L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MEUNIER Kléber, Henri

Kléber Meunier est né le 13 août 1888 au domicile de ses parents rue Notre-Dame à La Ferté-Bernard (Sarthe). Kléber Meunier habite au 9-11 avenue Stephen Pichon dans le 13ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Esther, Alphonsine Caillère, 18 ans, couturière et d’Henri Meunier, arçonnier, son époux. Ils se sont mariés dans cette ville le 11 avril de l’année précédente.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Saint-Martin des Monts (Sarthe) au moment du conseil de révision et travaille comme cultivateur, puis maçon. Il mesure 1m 65, a les cheveux et les yeux châtains, le front moyen, le nez et la bouche moyens, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Ce registre fait état de petites amendes pour « coups et blessures en 1907 et 1908).
Conscrit de la classe 1908, Kléber Meunier est appelé au service militaire le 7 octobre 1908. Il est incorporé au 102ème régiment d’infanterie caserné à Chartres et Paris. Le 24 septembre 1911, il est « envoyé en disponibilité », « certificat de bonne conduite accordé ». Le 25 septembre 1911, Kleber Meunier habite rue Molière à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne). Du 2 juin 1912 au 12 juin 1913, il  déménage à Paris 14ème au 6 rue de l’Amiral Mouchez. Le 13 juin, il habite au n° 10 de cette même rue. Le 9 juin il est déclaré « insoumis ». Ce refus d'exécuter l'«ordre de route» est expliqué aux autorités militaires (sans doute son changement d’adresse) et le 16 juin, il est « rayé de l’insoumission ».
Le 20 décembre 1913, il épouse Madeleine Gauthier à Paris 13ème. Le couple aura  trois enfants. 
En janvier 1914, le jeune couple habite au 24 rue Vandrezanne à Paris 13ème.
Kléber Meunier est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il rejoint le 102ème régiment d’infanterie le lendemain.
Son régiment part « aux armées » le 7 août. Lors de la 1ère bataille de la Marne (5 au 13 septembre), Kléber Meunier est blessé par balle à la main gauche le 9 septembre 1914 à Nanteuil-le-Haudoin (Oise) point de départ des fameux « Taxis de la Marne ». Il rejoint le dépôt du régiment le 10 octobre suivant et remonte au front le 20. Il participe aux combats de la Marne (Suippes, Mourmelon, Jonchery). 
Le village de Jonchery après les combats
Le 25 juillet 1915, à Jonchery-sur-Suippes, il est blessé par une bombe (plaie thoracique et surdité de l’oreille gauche). Evacué, il rentre au dépôt le 1er décembre 1915 et retourne « aux armées » le 29 janvier 1916. Il est engagé sur le Front de Verdun (secteur Margueritte) du 30 janvier 1916 au 1er août 1917 (Lorraine). Le 2 août 1917, il est évacué malade. Il rejoint le front le 31 octobre suivant. Comme beaucoup de soldats, Kléber Meunier est épuisé et écoeuré par les offensives meurtrières à outrance, les conditions de vie effroyables dans le froid, la boue, les bombardements d'artillerie. Le 14 mars 1918, il est porté « manquant à l’appel » et porté déserteur le 17 mars. Le 31 mars, il est placé en détention préventive jusqu’au 11 août 1918. Le 8 août, le conseil de guerre de la 7ème division d’infanterie le condamne à cinq ans de travaux publics pour « abandon de poste en présence de l’ennemi, circonstances atténuantes ». Le 10 août, le général commandant la 7ème Division d’infanterie suspend l’exécution de la peine en application de l’article 150 du code militaire (1). Kléber Meunier sera amnistié au début de 1925.
Le 11 août 1918, Kléber Meunier quitte la prison militaire et est renvoyé au front dans un autre régiment : il est transféré au 104ème Régiment d’infanterie alors engagé à Wetz (Marne) et qui poursuivra l’offensive sur l’Aisne, jusqu’à l’armistice. Kléber Meunier est à changé de régiment peu avant sa démobilisation et passe au 69ème Régiment d’infanterie le 19 juin 1919. Le 2 août 1919 Kléber Meunier est mis en « congé illimité de démobilisation » par le dépôt de démobilisation du 46ème d’Infanterie. Il « se retire » au 79 bis rue du Gaz, à Paris 13ème (devenue rue Albert Bayet à la Libération, puis rue Charles Moureu en 1950).
En décembre 1923, Kléber Meunier habite rue des Cerisiers, à Sanvignes-les-Mines (Saône-et-Loire), où il demeure jusqu’en février 1926 au Bois du Leu (un quartier aujourd’hui disparu).
Kléber Meunier est un militant communiste et syndicaliste, connu des services de Police : le 15 mai 1930, il est inscrit au fameux « carnet B », au troisième groupe, mentionné avec le pseudonyme de « Jean » (2).
Cimentier ou maçon, Kléber Meunier travaille pendant une période à la SNCF (source DAVCC).

Il remonte ensuite sur Paris, où il va habiter au 9-11, avenue Stephen-Pichon à Paris 13e (75). Dans l’ouvrage « Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération », il est mentionné parmi le personnel ouvrier de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière.
Pendant l’Occupation il « participe au combat clandestin dans son entreprise » (p 115) de l’ouvrage cité plus haut.
Un des premiers tracts clandestins du 13ème

Le 7 octobre 1941, il est arrêté par les inspecteurs Ra… et Da… à la suite d’une perquisition ayant amené la saisie de tracts communistes à son domicile. Inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est conduit au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé.  On ignore s’il est libéré à la suite d’une courte peine de prison ou s’il a bénéficié d’un non-lieu compte tenu de son âge et de sa qualité d’ancien combattant de 1914/1918.
En tout état de cause on sait qu’il est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, en répression de l’attentat de Paris du 20 avril. 
Cette rafle (387 militants) touche un grand nombre de militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine (Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Les autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Au camp de Compiègne, il reçoit le matricule « 4058 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Kléber Meunier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45874 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, où il s'est déclaré comme maçon, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin Franz Reisz 1946

Kléber Meunier meurt à Auschwitz le 16 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 803 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il y est indiqué avec ses dates et lieux de naissance et de décès, avec la mention « Katolish ».
Un arrêté ministériel du 3 juillet 1995, paru au Journal Officiel du 18 août 1995, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Klé éber Meunier. Mais cet acte porte la mention inexacte « décédé le 1et septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Kléber Meunier a été déclaré « Mort pour la France» et homologué comme « Déporté politique ». Une plaque apposée à son domicile rappelle sa mémoire et celle d'un jeune FFI, Georges Bruneau.
  • Note 1 : Dès septembre 1914, « des soldats commettent des délits et même des crimes, dans le but unique d’être incarcérés et être ainsi éloignés des champs de bataille et des dangers de la guerre (…) Le ministre de la guerre recommande donc aux généraux d’user des pouvoirs qui leur sont conférés par l’article 150 (…) et de suspendre le jugement et de maintenir ainsi dans le rang les militaires condamnés ». 20 septembre 1914.  Jean-Marc Berlière p. 113, in  Justice militaire et guerres mondiales - 1914-1950)
  • Note 2 : Le Carnet B est l'instrument principal de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la 3ème République. Créé en 1886 par le général Boulanger pour lutter contre les activités d'espionnage et géré par le ministère de l'Intérieur, il est progressivement étendu à tous les individus pouvant « troubler l'ordre public ou antimilitaristes » (…) Le 10 février 1922, le ministre de l’Intérieur modifie le carnet B car « s'il comporte encore un grand nombre de syndicalistes et d’antimilitaristes d’avant-guerre qu’il n’y a plus de raison de suspecter, il ne comporte pas au contraire les noms de certains individus notoirement acquis aux idées extrémistes ». La circulaire du 15 février 1922 précise le fonctionnement révisé du fichier. Le fichier se subdivise en trois groupes. Les étrangers et les Français suspects d’espionnage constituent les deux premiers ; les Français qui représentent "réellement" un danger pour l’ordre intérieur, le dernier.
Sources
  • Témoignages d'Auguste Monjauvis.
  • © Archives en ligne de la Sarthe.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, Carnet B, BA 1774.
  • Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération (EFR 1977) ouvrage collectif de Louis Chaput, Germaine Willard, Roland Cardeur, Auguste Monjauvis et son frère Lucien.
  • FC ACVG.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Plaque @ Danielle Robbe (in mémorialgenweb).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de la Sarthe.
Biographie mise à jour en novembre 2013, complétée en 2016, à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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