L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RAIMOND Maurice


Blog ANACR du 19ème, DR
Matricule "46030" à Auschwitz

Maurice Raimond est né le 21 septembre 1899 à Château-Thierry (Aisne). Il est le fils de Victorine Roguet, 36 ans, et d’Eugène Raimond, 35 ans, ouvrier de fabrique son époux. Il habite au 9 rue Arthur Rozier à Paris 19ème au moment de son arrestation.
Maurice Raimond, de la classe 19, est mobilisé par anticipation au centre de recrutement de Laon le 14 avril 1918 et affecté dans une unité combattante, matricule 99. Il est décoré de la Croix de guerre au moment de sa libération qui a lieu comme pour tous ses camarades avant la fin des trois ans légaux).
Le 2 septembre 1922 il épouse Germaine Lemret à Château-Thierry. 
Il travaille comme "ouvrier en chaussure". Il est vraisemblable qu'il ait travaillé chez Dressoir, grosse usine de chaussure du 19ème qui emploie 3000 ouvriers.
Membre du Parti communiste, il est adhérent à la cellule 1050 du 19ème depuis 1932.
Il est en 1939 l'un des cinq secrétaires nationaux du Secours populaire (source Maitron), avec Jean Chauvet, François Vittori, Charles Désirat qui est avec lui au camp de Compiègne avant de s’en évader le 22 juin 1942 et Emile Bureau qui sera déporté avec lui à Auschwitz. Il est secrétaire permanent de 1936 à 1939 "aux appointements mensuels de 1500 francs". Il est également possible qu'il ait été embauché avant 1936 par la municipalité de Vitry ou une entreprise de sellerie de cette commune (1).
Maurice Raimond est à nouveau mobilisé lors le 24 février 1940. Il est libéré le 7 août 1940. Il ne rentre à Paris que le 7 octobre.
Il trouve alors du travail chez Monsieur Sée, rue du Plateau, au salaire horaire de 9 francs 60.
En 1940, le Parti communiste clandestin charge Charles Désirat de reconstituer le Secours populaire avec le colonel Jules Dumont et Auguste Gillot. Il est très vraisemblable qu’il reprend contact avec ses deux camarades parisiens qui étaient en 1939 secrétaires nationaux du Secours populaire, dès leur retour du service militaire : Charles Désirat habite le 7ème, Emile Bureau qui est libéré en octobre 1940 habite le 18ème et Maurice Raimond le 19ème
Militant ayant eu des responsabilités nationales,  Maurice Raimond est surveillé par la police de Vichy.  
Les inspecteurs "T." et "G." des Renseignement généraux planquent devant son domicile.  Constatant qu'un employé des PTT lui apporte un télégramme, ils perquisitionnent alors son domicile et arrêtent Maurice Raimond le 6 décembre 1940.
PV d'interrogatoire : le texte du télégramme adressé par "René".
Les inspecteurs prennent connaissance du contenu du télégramme signé René, qui fixe un rendez-vous le samedi  suivant à 15 h 15 "aux délégués régionaux" dans le couloir de l'ancienne imprimerie de l'Humanité. 
Les RG tendent une souricière et arrêteront deux militants (Raymond Deudon, ancien rédacteur à l'Humanité" et Roger Ossart) qui tiennent ostensiblement les journaux  "Aujourd'hui" et  "la France au travail" .
Maurice Raimond déclare pendant son interrogatoire le 7 décembre ne pas connaître "René", et penser qu'il s'agit d'un rendez vous pour remercier les deux journaux d'avoir inséré un article sur la Charte des anciens combattants. Il pense que l'auteur du télégramme doit être un de ses anciens camarades du secours populaire, "D", dont il ne connait pas le prénom, mais qui lui a annoncé quelques jours avant la création de Comités populaires des démobilisés de 1939-1940. Déféré par le commissaire de police auprès du Procureur, Maurice Raimond est incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé le 10 décembre, en attente de jugement. 
Il est acquitté par le tribunal faute de preuves, mais il est néanmoins maintenu en détention. 
Et Roger Langeron, préfet de police de Paris, ordonne son internement administratif le 7 février 1941 en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).
Clairvaux. Détenus dans la salle de discipline @ DR
Il est transféré à la Maison centrale de Clairvaux le 27 mars 1941, où sont incarcérés des responsables communistes. Lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux
Lors de leur transfert pour Clairvaux le 27 septembre 1941, ils sont rejoints à la gare de l’Est par un autre groupe de communistes internés à Fontevraud qui ont transité par les gares de Saumur et d’Austerlitz. A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart).
Rouillé @ VRID
Le 27 septembre 1941, Maurice Raimond est transféré au camp de Rouillé (3), au sein d’un groupe de 33 internés - parmi eux Marcel Boulanger, Guy Camus, Eugène Degdier, Marcel Deschamps, Emile Obel, Henri Riochet, Jean Thomas seront déportés avec lui à Auschwitz. Il y est sans doute un des responsables politiques clandestins (4).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Maurice Raimond, orthographié Raymond (n° 152 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Raimond est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Maurice Raimond le 8 juillet 1942
Maurice Raimond est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46030». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46030 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro a pu être validé en février 2014 à partir de la consultation du blog de l’ANACR du 19ème « Portraits de résistants du 19ème » dans lequel figure une biographie avec un portrait photographique à partir duquel on peut identifier formellement le matricule et la photo (6) de Maurice Raimond à Auschwitz, comme étant celle du déporté « 46030 » photographié le 8 juillet 1942. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Mais Lucien Penner et Eugène Garnier se souvenaient de lui et ont témoigné de sa mort au camp à la Libération.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Raimond meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 983) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel 2 décembre 1996 paru au Journal Officiel du 19 février 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Maurice Raimond a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique » en 1954.
  • Note 1 : En effet son nom est gravé sur le monument en hommage aux 14 déportés vitriots du convoi du 6 juillet 1942.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : En effet, Fernand Devaux a témoigné qu’il était responsable clandestin au camp… Mais à celui d’Aincourt. Or d’une part on ne trouve pas trace de la présence de Maurice Remond à Aincourt dans les archives de la police, et d’autre part les internés d’Aincourt qui ont été transférés à Clairvaux sont passés par la prison de Fontevrault le 4 décembre 1940, date à laquelle il n’a pas encore été arrêté. Par contre Fernand Devaux a été interné à Aincourt et Rouillé. Il a du confondre, ce qui est bien compréhensible.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 6 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés.
Sources  
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, Tome 39, page 350, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de Police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
  • Fiche bio @myheritage
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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