L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COURTEAUX Maurice, Félix, Elisée

      
Maurice Courteaux le 8 juillet 1942
Matricule « 45407 » à Auschwitz

Rescapé

Maurice Courteaux est né à Aubervilliers (Seine-St-Denis) le 16 février 1922.
Il est le fils de Marie-Louise Marès née en 1890 dans l’Aube et d’Albert, Jules Courteaux, né le 12 juin 1889 en Suisse, lamineur de métier.
Il habite avec ses parents au 31 avenue Jean-Jaurès à La Courneuve ou au 7 rue Maurice Lachâtre à La Courneuve (Seine-St-Denis) au moment de son arrestation (plusieurs sources).
Célibataire au moment de son arrestation, il travaille en qualité de tourneur aux usines automobiles Renault de Boulogne-Billancourt.
Jeune communiste, Maurice Courteaux est arrêté une première fois le 16 septembre 1940 (le même jour que son copain Georges Gaudray), à son travail, "pour distribution de tracts communistes d'avril à septembre". Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste et propagande notoire des doctrines de la IIIème internationale), il est mis à la disposition du procureur. 
Le 31 octobre, il est condamné à trois mois de prison par un tribunal allemand, siégeant à Paris, et subit sa peine à la Santé, puis à la prison du Cherche-Midi (5 novembre) et à la Maison centrale de Fresnes (du 5 novembre 1940 au 21 février 1941, date de sa libération).
Maurice Courteaux est arrêté à nouveau le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. 
Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Maurice Courteaux est conduit le soir même au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122)  où il reçoit le matricule « 4155 ».
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Courteaux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le jour de l'immatriculation à Auschwitz
Maurice Courteaux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45355» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Son matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. (…) Pierre Monjault.
Maurice Courteaux retourne à Auschwitz I : il est affecté au Block 18A et au kommando de travail DAW (Deutsche Ausrüstungswerke) : Il y travaille au démontage des ferrures de ski pour en récupérer le métal. Lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz.
Puis, au bout d’un mois, Maurice Courteaux est affecté au Kommando Menuiserie, qui dépend aussi de la DAW. Il y travaille de nuit avec Louis Brunet, dit « La Biche » et René Besse. Grâce à leur soutien et à l’échange de pain contre de l’aspirine, ils parviennent à aider ce dernier à endiguer une si forte fièvre que « sa peau collait à la paillasse ».
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Maurice Courteaux, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leur Block et Kommando d’origine ou dans des Kommandos correspondant aux métiers qu’ils ont déclarés à leur arrivée à Auschwitz.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent) Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants". Un groupe de 31 est ainsi transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre. Les autres français survivants - dont Maurice Courteaux - restent au camp.
Le 17 janvier 1945, au moment de l’évacuation des camps d’Auschwitz devant l’avancée des armées soviétiques, Maurice Courteaux est incorporé dans une colonne de 2000 détenus évacués à pied, sans vivres le long de la frontière Slovaque.
A Wodzislaw (Loslau), après une terrible « Marche de la mort » de près de 65 km en deux jours, dans le froid et la neige, ils ne sont plus que quelques centaines, dont dix « 45000 » à monter dans un train à destination du camp de Gross-Rosen où ils arrivent le 21 janvier 1945 : René Besse, Raymond Boudou, Henri Charlier, Maurice Courteaux, Pierre Felten, Georges Gallot, Adrien Humbert, Francis Joly, Lucien Marteaux, Pierre Monjault, Albert Rosse. Ils y retrouvent d’autres rescapés de leur convoi.
Le camp de Gross-Rosen est évacué le 8 février 1945. Quinze "45 000" sont alors transférés à Dora-Mittelbau où ils sont enregistrés : Roger Abada, (Victor) Gaston Aubert, René Besse, Raymond Boudou, Louis Cerceau, Cyrille Chaumette, Marcel Cimier, Clément Coudert, Maurice Courteaux (116 084), Robert Daune, Lucien Ducastel, Pierre Felten, Georges Gallot, Georges Gaudray, Jacques Marteaux, Pierre Monjault.
Le même mois, on le dirige sur Osterode (Dora-Osterode) avec Pierre Felten et Jacques Marteaux : ils y exécutent des travaux de l’organisation Todt (creusement de galeries destinées à abriter des fabrications d’huiles minérales. Ils y retrouvent Robert Daune.
A Osterode, ils ont connaissance de la tragédie de la Grange de Gardelegen où quelques jours avant leur propre évacuation, 1016 déportés sont brûlés vifs le 12 avril dans une grange par leurs bourreaux nazis. En effet lorsque les Alliés ou les Soviétiques arrivent à proximité des camps de Dora, ceux-ci sont évacués.
Maurice Courteaux et Robert Daune sont dirigés sur Hanovre et Bergen-Belsen. Maurice Courteaux s'évade pendant cette marche le 2 avril 1945. Robert Daune atteint Bergen-Belsen où il est libéré, le 15 avril. Ils ont connaissance de la tragédie de la Grange de Gardelegen où quelques jours avant leur propre évacuation, 1016 déportés (en majorité Juifs) ont été brûlés vifs le 12 avril dans une grange par leurs bourreaux nazis. Pierre Felten, affaibli, décède le 8 avril 1945 après une marche de vingt-six kilomètres, au cours de son évacuation d'Osterode.
Dès son retour en France, Maurice Courteaux fut l'un des premiers à répondre à l'appel lancé par Roger Arnould dans le Patriote Résistant dans l'espoir de retrouver les 45000 survivants (lettre au PR du 10 mars 1972).
Il a fait le récit de l'arrivée à Auschwitz et de la séparation en 2 groupes.
Il est homologué « Déporté politique ».
A son retour, il habite 28 rue Beaufils, à  La Courneuve.
Il épouse Ernestina Philippi.
Maurice Courteaux est mort le 25 février 1972.  Son copain Georges Gaudray apprend sa mort par le « Patriote Résistant » - n° 389 d’avril et il écrit à Roger Arnould « Je ne peux y croire : et pourtant : arrêtés ensemble le 16 septembre 1941, en prison, à Compiègne et à Auschwitz toujours ensemble. Nous avions milité toujours ensemble. Il est le beau-frère de mon frère. Je pleure vraiment mon cher Maurice ».
  • Note  1 : Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l'inscription : 40 hommes - 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l'odeur déjà les incommode. (« Triangles rouges » prologue. Photo wagon @ Mémorial de Langeais)
Sources
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Préface de Marie-Jo Chombart de Lauwe, Les Ardents éd. 2009.
  • Mairie de La Courneuve, copie de l'acte de décès.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en novembre 1993.
Biographie  installée en octobre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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