L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GODEFROY Fernand, Cyprien



Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule « 45612 » à Auschwitz

Fernand Godefroy est né le 7 novembre 1902 à Auvers-sur-Oise. Son père y est carrier à la carrière des Chaudrons. Il a un frère, Armand (1) qui sera également déporté.

50 Bld de Verdun
Fernand Godefroy habite au 50 boulevard Foch à Épinay (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Il est appelé au service militaire le 10 novembre 1922 (un service de 3 ans qui est ramené à 18 mois à la suite de la loi du 1er avril 1923).
Fernand Godefroy se marie le 10 octobre 1925 à Auvers-sur-Oise. Le couple a un enfant.
A Epinay-sur-Seine le couple habite rue de la Folie Méricourt, puis au 36 bis boulevard Foch.
Fernand Godefroy est sympathisant communiste. Il s’engage comme volontaire dans les Brigades internationales (2) pour défendre la République espagnole contre le coup d’Etat manqué des militaires, qui a débouché sur la guerre civile.
« Il arriva en Espagne le 14 décembre 1936 et fut affecté à la 15ème Brigade internationale Franco-Belge (3), Compagnie de mitrailleuses. Sympathisant du Parti communiste, il était apprécié comme étant discipliné et bon organisateur. Il fut blessé, perdant deux doigts. Lors de son rapatriement le 28 juillet 1938, il était dans un état de fatigue général, s’ajouta à cela des raisons familiales, sa femme sans travail étant sur le point d’être expulsée de son logement » (Le Maitron, notice Daniel Grason).
De retour en France, il habite au 50 boulevard Foch à Epinay. Il y côtoie alors Fernand Belino (arrêté en mars 1940, il est déporté à Buchenwald), ancien des Brigades internationales comme lui de 1936 à 1938, secrétaire de la section communiste d’Epinay en 1939.

Les RG le recensent comme ancien des brigades internationales
Fernand Godefroy est arrêté pendant l’Occupation le 24 décembre 1941. Son nom figure en effet sur une liste de perquisitions à opérer aux domiciles de 31 anciens volontaires des Brigades internationales connus des services de police.
Note de service des RG
Une note de service adressée par le commissaire Baillet des Renseignements généraux le 23 décembre aux commissariats de Paris et de la banlieue spécifie les conditions de cette arrestation (Cf. document ci-contre).
Fernand Godefroy est arrêté par les hommes de l’inspecteur « P… » du commissariat de Saint-Denis. 

Tourelles : Etat journalier du 26 décembre 41
Il est conduit comme la plupart de ses camarades anciens des brigades internationales à la caserne des Tourelles (4) où son nom est mentionné sur l’état du 26 décembre 1941. Il est transféré à la demande des autorités allemandes au fort de Romainville, camp allemand, annexe de Compiègne. « Détenu au fort de Romainville en décembre 1941. Le rapport de la police indiquait : « A combattu en Espagne, dans les Brigades internationales » (Le Maitron, Daniel Grason).
Fernand Godefroy est transféré au camp allemand de Compiègne (Frontsatalg 122).
Depuis le camp de Compiègne, Fernand Godefroy va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Fernand Godefroy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Immatriculation le 8 juillet 1942
Fernand Godefroy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45612» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (5) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Fernand Godefroy le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Ce certificat porte comme cause du décès « Broncho Lungenentzündung» (broncho-pneumonie). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient aussi de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 19 et 20 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 13 septembre 1993 paru au Journal Officiel du 24 octobre 1993 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune d’Epinay, sans référence à sa déportation.
5 autres spinassiens ont été déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui : René Dufour, Ernest Gourichon (également ancien brigadiste), Henri Pernot, Maurice Sigogne, Stanislas Villiers.
  • Note 1 : Armand Godefroy est déporté à Mauthausen dans le convoi du 28 février 1944. Matricule « 60742 », il est affecté au Kommando « Loibl Pass » : "Ce Kommando a deux emplacements complémentaires : l'un sur la commune de Ferlach en Carinthie, l'autre à Podljubelj en Carniole. Il est chargé de réaliser le tunnel routier entre l'Autriche et la Slovénie actuelle pour la ""S.A. Universale Hoch-und Tiefbau"". Puis il est transféré à Dresde, où les déportés travaillent en alternance à des travaux métallurgiques, dans les ateliers de réparation de wagons adjacents à la gare de marchandises, et au déblaiement des ruines de la ville après les bombardements alliés. Armand Godefroyest libéré le 30 avril 1945.
  • Note 2 : Après la victoire du Front populaire aux élections du 16 février 1936, la droite espagnole prépare un coup d’état. Le 16 juillet les troupes du Maroc espagnol menées par le général Franco entrent en insurrection contre la République et le 18 la rébellion militaire gagne l’Espagne. Mais le coup d’état est repoussé. Les ouvriers s’arment. La guerre civile espagnole éclate. L’Allemagne et l’Italie fascistes envoient des avions et troupes aux franquistes en difficulté. Dans le monde, des volontaires partent défendre la république espagnole contre le fascisme. La guerre se terminera trente-trois mois plus tard, le 29 mars 1939, avec la chute de Madrid et la défaite républicaine. 36 ans de dictature franquiste commencent.
  • Note 3 : Le bataillon Franco-Belge « Bataillon six février » de la 15éme Brigade Internationale… Il participe aux combats victorieux du Jarama de février 1937 qui repoussent l’offensive franquiste dans le cadre du siège de Madrid. 
  • Note 4 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010.
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • André Clipet, militant communiste d’Epinay a connu les 6 déportés spinassiens et a rédigé des notes manuscrites pour chacun d’eux, transmises le 21 janvier 1988 à André Montagne par Mme Ghislaine Villiers, fille Stanislas Villiers, un des 6 déportés d’Epinay.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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