L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PANNETRAT Roland, Jean


Roland Pannetrat est né le 15 décembre 1923 à Paris (11ème). Il est le fils de Marguerite, Georgette Pelle, née le 16 février 1916, culottière à façons et de Pierre Pannetrat, né le 10 novembre 1991, monteur en fer, son époux. 
Roland Pannetrat a un frère aîné, Gilbert, né le 21 décembre 1919, imprimeur (au chômage, comme son père au moment de leur arrestation commune).
Roland Pannetrat habite chez ses parents au 11 rue Edouard-Robert dans le 12ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.

@ Maison des eaux minérales Vic-sur-Cère
Il travaille comme manœuvre à l'établissement des "Eaux minérales de Vic-sur-Cère" aux entrepôts de Bercy.
Son père est un militant communiste connu, trésorier de la section du Parti communiste du 12ème


1936. Les JC du 12ème. @ Parisienne de Photographie
Roland Pannetrat est membre des Jeunesses communistes avant-guerre, et continue à militer après l’interdiction du Parti communiste, puis sous l’Occupation.
Roland Pannetrat est arrêté avec 15 autres militants (1) du 12ème arrondissement de Paris, le 24 janvier 1941 par des inspecteurs de la Brigade Spéciale des RG (lire dans le Blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux), pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste.
Selon André Migdal, qui est arrêté en même temps que lui, le réseau aurait été dénoncé par "un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires". Ce fut une véritable rafle : 36 personnes" dont la moitié étaient des jeunes" écrit André Migdal (un tract de l’UJRF du 12ème diffusé en 1947 avance le chiffre de «46 familles»).

PV du 27 janvier  1941 (BS1)
En consultant les archives des Brigades Spéciales on apprend que ces arrestations en nombre sont le résultat d’une série de filatures opérées par les inspecteurs des Brigades spéciales, qui conduisent dans un premier temps à l’arrestation de 16 militants.
Extrait du procès-verbal du 27 janvier 1941 : « Au terme d’une enquête ouverte à la suite de la constatation d’une certaine recrudescence de la propagande communiste clandestine dans le 12ème arrondissement et dans les communes de la banlieue est et sud de Paris, les services de la Préfecture de police viennent de mettre la main sur un important « centre clandestin » dont les éléments s’étaient donné pour tâche de répartir et de diffuser dans cette région  le matériel de propagande (tracts, papillons, placards, instructions et directives) ».
Le PV désigne comme principal responsable « chargé de la répartition du matériel » L. G., assisté de son fils R. et de Pierre Pannetrat. Ils sont tous trois accusés en outre « d‘avoir tenté de regrouper, sous le couvert d’un « comité populaire de chômeurs », des militants de l’ex Parti communiste actuellement sans travail ». L’action du fils G. « s’exerçait plus particulièrement en direction des éléments ayant appartenu à l’ex « Fédération des Jeunesses communistes de France » et tendait à leur regroupement en vue de les faire participer à la propagande révolutionnaire clandestine ». « Des perquisitions aux domiciles des inculpés ont permis de saisir plusieurs milliers de tracts imprimés et ronéotypés, brochures et instructions, prêts à être distribués ».
Le PV poursuit : « treize autres militants qui avaient pris une part active au fonctionnement du centre clandestin ont été appréhendés » et il en dresse la liste (1).
Les 16 militant(e)s sont tous inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et conduits au Dépôt à disposition du Procureur de la République. Les suites de ces arrestations seront dramatiques : outre des peines de prison, 4 d’entre eux seront déportés et 2 fusillés.

Extrait du PV d'inculpation
Roland Pannetrat, mineur pénal, est condamné à 4 mois de prison par la 15ème chambre correctionnelle de Paris, le 30 mai 1941. Son père est condamné à un an d’emprisonnement  et 1000 F d’amende (il est déporté à Buchenwald le 12 mai 1944 depuis Compiègne. Il est rapatrié en 1945). Sa mère et son frère aîné sont relaxés rapidement « Il est bien apparu en effet que ceux-ci sont restés étrangers aux agissements du sieur Pannetrat » (attendus du jugement).
Roland Pannetrat est transféré de la Santé au quartier des mineurs à la Maison d’Arrêt de Fresnes le même jour.
Il est placé sous le régime de la « liberté surveillée » le 26 mars 1942 par la cour d’Appel de Paris, étant mineur et considéré « comme ayant agi sans discernement » (note blanche au BAVCC).
Il est arrêté une seconde fois le 28 avril 1942 par la police française et la Feldgendarmerie.
Ce 28 avril une rafle est organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, en répression de l’attentat de Paris du 20 avril. Cette rafle (387 militants) touche un grand nombre de militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine.
Roland Pannetrat est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roland Pannetrat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45946 ??" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, Roland Pannetrat passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Assèchement des marais à Birkenau
Roland Pannetrat est affecté au camp de Birkenau, au Kommando « Terrasse ».
Aimé Oboeuf, ancien terrassier, s’est souvenu de ce tout jeune garçon qu’il a essayé d’aider en pelletant à sa place, pendant que celui-ci « faisait le pêt » (le guêt).
Cette aide l’aidera à tenir plusieurs mois dans l’enfer de Birkenau.
Roland Pannetrat meurt le 2 décembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 902 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 27 décembre 1993 paru au Journal Officiel du 18 février 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Quoique le mois du décès soit cité (sans doute grâce au témoignage d’Aimé Oboeuf), la date n’est pas mentionnée : « décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée
Roland Pannetrat est déclaré « Mort pour la France » homologué comme « Déporté politique ».
Armand Feldmann
  • Note 1 : Il s’agit de L. et R. G., Pierre Pannetrat et ses fils Gilbert et Roland, son épouse Marguerite, Henri Migdal et André Migdal, Robert Poing (fusillé au Mont Valérien), Armand Feldmann (fusillé à Nantes, le 7 mars 1942), Jean Feldmann (déporté à Auschwitz le 5 juin 1942, mort le 2 juillet 1942, matricule « 38418 »), Joseph Le Lagadec, Jean Canard, Roger Stéphan, Marcel Lozet, Louis Vadxerti (déporté à Sachsenhausen par le convoi du 24 janvier 1943. Libéré à Augsburg en 1945). Les trois premiers militants nommés sont considérés par les RG comme les principaux animateurs du « centre occulte » clandestin du 12ème.
Sources
  • Témoignage d’André Migdal sur son arrestation et celle de son frère Henri Migdal déporté à Auschwitz. Au Congrès de Royan de l’amicale d’Oranienburg/Sachsenhausen, il a rencontré Aimé Oboeuf et ils ont évoqué les arrestations de 1941 et les jeunes déportés à Auschwitz (Henri Migdal, Roland Pannetrat).
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires du 27 janvier 1941 (ref. 84.342).
  • Aimé Oboeuf, témoignages recueillis par Roger Arnould (feuilles volantes sans date).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Biographies des frères Feldmann et de Robert Poing in Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notices Claude Pennetier, Daniel Grason.
  • Livre Mémorial (CD rom), Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
  • © Photo Maison des Eaux Minérales de Vic-sur-Cère.
  • © Photo d’Armand Feldmann in Le Maitron, qui publie des extraits de la poignante lettre de sa mère au Préfet de police.
  • © Photo du Kommando Terrasse. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie provisoire mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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