L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


OBEL Emile, Jean, Léopold


Matricule « 45933 » à Auschwitz
Rescapé

Emile Obel est né le 14 janvier 1896 au 49 quai de Courbevoie à Courbevoie (Seine /  Hauts-de-Seine). Il est le fils de Charlotte, Jeanne Obel, 23 ans, couturière.
Il habite au 4 rue Emile Duployé à Paris (18ème) au moment de son arrestation.
Il est mécanicien de profession
De la classe 1916, il est mobilisé le 8 avril 1915 (l'appel de sa classe est anticipé) pendant la guerre de 1914-1918. Il reçoit la croix de guerre. Il n’est libéré qu’après quatre ans et demi de service, entre août et octobre 1919.
Il est père de deux enfants (source BAVCC).
Le 13 novembre 1940, Emile Obel est arrêté à Paris (18°), dans un café, par la police française, sur dénonciation, "pour propos anti-allemands". Il est emprisonné à la Santé.
Les cages-à-poules Fontevraud
De la Santé il est transféré à Fontevraud en mars 1941, la prison centrale considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux.
De Fontevraud il est transféré à Clairvaux en mai 1941. Lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux.
Depuis la gare de l’Est ils arrivent à la gare de Ville-sous-la-Ferté, à l’arrêt « Clairvaux » (la gare est aujourd’hui désaffectée). Ils sont transférés au camp de Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart).
Liste des internés de Rouillé
Depuis Clairvaux Emile Obel est transféré au CSS de Rouillé (2) le 26 septembre 1941 avec un groupe de 35 internés. Neuf d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz (3). Le 27 septembre 1941, ils arrivent au camp de Rouillé.

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122).
Le nom d’Emile Obel (il porte le n° 1 de la liste des internés par la Feldkommandantur) y figure, et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis le camp de Compiègne, Emile Obel va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Emile Obel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz 1946
Emile Obel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45933» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, (…) nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. (…) Pierre Monjault. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, mais compte tenu de son métier (mécanicien), il est vraisemblable qu’il ait été affecté à Auschwitz 1.
A Auschwitz, il  contracte le typhus, puis une broncho-pneumonie.
Emile Obel, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, Emile Obel est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Emile Obel est dans le groupe de « 45000 » transféré avec d’autres déportés d’Auschwitz à Sachsenhausen le 28 août 1944. Il y reçoit le n° matricule « 94282 ».
Saschenhausen
L'évacuation du camp de Sachsenhausen a lieu le 21 avril 1945, en direction de Schwerin puis de Lübeck ou de Hambourg. Certains "45 000" sont libérés en cours de route par les Soviétiques, au début mai ou par les Américains ou les Anglais. Mais on ignore les itinéraires suivis par Lucien Matté, Emile Obel et Germain Pierron à partir de Sachsenhausen.
Emile Obel est rapatrié à Paris (Hôtel Lutétia) le 9 juin 1945.
Homologué « Déporté politique » le 13 juillet 1955, il habite La Rochelle à son retour, et achève sa vie à Bordeaux où il décède le 20 décembre 1962.
  • Note 1 : Quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où il purgeaint de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande. Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : il s’agit de Carpentier René (Fresnes), Degdier Eugène (Fresnes), Gaudin Marcel, Gié Gaston, Raimond Maurice, Riochet Henri, Ruan Gaston, Thomas Jean, Welscher Louis.
Sources
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel consulté en 1989 et novembre 1993.
  • Mairie de Courbevoie. Etat civil mars 1994.
  • Liste du 22 mai 1942, détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Archives de Roger Abada
  • Photo Mémorial Sachso.
Biographie mise à jour en octobre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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