L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE BRAS Roger, Jean

Matricule « 45743 » à Auschwitz

Roger Le Bras est né le 4 mai 1906 à Paris (18ème). Il est le fils de Marie-Louise Cloarec et de Jean François Le Bras son époux.
Roger Le Bras habite au 200 rue Championnet Paris (18ème) au moment de son arrestation.
Après avoir été garçon de café, il travaille comme ouvrier menuisier à l'Assistance publique de Paris (on ignore dans quel établissement hospitalier, sa femme ne le précise pas, mais il s’agit peut-être de l’hôpital Bichat, à deux rues de chez lui).
Il est marié avec Georgette, Louise Bajot, brodeuse. Elle le décrit « petit, mince, brun ».
Militant actif du Parti communiste, Roger Le Bras est responsable du CDH de son quartier et vend jusqu’en septembre 1939 l’Humanité dimanche avenue de Saint-Ouen.
Il est adhérent à la CGT, et Secrétaire national du Secours Rouge.
En juin 1940, un triangle de direction clandestin du Parti communiste fonctionne depuis plusieurs mois dans le 18ème. Il est composé de Spilers, Guilleminot et Maurice Rioux. Avec le retour de l’armée de plusieurs militants, le triangle est modifié et constitué de Laprade, Armand Skolnic et Maurice Rioux jusqu’au soir du 26 novembre 1940 où ils sont tous arrêtés (Armand Skolnic est déporté à Auschwitz dans le convoi du 5 juin 1942). Gustave Depriester devient alors le responsable politique du quartier des « Grandes Carrières », au sein d’un triangle de direction clandestin composé de  Maurice Rioux et Alex Le Bihan.
Alex Le Bihan prend la responsabilité du triangle clandestin à suite de l’arrestation de Gustave Depriester le 29 novembre 1940.
Alex Le Bihan qui sera arrêté le 16 mai 1942 et déporté à Sachsenhausen le 8 mai 1943 a témoigné à deux reprises (en 1981 et 1991) des circonstances de l’arrestation de Roger Le Bras devenu un des membres de son triangle.
« Je lui avais conseillé (ordonné ?) de ne pas distribuer des tracts qui étaient périmés, mais il s’en est quand même chargé. Le 16 mai 1941, il a commencé à les distribuer tout seul en les glissant sous les portes. Il en a glissé un sous l’entrée du 226 rue Championnet au moment où un inspecteur de police qui n’était pas en service allait promener son chien. Il a été suivi par celui-ci, qui a fait appel à deux agents du 17ème arrondissement qui étaient au carrefour avenue de Saint-Ouen-rue Balaguy (rue Guy Moquet aujourd’hui) pour qu'ils l'arrêtent ».
Arrêté le 16 mai 1941, Roger le Bras est inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Il est conduit au dépôt de la Préfecture de police le 20 mai. Le 26 mai, il comparaît devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Il est condamné à sept mois de prison.
Le 9 juin, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes : il y est inscrit sous le numéro d’écrou 8459. 


La Maison centrale de Clairvaux
Le 20 juin 1941 il est à nouveau transféré, cette fois à la Maison centrale de Clairvaux (Aube). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Sur ordre des autorités d’Occupation (13 février 1942), le Préfet de l’Aube le fait transférer avec d’autres détenus de Clairvaux – dont Frédéric Ginolin, René Paillole, Charles Véron - au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122.
Il est transféré avec ses camarades à Compiègne le 23 février 1942. 
Affecté au bâtiment A 8, il y porte le matricule 3637.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Le Bras est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Roger Le Bras est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45743» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Menuisier, Roger Le Bras est vraisemblablement affecté à Auschwitz I, c’est ce que plusieurs rescapés ont dit à son épouse (dans sa lettre du 23 juin 1945).

Roger Le Bras meurt à Auschwitz le 15 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 127 «sous le nom de Bras Le et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Un arrêté ministériel du 2 août 1993, paru au Journal Officiel du 17 septembre 1993, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Roger Lebras. Cet acte porte néanmoins une autre date, voisine « décédé le 6 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)».
Le 23 juin 1945, alors que les premiers survivants rentrent de déportation Georgette Le Bras s’adresse à l’un d’eux dont elle a appris qu’il était dans le même convoi que son mari « je vous supplie de me donner des précisions, même si je devais apprendre de mauvaises nouvelles. N’ayant jamais eu aucune nouvelles de mon mari depuis juillet 1942, je me rends compte de ce que je peux apprendre, mais je préfère connaître la vérité, même s’il doit apparaître qu’il a beaucoup souffert ».
Roger Le Bras est déclaré « Mort pour la France » le 19 juillet 1947.

Sources
  • Lettre de Mme Georgette Le Bras (23 juin 1945) adressé à un rescapé du convoi, malheureusement non identifié. Mais on sait que tous les rescapés du convoi se sont fait un devoir de répondre à de telles lettres.
  • Témoignages d'Alex Le Bihan (responsable FNDIRP du 18ème arrondissement) en 1981 (lettre à Roger Arnould) et 1991 (Lettre à Claudine Cardon-Hamet), et de R. Dray de Marseille. 
  • Extrait n°2470 de l’état civil de la Mairie du 18ème.
  • Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Archives départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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