L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SIGOGNE Maurice, André


Matricule « 46103 » à Auschwitz

Maurice Sigogne est né le 17 avril 1900 à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). Il est le fils de Marie, Louise Jamain, sans profession, 23 ans et de Jean André Sigogne, cordonnier, 28 ans, son époux. Maurice Sigogne habite au 28 rue de Paris à Epinay-sur-Seine au moment de son arrestation.
Le registre matricule militaire de Maurice Sigogne indique qu’il habite Montreuil-Bellay où il est agriculteur, puis couvreur. Il mesure 1m 51, a les cheveux châtain, les yeux bleus clairs, le front vertical rond, le nez rectiligne et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et  écrire).
D’abord ajourné pour « faiblesse », Le conseil de révision de mai 1920 le déclare « bon pour le service armé ».
Il est incorporé au 1er régiment de Zouaves le 1er octobre 1920 cantonné à Casablanca (Maroc). « Mis en route »  le 26, il arrive au corps le 30 octobre.
1ère classe en février 1921, il passe au 13ème régiment de Tirailleurs Algériens le 4 mars 1921. Nommé caporal le 7 mars 1921, il est « remis » 1ère classe à sa demande. Au Maroc, il passe au 61ème régiment de tirailleurs Marocains en juillet 1922.
Il est mis en disponibilité en septembre 1922 et passe dans la réserve de l’armée active le 1er octobre 1922 au 61ème RTM.
Maurice Sigogne travaille comme ouvrier plombier (fumiste) sur les chantiers. Ses domiciles successifs suivent ses embauches.
En décembre 1923 il habite au 35 rue Saint Laud à Angers.
En mars 1924 il est logé à Cholet, 2 Puy Notre dame chez Mme Gouffier.
En février 1925, il est revenu à Angers au 13 rue Saint-Sanson
En mars de la même année il part en région parisienne et est domicilié au 2 rue des platanes chez M me Fayola à à Epinay-sur-Seine.
Il épouse Marcelle Fayola le 2 mai 1925 à Epinay-sur-Seine. Le 26 juillet 1925, nouveau chantier, Maurice Sigogne est logé chez M. Vivet, place René Masson à Rambouillet. En 1927 et 1930 le couple habite au 22 rue Jules Ferry à Montmagny (Seine-et-Oise / Val d’Oise). Ils reviennent habiter au 28 rue de Paris à Epinay-sur-Seine. 

André Clipet qui l’a connu le décrit comme un « militant syndicaliste très dévoué, d’un tempérament jovial des plus enthousiaste, toujours optimiste ».
Il est membre du Parti communiste, qui le présente aux élections municipales de 1935. Il est secrétaire de la cellule « 964 » de la Région Paris-Nord.
L'Humanité du 13 mai 1935
Maurice Sigogne est élu conseiller municipal d’Epinay le 12 mai 1935, sur la liste de Joanny Berlioz (1). « Pour la première fois, un conseil municipal de gauche, communiste, prenait place à la Mairie » (André Clipet).
Il est mobilisé pendant la guerre. 
L'Oeuvre 18 mars 1940
Alors qu’il est sous les drapeaux, Maurice Sigogne est déchu de son mandat le 29 février 1940 par le conseil de préfecture.
Maurice Sigogne est démobilisé après la débâcle à Artix, non loin du camp de Gurs. André Clipet raconte qu’il avait alors « fait mettre de côté une belle bille de buis, ayant l’intention d’en faire des toupies de plombier fort utiles pour élargir les tuyaux de plomb… Mais il n’a pu mettre son projet à exécution ».
A son retour à Epinay, Maurice Sigogne travaille sur le chantier de la Banque de France, rue Croix des Petits Champs à Paris 1er.
Maurice Sigogne est arrêté le 5 octobre 1940 « pour distribution de tracts et journaux appelant à la lutte contre l’occupant » ainsi que pour avoir été « agent de liaison du groupement local clandestin » (BAVCC). Deux autres militants communistes d’Epinay sont arrêtés avec lui : Lucien Guillou (2), 38 ans, conseiller municipal et Kléber His (2), 35 ans, garçon de bureau à la mairie d’Epinay.
Ces arrestations ont lieu dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940 (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7).
Pour Maurice Sigogne on lit : «40 ans. Ex-conseiller municipal communiste d’Epinay. Agent très actif de la propagande clandestine. Dangereux ».
André Clipet écrit « Quelques jours après son arrestation, je suis allé à vélo au sanatorium d’Aincourt porter des colis de vêtements et lainages pour Maurice Sigogne, Kléber His et Lucien Guillou, arrêtés et internés ensemble… avec beaucoup d’autres camarades. Puis peu après je suis allé sur le chantier de la Banque de France où Sigogne travaillait en dernier afin de ramasser son outillage et de le ramener chez lui à Epinay ».
Le 6 septembre 1941, Maurice Sigogne est transféré avec Kléber His au CSS de Rouillé (3) au sein d’un groupe de 150 internés d’Aincourt.
Montage photo C-331-24 @ Pierre Cardon
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). 
Pour Maurice Sigogne les motifs de son internement sont les mêmes que ceux envoyés au directeur du camp d’Aincourt : Ex-conseiller municipal communiste d’Epinay. Agent actif de la propagande clandestine. Dangereux ».
Le 9 février 1942, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes de Rouillé qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et qui sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Sigogne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Maurice Sigogne est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46103» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Toutefois sa profession de plombier laisse penser qu’il a dû revenir à Auschwitz I.
Maurice Sigogne meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1113 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Ce certificat porte comme cause du décès « Schwäche der Muskel des Herzens nach gesprenkeltem Fieber » : arrêt cardiaque à la suite d’un typhus endémique. L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz».
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 19 et 20 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp qui ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
@ Généanet
Maurice Sigogne a été déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».
Son nom est inscrit sur le monument aux « morts pour la France 1939-1945 » de la commune, square du 11 novembre.
  • Note 1 : Joanny Berlioz est né le 7 juillet 1892 à Saint-Priest (Isère), mort le 18 mars 1965 à Paris ; professeur de langues vivantes (anglais, allemand) dans les Écoles primaires supérieures et les Écoles normales ; journaliste ; militant communiste des Vosges, de la Loire, de Côte-d’Or et de la Seine ; membre du comité central de 1925 à 1959 ; maire d’Épinay-sur-Seine (1935-1940, 1945-1947), conseiller général de la deuxième circonscription de Saint-Ouen (1935-1940), député de la sixième circonscription de Saint-Denis (1936-1942), et de l’Isère (1945-1946), sénateur de la Seine (1948-1958). On lira sa longue biographie dans le Maitron.
  • Note 2 : Kléber (Clément) His, né le 29-09-1905 est arrêté en même temps que Maurice Sigogne. Interné à Aincourt et Touillé avec lui, il est déporté depuis Compiègne au camp de Sachsenhausen le 8 mai 1943. Il est libéré à Lübeck en 1945. Il sera le président de l’amicale des déportés d’Epinay à son retour.
  • Lucien Guillou, interné à Aincourt, meurt au camp de Voves. Son nom a été donné à la rue circulaire.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Archives en ligne du Maine et Loire.
  • © Registres matricules militaires du Maine-et-Loire.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • André Clipet (1904-1999), militant communiste d’Epinay, membre du Comité local de Libération a connu les 6 déportés d’Epinay et a rédigé des notes manuscrites pour chacun d’eux, transmises le 21 janvier 1988 à André Montagne par Mme Ghislaine Villiers, fille Stanislas Villiers, un des 6 déportés. Spinassiens. André Clipet est également l’auteur d’un ouvrage, Épinay-sur-Seine, son histoire, impr. Boudin, Paris, 1970.
  • Liste des déportés d’Epinay (29 février 1945).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier. T 41 page 306. CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste du commandant du Centre d’Internement  Administratif de Rouillé du 14 octobre 1941 / C 331-25. Archives de la Préfecture de Police.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Helena Kubica : “Polish children and young people” p. 206, et “Methods and types of treatment”, p. 318 in “Auschwitz 1940-1945”, tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 (BAVCC Caen).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 et janvier 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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