L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MATTE Lucien, Louis, Henri

             
Matricule « 45577 » à Auschwitz

Rescapé

Lucien Matté est né à Fleury-sur-Andelle (Eure) le 26 juillet 1901, au domicile de ses parents, rue de Courey prolongée. Il est le fils de Marie, Charlotte Lemarié, 22 ans et d’Emile, Henri Matté, 29 ans, ouvrier de filature.
Au moment de son arrestation il habite au 153 (ou 123) avenue du général Bizot (4) à Paris 12ème. Il est ébéniste - toupilleur à Paris 12ème.  
A son retour du service militaire, il habitait au 12 rue des Mastraits à Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise / Seine-St-Denis).
Lucien Matté épouse Christiane, Alexandra, Françoise Perget le 27 février 1926 à Paris 20ème et le couple vient habiter au 153 ou 123 avenue du général Michel Bizot (4).
Adhérent du Parti communiste depuis 1936, Lucien Matté est diffuseur de la presse communiste. Il est fiché par la Police, pour affichage illégal de "L'Humanité".
Il est mobilisé lors de la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939. Il est démobilisé le 2 septembre 1940. Lucien Matté reprend ses activités dans la clandestinité (il sera homologué au titre de la Résistance Intérieure Française). 
Des inspecteurs de la P.J. l'arrêtent le 9 octobre 1941 "pour diffusion de tracts appelant à la lutte contre l'occupant " selon ses souvenirs. Il est ensuite interrogé par des inspecteurs de la Brigade spéciale des renseignements généraux le 13 février : ceux-ci mentionnent le 10 octobre comme date d'arrestation. En application de la loi du 3 septembre 1940 (1), le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif le 13 octobre 1941.
Registre journalier de la Brigade spéciale des RG en date du 13 octobre. 
Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Lucien Matté qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (2), avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Extrait d'une liste du CSS Rouillé
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé (1) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne. Le nom de Lucien Matté (n° 129 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Lucien Matté va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Lire dans le Blog Les wagons de la Déportation
Lucien Matté est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Dessin de Franz Reisz, 1946
Lucien Matté est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault. Lucien Matté, ébéniste de profession,  est de ceux-là et il retourne à Auschwitz 1.
Il y est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz.
Lucien Matté est affecté au Block 18A et au kommando de travail DAW  (Deutsche Ausrüstungswerke) : Il y travaille au démontage des ferrures de ski pour en récupérer le métal. A la DAW, il a du fabriquer « en perruque » des objets décoratifs à la demande des "pontes SS" qu'il échange contre de la nourriture (témoignage d’André Aondetto qui sera lui aussi affecté à la DAW après la quarantaine au Block 11).
Lucien Matté, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Sachsenhausen
Lucien Matté est évacué le 29 août 1944 avec 29 autres « 45000 » sur Sachsenhausen-Oranienburg, où ils sont enregistrés. 
Plusieurs de ses camarades seront transférés dans d’autres camps (Berlin-Siemens Stadt, Falkensee, Heinkel, Trebnitz, Flossenbürg, Pottenstein, Kochendorf, Dachau, Innsbruck, Buchenwald).
L'évacuation de Sachsenhausen a lieu le 21 avril 1945, en direction de Schwerin puis de Lübeck ou de Hambourg. Certains "45 000" sont libérés en cours de route par les Soviétiques, au début mai.
On ignore les itinéraires suivis par Lucien Matté, Emile Obel et Germain Pierron à partir de Sachsenhausen. On sait seulement que Lucien Matté est libéré le 19 avril 1945 et rapatrié le 21 mai via Lille (ses deux camarades sont rapatriés plus tard).
A son retour, il subit un premier examen de contrôle médical au dispensaire de Noisy-le-Grand. Il entame une procédure de séparation (jugement de divorce prononcé le 14 décembre 1945).
Il est homologué au titre de la "Résistance Intérieur Française" au titre de l'organisation derésistance "Front national" (secrétariat d'Etat au Anciens combattants, 1990). Il est homologué « Déporté politique » en 1954, et devient  le Président de la Section FNDIRP de Noisy-le-Grand, où il a habité après la guerre 1914-1918.
Il témoigne avec Etienne Pessot de la mort à Auschwitz de plusieurs de leurs camarades, dont Georges Cora.
Lucien Matté décède à Paris (12ème), 153 avenue du général Michel Bizot, le 11 octobre 1960.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 
  • Note 4 : le n° 153 est indiqué sur la fiche des RG. Mais l'avenue du Général Michel Bizot s'arrête au n° 123.
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée le 17 mai 1990 et novembre 1993
  • Fiche d'aide médicale (12 décembre 1945).
  • Attestation d'appartenance au Front National (1954).
  • Archives de Noisy (madame Valérie Barbier) : février-mai 1990.
  • ARAC de Noisy.
  • Témoignage de René Aondetto, à propos du Kommando DAW.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie installée en octobre 2013 (complétée en 2017), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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