L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARINELLI Alfred, Louis



Matricule « 45835 » à Auschwitz

Alfred Marinelli est né le 6 janvier 1903 à Paris (19ème), où il habite au 31 rue de Nantes au moment de son arrestation. Il est le fils de Livia Casadei (ou Cadaser) et d’Augustin Marinelli.
Il travaille comme chaudronnier-tôlier.
A l’hiver 1940-1941, la recrudescence d’inscriptions à la craie, collage de papillons gommés et diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement a alerté les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes du 19ème par les inspecteurs du commissariat du quartier Combat et ceux de la Brigade spéciale des Renseignements généraux.
Alfred Marinelli est arrêté (vraisemblablement le 6 mars 1941) par la police française pour distribution de tracts communistes. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est écroué le 6 mars 1941 à la Maison d’arrêt de la Santé, mis à disposition du Procureur. Le 7 mars, il comparait devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine avec Calille Delattre arrêté pour les mêmes motifs. Alfred Marinelli est condamné à 10 mois de prison. Il fait appel de la sentence. Le 29 avril, la 10ème chambre de la Cour d’appel confirme la sentence. Il se pourvoie en cassation.
Alfred Marinelli est alors transféré le 2 mai 1941 à la Maison d’arrêt de Fresnes. Son pourvoi est rejeté le 23 août. Le 21 octobre 1941, à la veille du mois correspondant à l'expiration normale de sa peine d’emprisonnement, le Préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).

Transfert du 10 novembre 1941 au CSS de Rouillé (photomontage)
Le 10 novembre, Alfred Marinelli qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (2), avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Alfred Marinelli (n° 122 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Alfred Marinelli va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alfred Marinelli est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Alfred Marinelli est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz et sur le site © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet 1942 il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès. Il est néanmoins possible qu’étant chaudronnier-tôlier de profession, il ait été ramené à Auschwitz I.
Un arrêté ministériel du 7 octobre  1994 porte apposition de la mention Mort en déportation sur son acte de décès, paru au Journal Officiel du 9 décembre 1994, avec comme date « décédé en 1943 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Il est homologué "Mort pour la France" et homologué "Dépoté politique". La carte est attribuée à Mme Casader - Marinelli.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • © 1940-1945, La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris, Ouvrage présenté par l’ANACR 19ème, Ed. « Le temps des Cerises », 2005, page 136. 
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Généanet.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, C-131-24.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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