L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILLERMOU Albert, Alain


Détourage photo d'immatriculation à Auschwitz
Matricule "45643" à Auschwitz

Albert Guillermou est né le 15 août 1921 à Paris (13ème). Son père, Alain Guillermou a épousé Mme Régis. 
18 rue de Verdun
Ils vivent avec le fils de celle-ci, Jean Régis et son propre fils Albert, au 18 rue de Verdun à Villejuif (Seine / Val-de-Marne) au moment de l’arrestation de celui-ci.
Célibataire, Albert Guillermou est employé à la SNCF (calorifugeur).
Membre du Parti communiste, il est arrêté une première fois le 30 octobre 1940 par la police française pour détention de tracts communistes. Comme la plupart des militants villejuifois il a affaire à Gimelli, un brigadier de police du commissa­riat de Gentilly, très connu dès avant la guerre par sa violence à l'égard des militants et des élus communistes de sa circonscription (René Herz écrit « le sinistre brigadier Gimelli »).
Albert Guillermou est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et condamné (en présence de son père responsable civil, puisqu’il est mineur) par la 12ème chambre correctionnelle à 3 mois de prison avec amende. Il est libéré à l’expiration de sa peine.
Albert Guillermou est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 "entre 6 h 30 et 7 heures, juste avant son départ au travail" (témoignage de Jean Régis qui écrit « il était comme mon frère »). 
Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’Armistice et libérés à l’expiration de leur peine (les autres sont connus ou suspectés par les services de police). Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Il est interné le jour même au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Guillermou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Albert Guillermou est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45643» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz (ce numéro figure sur le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (1) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Albert Guillermou meurt à Auschwitz le 26 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 409 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 6 mai 1994, paru au Journal Officiel du 21 juin 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’ Albert Guillermou. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 15 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Les villejuifois déportés le 6 juillet 1942
Le nom d’Albert Guillermou est honoré sur le monument commémoratif de la commune, dressé en 1999 dans le parc Pablo Neruda. Lire dans le blog l’article Les fusillés, déportés et internés de Villejuif .
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • "Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste", brochure éditée par la Vie nouvelle sous l’égide de la municipalité et de la section communiste de Villejuif (1945-1946). Imp. M. Boivent. Les documents ont été rassemblés par René Herz, employé à l’Asile, arrêté le 6 décembre 1940, et interné à Aincourt (collection Pierre Cardon).
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973). 
  • Témoignage de Jean Régis, fils de la belle-mère d’Albert Guillermou (lettre du 4 octobre 1986 à Roger Arnould).
  • Mme Guillermou, lettre de remerciements du 9 juin 1986 à Roger Arnould pour l’envoi de la photo d’immatriculation à Auschwitz de son beau-fils.
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973). 
  • Remerciements à Mme Nathalie Lheimeur, service des Archives municipales.
  • Aincourt. Archives de la police / BA 2374.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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