L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROY Jean, Françis


Matricule "46073" à Auschwitz
Jean Roy 
Jean Roy est né le 15 décembre 1920 à Paris 13èmeAu moment de son arrestation, il habite 115, rue de la Glacière à Paris 13ème après avoir été domicilié 18 rue Brillat-Savarin, chez sa mère, dans le même arrondissement.
 Le 115 rue de la Glacière 
Il est le fils d'Alice Van Kerkhoven, 16 ans et d’Hippolyte, Jean Roy, 26 ans, employé de chemin de fer, son époux.
Il est journalier. Membre du Parti communiste, il est adhérent à la cellule 2306 du 13ème arrondissement de Paris, ancien adhérent de la Jeunesse communiste.
Pendant la guerre, il n’est pas mobilisé, sa classe n’ayant pas été appelée. 
Attestation de son activité militAnte pendant l'Occupation
par le secrétaire de la cellule 2306. 11 mai 1946.
Il a conservé le contact avec ses anciens camarades de la JC et il participe avec eux à des distributions de tracts.
Jean Roy est arrêté le 31 janvier 1941 pour « propagande communiste » avec deux autres jeunes, Lucien Moreau et Lucien Borie.
Déférés devant le Procureur de la République, tous trois sont incarcérés à la Maison d’arrêt de la Santé le même jour, en attente de jugement.
Celui-ci a lieu en février. Jean Roy et Lucien Moreau sont condamnés par la douzième chambre du Tribunal correctionnel de la Seine à quatre mois d’emprisonnement, Lucien Borie à 10 mois. 
Tous trois font appel du jugement sur les conseils de leurs avocats. Le 25 mars, en appel, la peine de quatre mois de prison est confirmée pour Jean Roy et Lucien Moreau. 
Ils sont transférés à Fresnes, d’où ils sont libérés à l’expiration de leur peine.
Jean Roy et son camarade Lucien Moreau sont à nouveau arrêtés le 28 avril 1942. 
Ce jour-là une rafle est effectuée par l’Occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien et le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff).
Ils sont internés le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Jean Roy est affecté à la baraque C1, avec le numéro matricule "4021".
Jean Roy écrit à sa mère et à sa femme, avec le papier à en-tête du camp « Kriegsgefangenenlager » (camp de prisonniers de guerre) : le courrier qui part du camp est en effet soumis à la censure. Il est adressé à sa mère, Madame Dhuyvetter Alice, 18 rue Brillat-Savarin. 
Lettre du 12 juin 1942
Le 12 juin 1942, Jean Roy écrit « chère mère et chère petite femme, j’espère que vous êtes en bonne santé. Je suis très heureux car je viens de reçevoir un colis de maman. Mais si tu peux mettre le double, avec du tabac. Le principal, du pain, des biscuits de soldat, des biscottes, des bombons pour la toux ». Il se plaint qu’il n’y ait « rien de sa femme », à qui il demande de mettre dans les colis une fiche notant tout ce qu’elle y mettra. « Fais ton possible pour aider maman ».
Lettre du 24 juin 1942
Le 24 juin, il écrit à sa « mère et à ma petite femme chérie » qu’il est heureux de savoir qu’ils sont tous en bonne santé, car il se faisait du mauvais sang. Il sait que sa femme est désormais avec sa mère « auprès de vous » et qu’elle travaille chez un épicier. Il espère que Titine (une de ses sœurs) vit toujours chez l’oncle à Fresnes et rue de la Glacière, et qu’elle lui « demande quelques pommes de terre pour moi ». Il est heureux qu’elle ait fait deux jours de démarches pour lui. Il dit à sa mère qu’il ne faut pas qu’elle se fasse du cafard pour lui. Et comme tous les internés, il revient sur les colis « Ne te casses pas la tête : mets du pain, du beurre, du fromage, du chocolat, des légumes à cuire, car on peut faire cuire. Des pâtes surtout, des pommes de terre et des petits pois. Et le principal, du pain ». Il lui recommande de bien inscrite dans sa lettre tout ce qu’elle lui envoie en lui rappelant qu’il a droit à 3 colis par mois.
Lettre du 5 juillet 1942
Le 5 juillet 1942. C’est la veille du départ « vers un autre camp ». L’information a circulé dans le camp. « Chère mère et chère petite femme chérie.J’espère que tout le monde va bien. Pour moi ça va, mais nous changeons de camp et on ne sait pas pour quel endroit. Enfin le moral est bon, et j’espère que pour vous il en soit de même.
Sa compagne 
 photo reçue à Compiègne
J’ai bien reçu ton colis en bon état et les photos. Donc je suis heureux de voir ma petite sœur et ma femme ». Il demande à sa maman qu’elle essaie de lui écrire et qu’on lui envoie des colis, qui le suivront, pense-t-il. « Bons baisers à tous ».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Roy et son camarade vont être déportés à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Roy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Photo 2013
Le numéro «46073 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. La reconnaissance, par son frère, Pierre Roy âgé de 92 ans, de la photo d’immatriculation publiée au début de sa biographie sur ce blog a pu en fournir la preuve.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Jean Roy le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Le 21 septembre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 octobre 1942 sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation.
Un arrêté ministériel du 16 octobre 1998 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1999 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Jean Roy. Cet arrêté corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) et porte « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz.
Jean Roy est déclaré « Mort pour la France » en octobre 1947 et homologué « Déporté politique ».
Après la Libération, sa mère a essayé d’avoir de ses nouvelles en s’adressant par l’intermédiaire de l’Amicale d’Auschwitz à plusieurs rescapés parisiens : Robert Lambotte, Lucien Matté, Roger Pélissou, Mario Ripa lui ont répondu (en août et septembre 1945). Malheureusement aucun de ceux-ci, ne l’avait connu, ni à Compiègne, ni à Auschwitz. Mario Ripa lui explique, en lui demandant d’excuser sa brutalité, que son fils n’était pas parmi les 180 survivants rassemblés (au Block 11) en août 1943 et lui écrit « Malheureusement, beaucoup manquent à l’appel. Ne conservez plus d’espoir. Il vaut mieux une certitude qu’une incertitude. Veuillez croire madame à tout mon respect ».

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération (EFR 1977) ouvrage collectif de Louis Chaput, Germaine Willard, Roland Cardeur, Auguste Monjauvis et son frère Lucien.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Tract des JC @ BNF Gallica
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Documents (photos et lettres), envois de M. Franck Coppi, que je remercie vivement.
  • Acte de naissance, Mairie de Paris, 17 oct 2016.
Biographie mise à jour en novembre 2013 et 2016 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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