L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELATTRE Camille, Léopold



Matricule « 45436 » à Auschwitz

Camille Delattre est né le 11 juin 1904 à Paris 14ème

Le 12 rue Botzaris
Il est domicilié 12 rue Botzaris à Paris 19ème au moment de son arrestation.
Il est menuisier.
Camille Delattre est membre du Parti communiste avant guerre, secrétaire de la cellule du quartier Combat. 
Quelques mois après l’occupation de Paris par l’armée allemande, la recrudescence d’inscriptions à la craie, collages de papillons gommés et diffusions de tracts dans le 19ème arrondissement a alerté les services de la Préfecture de police, à l’hiver 1940-1941. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes du 19ème par les inspecteurs du commissariat du quartier Combat et ceux de la Brigade spéciale des Renseignements généraux.
RG : ex secrétaires de cellules démobilisés
Le 5 février 1941, les Renseignements généraux recensent quatre «ex-secrétaires de cellule» du quartier Combat  «récemment démobilisé» : Camille Delattre, Alphonse Ducreux, Bataille, Colin.
Camille Delattre est arrêté le 6 mars 1941 par la police française, pour distribution de tracts communistes. Le même jour un autre militant, Alfred Marinelli, est également arrêté pour les mêmes motifs. 
Camille Delattre est inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (1). Il est écroué le même jour à la Maison d’arrêt de la Santé et mis à disposition du Procureur.
Le 7 mars, Camille Delattre comparait devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine, tout comme Alfred Marinelli. 
Il est transféré le 13 mars 1941 à la Maison d’arrêt de Fresnes. 
La centrale de Poissy
Puis à la Maison centrale de Poissy. Depuis le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale de Poissy transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », des  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants.
Le 29 août Camille Delattre doit quitter Poissy. 
S’il semble logique qu’il soit alors libéré à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, on sait également que pour la plupart des détenus communistes libérables de Poissy, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940 (2). 
Fiche d'Eugène Thédé
Toutefois il demande au directeur de Poissy que ces militants soient « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt ». Le CSS d’Aincourt est en effet complètement saturé à cette époque. Cette disposition concerne plusieurs détenus (François Dallet, Georges Deschamps, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian, Eugène Thédé… ses futurs compagnons de déportation). Ils sont finalement internés, comme le sera Camille Delattre, au camp de Rouillé, car le camp d’Aincourt est surchargé.
De plus il n’y a pas trace d’une deuxième arrestation sur sa fiche au BAVCC.
Le Centre d’Internement Administratif de Rouillé (3) ayant ouvert en septembre 1941, le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne le 19 septembre 1941 l’internement administratif de Camille Delattre, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2). Il est alors écroué au Dépôt en attente de son transfert.
Le camp de Rouillé @ Amicale CVR
Le 9 octobre 1941, Camille Delattre est transféré au camp de Rouillé, au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture et  20 autres viennent de la caserne des Tourelles).  Partis de la gare d’Austerlitz « à 8 h 25, ils arrivent  à Rouillé à 18 h 56 ».
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp de Compiègne. Le nom de Camille Delattre (n° 61 de la liste) y figure et c’est le 22 mai 1942, au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Camille Delattre va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Camille Delattre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Camille Delattre est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45436» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz et sur le site © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. On peut néanmoins penser que menuisier de profession, il a été rmené à Auschwitz I.
Camille Delattre meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « glaubenslos » (athée).
Un arrêté ministériel du 16 janvier 2008 paru au Journal Officiel du 30 février 2008 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 15 décembre à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz
Camille Delattre est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». La carte est attribuée à Mme Germaine Delattre, sa mère, sœur ou épouse (5) domiciliée au 18 rue Dauphine à Paris 6ème.
  • Note 1 : Reconstitution de ligue dissoute à la suite de la dissolution du Parti communiste, et propagande notoire des doctrines de la IIIème internationale
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 5 : Les archives numérisées de Paris concernant l’année 1904 ne sont pas encore accessibles, et la mairie du 14ème n’avait pas répondu à ma demande de communication d’état civil en 1993.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Maison centrale de Poissy, Archives départementales des Yvelines.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © rue Botzaris in @ Street view.
  • ©  Poissy Maison centrale, in @ blog de Jacky Tronel.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Amicale Chateaubriand, Voves, Rouillé.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: