L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SOLARD René, Constant


Photo transmise par René Aondetto
René Solard est né le 9 janvier 1892 à Paris (15ème). Il est le fils d’Hermence Vincent, 28 ans et de Constant, Auguste Solard, 35 ans, son époux. Ses parents sont merciers, domiciliés au 105 rue de Cambronne.
René Solard habite au 63 rue du Théâtre dans le 15ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite au 53 rue Fondary dans le 15ème  arrondissement de Paris au moment du conseil de révision. 
Il mesure 1m 66, a les cheveux châtain et les yeux bruns, le front haut et le nez moyen, le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). 
Il sera mécanicien auto, représentant de commerce puis chauffeur en 1937.
Il est venu habiter dans l'Eure (canton de Verneuil) sans doute fin 1911, puisque, conscrit de la classe 1912 recensé à Paris, il est appelé au service militaire le 10 octobre 1913 au 1er régiment du Génie à Evreux. Il y fait ses classes. Le lendemain du décret de mobilisation générale du 1er août 1914, René Solard est envoyé sur le front avec son régiment.

Il est fait prisonnier le 22 août 1914 à Ville-Houdlémont, un village de Meurthe et Moselle pendant la « bataille des frontières ». 
Camp de Grafenwöhr
Il est emprisonné au camp de prisonniers de guerre Grafenwöhr (Bavière). Le 22 décembre 1916 René Solard est transféré au camp de Reslz-am-Augsbourg (pas recensé dans la liste des KL). Il ne sera libéré et rapatrié que le 15 décembre 1918. Il part alors en permission jusqu’au 21 février 1919 et rejoint le dépôt du 1er régiment du Génie. Selon les usages militaires (après des circonstances exceptionnelles telles que blessure, prisonnier de guerre), il est changé de régiment et « passe » au 19ème escadron du Train. Il est démobilisé le 24 août 1919, « certificat de bonne conduite accordé ».
Il épouse Germaine Gastel, le 2 octobre 1919 à la Mairie du 15ème. Le couple a un enfant.
Il travaille comme chauffeur-livreur. Le couple s'installe au 63 rue du Théâtre (Paris 15ème) en août 1929.
Placé dans la position militaire "sans affectation" en 1930 et 1937, il n'est pas mobilisé pendant la guerre 1939 / 1940. 
Militant communiste, René Solard est arrêté par la police française le 17 avril 1941 pour possession de tracts communistes, en même temps qu'un autre présumé militant ("Benjamin D." né en Allemagne en 1923).
Les inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux ont appris à la suite de filatures que René Solard, "ancien membre de l'association des "Amis de l'Union Soviétique" avait repris des contacts avec des membres de cette ancienne association". Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux. Au cours de l'interrogatoire, le 18 avril, René Solard déclare ne se livrer à aucune propagande clandestine. 
Compte rendu de perquisition
Au cours de la perquisition de son domicile les inspecteurs de la BS ont trouvé "trois tracts imprimés trouvés enveloppés dans du papier journal dans une pile de livres..."
Inculpation de René Solard
"Convaincus d'avoir participé directement à la diffusion du matériel clandestin et des mots d'ordre de la IIIème Internationale communiste et des organisations qui s'y rattachent", ils sont Inculpés par le commissaire de Police du 15ème d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste et propagande notoire des doctrines de la IIIème Internationale), et sont mis à la disposition du Procureur et sont écroués à la Santé le 19 avril en attente de jugement.
Condamné le 7 mai à une peine d’emprisonnement (dont il fait appel), René Solard est transféré à Fresnes le 21 juin 1941, puis à la Maison centrale de Poissy où il purge sa peine.
Depuis le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », des  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants. Celui de René Solar est transmis au Préfet le 2 octobre. Son dossier est envoyé aux Renseignements généraux via le Préfet de police de Paris le 10 octobre.
Maison Centrale de Poissy
Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940. Toutefois, il demande au directeur de Poissy que René Solard soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt ». 
Le CSS d’Aincourt est en effet complètement saturé à cette époque. Cette disposition concernera plusieurs autres détenus (François Dallet, Georges Deschamps, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian, et Eugène Thédé).
Le Centre d’Internement Administratif de Rouillé ayant ouvert en septembre 1941, le 8 novembre 1941, le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne  « l’internement administratif » (1) de René Solard, en application de la Loi du 3 septembre 1940. Il est alors écroué au Dépôt en attente de son transfert.
Préparation du transfert à Rouillé
Un avis du 31 décembre 1941 stipule les conditions de celui-ci transfert au camp de Rouillé avec 49 autres détenus : « Cinquante internés administratifs actuellement écroués au Dépôt seront transférés samedi 3 janvier 1942 au Centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne). Les internés se répartissent comme suit : 38 internés politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ). Ils quitteront Paris par la Gare d’Austerlitz à 7h55 (train 3). Le chef du convoi disposera d’une voiture directe avec 10 compartiments. En accord avec M. Le chef de la Gare d’Austerlitz les autocars arriveront par la rue Sauvage et  pourront pénétrer jusqu’à la voie ou sera placé le wagon (voie 23).
Le départ est fixé à 7h55, l’arrivée à Rouillé à 18h51. Départ à Poitiers à 18 h 10., arrivée à Rouillé à 18 h 51 (il existe aux archives de la Préfecture de Police un deuxième avis, libellé différemment, mais avec les mêmes chiffres et les mêmes horaires).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (le Frontstallag 122). Le nom de René Solard (n° 70 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
 Montage Document de la main Olivier Souef (reçu par famille Souef fin juillet 1942)
A Compiègne, René Solard reçoit le matricule n° « 5940 ». Il est affecté au Bâtiment A5, chambrée 7, dont le « chef de chambre » est Olivier Souef. On notera dans l’inventaire personnel des occupants de cette chambrée (29 mai 1942), qu’il n’a qu’une assiette, 1 matelas et 1 polochon, mais ni couverts, ni quart, ni couverture !
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Solard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46107 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, René Solard passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès. 
Mais René Aondetto, qui le connaissait depuis la Centrale de Poissy, pense qu’il est mort à Birkenau en 1943. Pour Auguste Monjauvis, militant parisien du treizième,  c'était fin 1942.
A la Libération le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 octobre 1942 sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Un arrêté ministériel du 28 janvier 2003 paru au Journal Officiel du 18 mars 2003 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire une date fictive de décès «mort le 15 octobre à Reisko» (4).
Il est homologué "Déporté Politique" et déclaré "mort pour la France". Sa veuve tente en vain d'obtenir son homologation comme "Déporté Résistant".
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai 1942. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 4 : Raisko ou Reijko est le nom qui fut souvent donné au camp de Birkenau (Auschwitz II) par les déportés en 1942. En juin 1943, c’est le nom d’un sous-camp de Birkenau où les SS font pratiquer dans un laboratoire des expériences de jardinage et la culture expérimentale de l'Hévéa pour l'usine de caoutchouc. Les françaises du convoi des « 31000 » y travailleront.
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Photo de René Solard transmise à Roger Arnould par René Aondetto (congrès du Havre de la FNDIRP, 12 avril 1980).
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Photo de l’inventaire des « paquetages » de la Chambrée n°7 du Bâtiment A5 à Compiègne (29 mai 1942).
  • Archives départementales de Paris, rôle correctionnel.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de l'Eure.
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie mise à jour en 2014 et 2017 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: