nom le 11 octobre 1944.
Marié, Henri Nozières est père d’un enfant, Daniel, qui nait le 25 mars 1933.
Henri Nozières est cantonnier, employé communal, militant syndicaliste.
Détenus communistes aux Tourelles (montage P. Cardon)

La Caserne des Tourelles
Il est arrêté dans cette ville le 19 juillet 1941 et interné administrativement (2) à la caserne des Tourelles (3).
Le 5 mai 1942 Henri Nozières est extrait du Dépôt de la Préfecture avec d’autres internés administratifs de la police judiciaire, classés comme « indésirables » (4), pour être conduit à la gare du Nord. Les internés sont mis à la disposition des autorités allemandes et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
Depuis ce camp, Henri Nozières va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Henri Nozières est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".

Immatriculation le 8 juillet 1942. Matricule incertain
Le numéro «45932 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, Henri Nozières passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Henri Nozières meurt à Auschwitz le 20 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 874 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Plaque en Mairie
Un arrêté ministériel du 9 juillet 1995 paru au Journal Officiel du 18 août 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs. Il corrige le précédent arrêté qui indiquait le 6 juillet 1942 et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Le nom d’Henri Nozières a été donné à l’ancienne rue des Platières par le conseil municipal le 19 avril 1945.
Une plaque, apposée en Mairie à l’initiative de la section CGT du personnel, honore son nom et celui de Marius Barbier, qui à son retour des Brigades internationales en Espagne républicaine, travaillait lui aussi comme employé à la mairie de Bobigny à compter du 2 mars 1939 et qui fut déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Son nom et celui de 18 noms de résistants Balbyniens est gravé sur une plaque « Hommage aux héros de la Résistance » apposée en Mairie au-dessous de la précédente.
  • Note 1 : La rue Louise Michel a été débaptisée par la Délégation spéciale de Bobigny nommée par le Conseil de Préfecture, répondant ainsi avec zèle aux circulaires du Préfet de la Seine adressées aux présidents des délégations spéciales les 17 novembre 1939, 18 janvier et 28 mai 40 et 14 novembre 1940 qui recommandaient « qu’aucune appellation de voie ou d’édifice publics n’évoque plus ni les idées, ni les hommes, ni les faits de la 3ème Internationale ». Le 17 décembre 1940, le Président de la Délégation spéciale de Bobigny « confirme qu’il n’existe plus dans la commune de dénominations rappelant la 3ème Internationale communiste ». Il s’agit de l’ex-maire, Jean-Marie Clamamus, nommé le 29 août 1941. En septembre 1939 il avait quitté le Parti communiste (rupture rendue publique le 12 octobre) puis avait accepté de collaborer avec le régime de Vichy. Il se rallié au Parti ouvrier et paysan français créé par Marcel Gitton.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Ce Centre de séjour surveillé fonctionne en 1941 dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris.
  • Note 4 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « droits communs ». La plupart des "droits communs" déportés dans le convoi du 6 juillet sont apparentés ou proches des milieux communistes
Sources
  • Communication avec M. Claude Antony Maire-adjoint de Bobigny (2 novembre 1989).
  • Brochure « 40ème anniversaire des camps de la mort » in « Bonjour Bobigny » d’avril 1985. 
  • Archives communales, 11 sept 1990.
  • © Gilbert Joubert, Pdf Cercle d’Etudes et de Recherches Historiques de Bobigny Balbiniacum CERHBB (rues et plaques).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, Carnet B, BA 1774.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Témoignage de Fernand Devaux.
  • Avis de décès (1992).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Caserne des Tourelles in © prisons-cherche-midi-mauzac
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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