L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LABREGERE Pierre


Liste du CSS de Voves
Pierre Labregère est né le 30 octobre 1893 au faubourg Notre-Dame à Bourdeilles canton de Brantôme (Dordogne). Il est le fils de Françoise Peyron, 24 ans, sans profession et d’Antoine Labregère, 29 ans, maçon, son époux.
Célibataire, Pierre Labregère habite au 64 rue Saint Charles à Paris 15ème au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Perrigueux au 2 rue Montaigne et qu’il est garçon de café au moment conseil de révision. Il sera par la suite peintre (artiste peintre selon le DAVCC citant sa fiche d'Auschwitz).
Conscrit de la classe 1913, il est appelé au service militaire en novembre 1913 et incorporé au 126ème régiment d’infanterie le 10 novembre 1913. Il passe devant la commission spéciale de réforme de Brive en décembre et est « réformé n°2 » pour « faiblesse irrémédiable » le 13 décembre 1913. Il quitte la caserne le lendemain. Il est « maintenu réformé » en décembre 1914 par la commission de Limoges et en avril 1917 par celle de Tours.
Son registre matricule indique une condamnation par le conseil de guerre de la 12ème région à 2 ans de prison pour « violences et voies de fait » et « ivresse manifeste et voie publique » en avril 1915, et « cinq cents francs d’amende ». Cette très lourde peine et le fait qu’elle soit prononcée par un tribunal militaire à l’encontre d’un civil en temps de guerre laisse penser que les voies de fait ont dû concerner un ou des personnels militaires gradés. Pierre Labregère est interné à la Maison centrale de Fontevrault jusqu’au 5 juillet 1917. 
Le 12 mars 1924, il est condamné à 8 jours de prison et deux cents francs d’amende pour « entraves à la liberté des enchères publiques » par le tribunal correctionnel de Saint-Quentin (Aisne).

Le 17 août 1937, il est titulaire d’une « carte professionnelle » à Brantôme et le 30 du même mois à Saint-Quentin (source registre matricule). 
Pierre Labregère est arrêté le 29 juillet 1941 « en flagrant délit d’inscriptions communistes sur les murs » et inculpé d’infraction au décret du 26-09-1939 (dissolution et interdiction du PC). Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé le 31 juillet 1941.
Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste), il est condamné le 1er août 1941 à 4 mois de prison par la     14ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine.
Pierre Labregère est transféré à Fresnes le 13 août 1941, puis est écroué à la Maison centrale de Poissy.
A partir du 21 mai 1941, le directeur de la Centrale de Poissy transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », les  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants.
Celui de Pierre Labregère est transmis au Préfet le 2 octobre, comme celui de René Solard, un autre militant du 15ème lui aussi détenu à Poissy. Son dossier est envoyé aux Renseignements généraux via le Préfet de police de Paris le 10 octobre.
Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940 (1). Toutefois, il demande au directeur de Poissy que Pierre Labregère soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt ». Le CSS d’Aincourt est en effet complètement saturé à cette époque. 
Cette disposition concernera plusieurs autres détenus (François Dallet, Georges Deschamps, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian, René Solard et Eugène Thédé).
Pierre Labregère est transféré au Dépôt de la Préfecture de Police en attente de son transfert.
Le Centre de Séjour Surveillé n° 15 de Voves ayant été ouvert en tant que camp d’internement administratif le 5 janvier 1942, le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne  « l’internement administratif » de Pierre Labregère le 26 mars 1942 (n° de dossier 407. 814), en application de la Loi du 3 septembre 1940.
Transfert du 16 avril 1942 (noms masqués)
Le 16 avril 1942, il fait partie des 60 détenus en provenance du dépôt de la Préfecture qui sont transférés à Voves. Au "Grand camp" de Voves, il reçoit le n° 79.
CSS de Voves
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Pierre Labregère figure (28ème) sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Camp de Voves(@ VRID
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, quatrevingt sept d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Labregère est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "47707 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Pierre Labregère meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 683 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Aucune demande n’a été faite pour que le titre de « Déporté politique » ou « résistant » lui soit attribué. Il ne figure donc pas dans les listes du site ministériel Légifrance des « Morts  en déportation ».
  • Note 1La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Maison centrale de Poissy, Archives départementales des Yvelines.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Le CCS de Voves. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de Dordogne.
Biographie mise à jour en janvier 2014 et avril 2016 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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