L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LANVERT André

André Lanvert en 1940 (DR famille Lanvert)

André Lanvert est né le 28 janvier 1913 à Bully-Grenay, chef-lieu du Pas-de-Calais devenu Bully-les-Mines en 1925. Il est le fils de Lucienne Dunin et de Gustave Lanvert son époux.
17 rue de la Roquette
Depuis le mois d'avril 1932 il habite au 17 rue de la Roquette Paris 11ème jusqu'à son arrestation (au dessus du bureau de Poste).
André Lanvert est marié et père d'un garçon prénommé Gérard.
Il travaille comme employé de bureau.
Camionnettes UNIC
André Lanvert est un des responsables de la cellule du Parti communiste aux usines UNIC à Suresnes-Puteaux (fabrication de poids lourds, camions et cars). Il y côtoie Gabriel Ponty et Jules D’Haese qui seront déportés le 6 juillet 1942 avec lui.
En 1940
André Lanvert est arrêté une première fois le 28 décembre 1940 pour « activité communiste » par les services du commissariat de police de la circonscription de Puteaux.
Il est condamné le 29 avril 1941 par la 12ème chambre correctionnelle de Paris à trois mois de prison. Il est libéré le lendemain ayant accompli sa peine pendant son emprisonnement préventif.
André Lanvert est arrêté une seconde fois le 28 avril 1942 par des policiers allemands et français. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
André Lanvert et ses camarades sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). Il est interné à Compiègne le 29 avril 1942.
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».  
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Lanvert est déporté dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) fait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45734 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz
Après l’enregistrement, André Lanvert passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme André Lanvert restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Kommando Terrasse (@ musée d'Auschwitz)
Si Aimé Oboeuf , affecté au Kommando « Terrasse » à Birkenau en 1942, ne savait pas qu’il y avait dans le convoi un autre déporté originaire comme lui du Pas-de-Calais (il l’écrit à Roger Arnould en 1971), il se souvient qu’André Lanvert (qu’il dit avoir connu à Charenton), se fait affecter à Birkenau à un Kommando réputé très dur (assèchement des marais) pour toucher double ration et pouvoir échanger de la nourriture contre des cigarettes.
André Lanvert meurt à Birkenau le 13 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 692 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 7 octobre 1994, paru au Journal Officiel du 9 décembre 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.Mais cet acte porte une mention inexacte « décédé le 30 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
André Lanvert est homologué comme « Déporté politique ».

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignage de sa sœur, Mme Dorot cité dans l'enquête administrative du 18 février 1956 effectuée pour son homologation comme Déporté politique.
  • Attestation de Pierre Monjault.
  • Souvenirs d’Aimé Obeuf (courrier à Roger Arnould en 1971 et notes volantes prises par celui-ci, sans dates).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Correspondance avec sa petite fille, Mme Hélène Lanvert (novembre 2016).
  • Photo collection familiale, Gérard Lanvert (son fils).
Biographie mise à jour en janvier 2014 et novembre 2016 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: