L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CARTRON Maurice, Jacques



Maurice Cartron, Autorisation de ses parents adoptifs
Matricule 45337 à Auschwitz

Maurice Cartron naît le 20 mars 1921 à Paris 4ème
Maurice Cartron est adopté par Monsieur et Madame Delpech, originaires d'un village corrézien, Bilhac (1).  
Maurice Cartron est domicilié au 5 rue Garancière (2) à Paris 6ème au moment de son arrestation.
 "Dans les années 1930 la famille Delpech venait en vacances à Bilhac et c’est pourquoi le nom de Maurice Cartron figure sur le monument aux morts. Pour le différencier de monsieur Maurice Soulié un des frères de Madame Delpech il était surnommé "le petit Maurice" (souvenirs des neveux Soulié).
Maurice Cartron est arrêté une première fois le 28 juin 1941. Déféré devant le procureur de la Seine pour « propagande communiste et outrage », il est retenu à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de jugement. 
Maurice Cartron comparaît devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine pour « propagande communiste et outrage ». Il est condamné à une peine de 8 mois de prison le 8 juillet. Il fait appel de sa condamnation. Il est libéré le 20 juillet 1941.
Maurice Cartron est arrêté à nouveau le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Maurice Cartron est interné au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le même jour (témoignage de sa femme).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Cartron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Maurice Cartron est enregistré à Auschwitz
le 8 juillet 1942
Grâce aux recherches de M. Gardette (1) on connait désormais son  numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
En effet l'hypothèse que j'avais émise que le numéro «45337 » était compatible avec la description faite par l’épouse de Maurice Cartron et correspondait également à l'ordre alphabétique dans la liste du convoi reconstituée a été validée par les recherches de monsieur Gardette. 
Après l’enregistrement, Maurice Cartron passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Selon le témoignage de Maurice Claus de Nancy, il est très gravement malade du typhus en juillet).
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Cartron meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 158 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Photo d'appel à témoignage, 2013
Un arrêté ministériel du 12 juillet 2007 paru au Journal Officiel du 27 août 2007 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès, en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
  • Note 1 : Un habitant de Bihac (Corrèze), M. Marie-Louis Gardette âgé de 81 ans, que je remercie vivement, s’est fait un devoir de mémoire d’écrire un article sur les « morts pour la France » 1939-1945 de sa commune. Pour cette petite commune de 200 habitants 4 noms figurent sur le monument aux morts. Aucun d’entre eux n’était pourtant originaire du village. Après de nombreuses recherches, il a découvert que Maurice Cartron, sans famille fut confié à l’Assistance publique, et adopté par Monsieur et Madame Delpech. Madame Delpech née Soulie Julia était native de Bilhac, un village de Corrèze. Les neveux de  Madame Delpech, Isabelle, André et Marc Soulié, lui ont donné l'autorisation de me communiquer cette photo pour publication. M. Gardette a été particulièrement sensible à la similitude du regard sur les deux photos.
  • Note 2 : cette adresse est aujourd’hui celle de l’UFR d’odontologie, rattachée à l’Université Paris VII, Paris Diderot. L'ancienneté de ce bâtiment peut laisser penser - si l'adresse de Maurice Carton est exacte - à des fonctions de gardiennage pour son épouse ou lui-même. 
  • le 5 rue Garancière
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives départementales de Paris, Tribunal correctionnel de la Seine.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Correspondance avec M. Gardette
Biographie mise à jour en novembre 2013 et  octobre 2016, à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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