L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THEDE Eugène, Aimable



Eugène Thédé est né le 7 décembre 1901 à Argenteuil (Seine-et-Oise / Val d'Oise).
Il est le fils de Louise, Joséphine Launay (1877-1950) et de Charles, Henri Thédé (1874-1933) son époux. Il est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants : Charles est né en 1903, Robert en 1906, Gaston, en 1907, Madeleine en 1911. Charles et Henri sont comme lui nés à Argenteuil, Gaston et Madeleine sont nés au Mans, ce qui sous-entend un déménagement familial.
Eugène Thédé habite au 14 rue des Partants à Paris (20ème) au moment de son arrestation.
Il est veuf et père d’un enfant.
Il est membre du Parti communiste, décrit ainsi par les Renseignements généraux en 1941 : « militant notoire et meneur actif ».
Eugène Thédé est arrêté le 2 février 1941 à Paris (20ème), par la police française (sa fiche au BAVCC porte toutefois la mention Gestapo) pour propagande communiste : il est accusé d’avoir installé une banderole : « Le communisme sauvera la France » dans les arbres de l’avenue Girardot (qui est soit l’ancien nom d’une rue du 20ème ou celui d’une rue existant toujours à Bagnolet ou Montreuil, communes limitrophes).  Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est mis à la disposition du Procureur en attente de jugement, vraisemblablement incarcéré à la Santé. Eugène Thédé est condamné le 2 avril 1941 à six mois de prison par le Tribunal correctionnel de la Seine. Il est d’abord écroué à la prison de Fresnes puis à la Maison d’arrêt de Poissy où il finit de purger sa peine.
Mais depuis le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale de Poissy transmet, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », à Marc Chevalier, Préfet de Seine-et-Oise, des  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants. Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet ordonne alors l’internement administratif, en application de la loi du 3 septembre 1940 (1). 

Fiche @ Préfecture de police
Le 5 juillet 1941, trois jours après la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le Préfet ordonne l’internement administratif d’Eugène Thédé. Toutefois, il demande au directeur de Poissy qu’Eugène Thédé soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt » (photo ci-contre). Le CSS d’Aincourt, ouvert en octobre 1940 est en effet complètement saturé. Cette disposition concernera plusieurs autres détenus.
Finalement c’est au camp de « Séjour surveillé » de Rouillé (2) ouvert en septembre 1941, qu’Eugène Thédé et sept de ses co-détenus de Poissy sont transférés puis internés le 28 novembre 1941.
Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui : Alfred Chapat, François Dallet, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian. Le septième est Georges Deschamps.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Eugène Thédé (n° 72 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Eugène Thédé va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Eugène Thédé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le numéro d’immatriculation d’Eugène Thédé lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46135 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Dessin de Franz Reiz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Eugène Thédé meurt à Auschwitz le 28 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1245 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Henri Marti, qui avait été emprisonné avec lui à Fresnes et également interné en même temps que lui à Rouillé et Compiègne a témoigné de sa mort à sa famille.
Un arrêté ministériel du 18 avril 2000 paru au Journal Officiel du 24 juin 2000 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne, mentionne néanmoins encore une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

@ Genweb DR
Eugène Thédé est homologué comme « Déporté politique ». Une plaque a été apposée sur son ancien domicile, aujourd’hui remplacé par une tour.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources  
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).
  • Généanet : © arbre généalogique de M. Lionel Ridoux apparenté à Madeleine Thédé.
  • Maison centrale de Poissy, © Archives départementales des Yvelines.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Témoignage d’Henri Marti.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, C.331-7
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Généanet.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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