L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COURIOL Marcel, Marius



Marcel Couriol est né le 18 octobre 1921 à Sainte Christine (Puy-de-Dôme). Il est le fils de Marie-Louise Chomard et de Pierre, Jean, Marie Couriol son époux.
Marcel Couriol a une sœur, Lucienne, il est étudiant et célibataire.
Il est considéré comme « sympathisant des doctrines moscoutaires » selon le vocabulaire de la police de l’époque.
A l’hiver 1940, la recrudescence d’inscriptions à la craie, de collage de papillons gommés et de diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement a alerté les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes et sympathisants. 

40 rue de Joinville
Marcel Couriol est arrêté au domicile de ses parents, 40 rue de Joinville à Paris (19ème) où il habite, le 15 janvier 1941 pour « activité communiste ».
Il est inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 en même temps que quatre autres jeunes gens, par le commissaire de police.
Il est alors conduit au Dépôt de la Préfecture de police, à disposition du Procureur le 17 janvier 1941. Lors du procès qui a lieu le 3 mai 1941 son père et les parents de ses camarades sont convoqués (étant mineurs, les parents sont civilement responsables par « aide et assistance »). Marcel Couriol est condamné à 6 mois d’emprisonnement par la 15ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il fait appel de la sentence. Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé.

Fresnes @ Brassai
Le 31 mai il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes, écroué au quartier des mineurs. Le 8 juillet, son pourvoi en appel est rejeté par la cour d’appel de Paris.
Le 9 juillet 1941 à la veille de son élargissement, le Préfet de police ordonne son  internement administratif, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Néanmoins Marcel Couriol signe sa levée d’écrou de Fresnes le 17 octobre 1941, dans des circonstances non établies.
Mais il est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 « à 4 heures du matin, par la Gestapo » selon les souvenirs de son cousin Raymond Chomard (2).
Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Marcel Couriol est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Couriol est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «45405 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, Marcel Couriol passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, mais il est vraisemblable que sans qualification professionnelle, il ait été maintenu à Birkenau.
Marcel Couriol meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 186 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives . L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Pour Marcel Couriol le certificat mentionne son décès à « 18 h 15 » et « Lungenentzündung (pneumonie).
Un arrêté ministériel du 18 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 21 janvier 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Marcel Couriol est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » les 9 et 24 septembre 1957.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Raymond Chomard ne se souvenait pas en 1993 (il avait 82 ans) de la date exact de cette arrestation : il m’écrit simplement « cela a été une catastrophe pour toute la famille ». Il peut donc aussi bien s’agir de la première arrestation de 1941. Toutefois comme il mentionne la Gestapo, il s’agit sans doute de la deuxième arrestation : on sait que si les polices françaises et allemandes procèdent conjointement aux arrestations du 28 avril 1942, c’est seulement la police française (commissariats ou RG) qui procède aux arrestations de communistes à l’hiver 1940-1941 à Paris.
Sources
  • Mairie du 19ème Acte de décès établi le 27 juillet 1948.
  • Lettre de son cousin germain, Raymond Chomard (7 septembre 1993).
  • Courrier à Lucienne Couriol, épouse Botton (septembre 1993).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, registre d’écrou. 
  • Mairie de Sainte Christine.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • © Site Internet Généanet.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, BA 1774.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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