L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GATEAU Henri, Gustave


Henri Gateau le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule 45573 à Auschwitz

Henri Gateau est né le 22 septembre 1896 à Paris 20ème au domicile de ses parents 72 boulevard de Charonne. Il est le fils de Françoise, Louise Burckel, 32 ans, journalière et de Paulin, Edouard Gateau, 30 ans, journalier, son époux.
Au moment de son arrestation, il habite 7 Cité jardins à Drancy (1).
Henri Gâteau est mobilisé le 8 avril 1915. Cité à l’ordre du régiment, il obtient la Croix de guerre. Il est libéré peu après l’armistice (4 ans et 7 mois).
Le 23 février 1924 à Saint-Georges-de-Poisieux (Cher), il épouse Germaine Martinet, née le 20 novembre 1911.
Le 6 juin 1925, Henri Gateau est embauché à la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. Il est « chef de trains » à la gare du Bourget triage pour la région Nord, avec Albert Beugnet et Gabriel Lamblin.
Ils sont militants syndicaux et membres du Parti communiste.
Veuf de Germaine Martinet, Henri Gateau épouse Madeleine, Rose, Louat (2). Le couple a une fille, Marcelle, qui nait en 1934.
Le 5 octobre 1940, Henri Gateau est arrêté avec Albert Beugnet et Gabriel Lamblin (eux-aussi chefs de trains à Drancy) et le même jour que Jules Crapier (3), par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.

Mention des RG : Propagandiste actif parmi les cheminots 
Sur la liste « des militants communistes concentrés le 5 octobre 1940» envoyée par les Renseignements généraux au directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Henri Gateau on lit : « 54 ans. Employé à la SNCF. Propagandiste actif parmi les cheminots ». Le commissaire Andrey, directeur du camp écrit le 25 février 1941 à la rubrique « avis sur l’éventualité d’une mesure de libération » qui figure dans le formulaire de « révision trimestrielle du dossier » qu’Henri Gateau s’il a « bon esprit » mais « est resté communiste, dont l’internement n’a pas modifié les opinions ».
Le 9 mai 1942, à la demande des autorités d’occupation, Henri Gateau est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés venant d’Aincourt ou Mantes.
Depuis ce camp de Compiègne, Henri Gateau va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Gateau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Immatriculation, 8 juillet 1942
Henri Gateau est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45573» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (4) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Henri Gateau restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Henri Gateau meurt à Auschwitz-Birkenau le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 336 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 9 septembre 1992 , paru au Journal Officiel du 8 novembre 1992, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 31 janvier 1945 à Birkenau (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Rue Gateau-Lamblin
Henri Gateau est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». La carte est adressée à sa fille, Mme Marcelle Fontana, domiciliée à Marseille. 

Délibération du conseil municipal
La section de Drancy de la FNDIRP, par une lettre de son président H. Hardy s’adresse au Maire « La section Drancy de la FNDIRP serait désireuse que votre municipalité donne le nom de « Gateau - Lamblin » à la rue qui, actuellement se nomme rue des Castors Prolongée. Afin de donner toute la valeur et la reconnaissance que Drancy doit à ces deux combattants de la résistance contre le nazisme, morts dans les camps de concentration. Nous pensons que l’inauguration de cette rue pourrait être faite le dimanche 9 mai à 10 heures, date qui concorde avec l’anniversaire de l’armistice (…)». Le 22 avril 1954 le conseil municipal de Drancy vote à l’unanimité le changement de nom de la, qui devient rue « H. Gateau - G. Lamblin », du nom des deux cheminots drancéens déportés à Auschwitz. La rue longe les voies ferrées.
Son nom est gravé avec ceux d’Albert Beugnet, François Garcia, Gabriel Lamblin et Jules Mailly sur la stèle au triage du Bourget « Aux agents résistants de la gare du Bourget morts pour la France », sur la stèle en gare des voyageurs du Bourget « A la mémoire des agents de la S.N.C.F. morts par faits de guerre ».
  • Note 1 : L’adresse du n° 7 Cité Jardins est portée sur la fiche des RG à Aincourt. Toutefois le Maire de Drancy, Maurice Nilès écrivait qu’il habitait « 32 Cité Jardins selon les informations en ma possession » dans son courrier de 1992. Cette Cité-jardins est réalisée à l’initiative de l’Office public d’Habitations à Bon Marché de la Seine, rue de la République à Drancy entre 1921 et 1929 : 210 logements individuels et des logements collectifs, par les architectes Bassompierre et de Rutte. L’objectif était « d’édifier des agglomérations propres à assurer le décongestionnement de Paris et de ses faubourgs » selon Henri Sellier président de cet OPHBM. Une quinzaine de cités sont ainsi construites autour de Paris (d’après Wikipédia)
  • Note 2 : D’après le Maire, Maurice Nilès (1992) « Il semblerait que sa veuve ait quitté notre ville vers 1954, avec leur fille Marcelle, qui se serait mariée à Marseille le 9 juillet 1955 avec M. Fontana ».
  • Note 3 : Gabriel Lamblin, né le 17 mars 1901. Déporté à Neungamme  le 21 mai 1944 pour Neuengamme le  24 mai 1944, où il meurt le 06 mars 1945. Jules Crapier, secrétaire général des cheminots CGT, organise les comités populaires cheminots sur la région parisienne en 1940.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources 
  • Extrait de naissance (Drancy 1992).
  • Archives en ligne de Paris
  • Courrier du Maire de Drancy, Maurice Nilès, juillet 1992.
  • La Voix de l’Est, p 13 (1971).
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 64.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Plaque de rue à Drancy © Google Street view
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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