L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GARRE Charles Noël


Charles Garré, le 8 juillet 1942
Matricule « 45570 » à Auschwitz

Charles Garré est né le 11 décembre 1907 à Cannes (Alpes-Maritimes). Il est le fils de Clothilde, Honorine Rugias, 32 ans et de Joseph, Augustin Garré, 33 ans, « facteur des Postes », son époux.
Charles Garré déclare habiter au 86 rue de Bondy à Paris (18ème) au moment de son arrestation.
Il se marie le 8 août 1939 avec Simone, Marie, Henriette Poirier, domiciliée au 26 rue Saint-Louis en L’Isle (Paris 4ème).
Selon les rapports de Police il mesure « 1m 73, yeux bruns, cheveux bruns, teint mat, porte des tatouages ».
Charles Garré est arrêté le 23 septembre 1940 lors d’une rafle dans le quartier Strasbourg Saint-Denis. On ignore les causes de son arrestation et de sa condamnation.
Il est emprisonné pendant un an dans les Maisons centrales de Poissy (1), puis de Fontevraud et Clairvaux (lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux). Charles Garré est transféré de Clairvaux au CSS de Rouillé le 26 septembre 1941 avec un groupe de 56 internés de Clairvaux (10 d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz). Ils arrivent à Rouillé le 27 septembre.
Le 5 ou 6 octobre 1941, Charles Garré, qui avait cette fois-ci donné comme domicilie le 26 rue Saint-Louis en L’Isle, s’évade du camp de Rouillé avec sept autres détenus.
Il est repris et à nouveau interné à Rouillé.
Charles Garré est remis sur leur demande aux autorités allemandes. Le 5 mai 1942, c’est avec un groupe de 13 internés administratifs (au titre de la police judiciaire), qu’il est conduit à la gare du Nord « à la disposition des autorités allemandes et dirigés sur Compiègne par le train de 5 h 50 » pour être internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Garré est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

L'immatriculation le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45570» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Charles Garré est ramené à Auschwitz I.
Charles Garré meurt à Auschwitz le 7 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 334 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique). Roger Abada et Jean Quadri ont témoigné qu’il a été victime d’une « sélection » pour la chambre à gaz.
Son acte de décès à Cannes (29 avril 1947) porte une date erronée « fin août 1942 ».
La mention « DC » (Droit commun) étant portée sur sa fiche au BAVCC, son épouse n’a pas pu obtenir son homologation à la Libération et la mention « Mort pour la France » a été rayée de son acte de décès le 3 octobre 1949.
  • Note 1 : Dans sa fiche au BAVCC on peut lire également « Drancy ». Ce qui pose question, car entre 1939 et 1940, ce sont des militants communistes qui sont incarcérés à Drancy. Il est possible qu’à l’instar de plusieurs autres déportés de Droit commun du convoi, Charles Garré ait eu des contacts (familiaux, amitiés) avec des communistes connus, ou qu’il ait même eu en sa possession des tracts du Parti communiste clandestin. Ce qui pourrait expliquer son internement à Clairvaux, puis à Rouillé.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources 
  • Archives en ligne des Alpes maritimes.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle et dossier consultés en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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