L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOYEN Raymond, Victor


Raymond Moyen est né le 18 mai 1912 à Paris (20ème). Il est le fils de Marguerite Wilhem et de Pierre Moyen son époux.
Il habite au 53 rue des Amandiers, puis au 12 rue Etienne Dolet à Paris 20ème avec son épouse.
Raymond Moyen est mécanicien. 
Il se marie le 11 février 1936 à la mairie du 20ème avec Juliette Zalkinow, née le 28 août 1915, dactylo. Elle est la sœur de Rachel et Fernand Zalkinow, qui sera le second de Gilbert Brustlein dans les « Bataillons de la Jeunesse » (1).
Pendant la guerre, Raymond Moyen travaille comme tourneur mécanicien chez un fabriquant de machines pour l’industrie de la chaussure. Sa femme Juliette fait des remplacements comme sténo-dactylo.
Le Matin du 19 novembre 1941
Raymond Moyen est arrêté le 2 novembre 1941 dans le cadre de l'affaire Brustlein-Zalkinow. Au total, 62 personnes sont arrêtées dans les HBM de la rue Ranvier (11ème) ou comme Raymond Moyen parce qu’ils sont des proches des principaux suspects déjà arrêtés.
Il est mis à la disposition des Renseignements généraux. 
Onze d’entre eux sont internés administrativement, parmi lesquels Raymond Moyen (dossier 110.413), Henri Chlevitsky et Yvan Hanlet qui seront déportés à Auschwitz. Avec deux autres détenus, ils sont tous trois écroués à la Maison d’Arrêt de la Santé le 3 novembre 1941 (dossier d'écrou 80.706). Ils sont Internés administratifs en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). 
Le 13 mars 1942 Raymond Moyen est ramené au Dépôt de la Préfecture en attente de transfert. Le 5 mai 1942 Raymond Moyen, Henri Chlevitsky, Yvan Hanlet et dix autres internés sont conduits avec une trentaine d’internés administratifs de la Police judiciaire à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages.
A Compiègne, il reçoit le matricule « 5161 ».
Depuis ce camp, Raymond Moyen va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Moyen est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45914 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Raymond Moyen meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 834 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 6 février 1992 paru au Journal Officiel du 27 mars 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Raymond Moyen en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Raymond Moyen est homologué le 12 janvier 1951 comme « Déporté politique » (n° 110473) et déclaré « Mort pour la France ». La carte de Déporté politique est attribuée à Mlle Jeanne Moyen.
Plaque commémorative au 73 rue des Amandiers  (3)
Son épouse, Juliette Moyen, est déportée le 25 mars 1943 dans le convoi « n° 53 », qui part de Drancy en direction du camp de Sobibor. 
Son beau-frère Fernand Zalkinow, condamné à mort par le tribunal militaire allemand siégeant au Palais Bourbon du 4 au 6 mars 1942, est fusillé au Mont-Valérien le 9 mars 1942. Il a 18 ans.
Le père de celui-ci, Noïme Zalkinov est fusillé au Mont Valérien le 11 août 1942Sa belle-sœur, Rachel Zalkinow est déportée le 22 juin 1942 à Auschwitz.
Une plaque commémorative qui comporte malheureusement de nombreuses erreurs a été apposée au 73 rue des Amandiers.
  • Note 1 : À partir d'août 1941, le PCF recrute des membres des Jeunesses Communistes pour former des groupes armés. Ceux d'entre eux qui ont survécu, comme Pierre Daix, se souviennent avoir été engagés dans « l’Organisation Spéciale » (l’O.S.). Roger Bourderon affirme que le nom de « Bataillons de la Jeunesse » a été utilisé sous l'occupation, ce qui est confirmé par Franck Liaigre.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Les erreurs sur cette plaque commémorative m'ont été signalées par une correspondante. Juliette Moyen est née Zalkinow et non Alkmar Julie. La date du 9 août 1942 est également erronée. En effet Fernand Zalkinow est fusillé au Mont Valérien le 9 mars 1942 et Noël Zalkinow, son père le 11 août 1942, également au Mont-Valérien. Quand au N° 73 où la plaque a été apposée, elle ne correspond pas à l'adresse des membres de la famille Zalnikow (avec un W et non un V), qui est indiquée au 51 rue des Amandiers (sources Mémorial de la Shoah / documents allemands).
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre  1992.
  • Mel de l’historien Boris Danzer-kantof, qui a travaillé sur la Résistance communiste parisienne et plus précisément sur les groupes des Jeunesses communistes autour de Pierre Georges (Fabien) et Gilbert Brustlein.
  • Site @ Mémorial de la Shoah
  • Site @ resistance-ftp.net.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Memorial GenWeb.
  • Site plaques commémoratives de Paris @ parisrues.com
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz en 1946.
Biographie provisoire mise à jour en 2014 et 2016 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie

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